Des combattants de la Brigade Badr, l’une des milices chiites luttant contre l'État islamique, près d’un barrage routier à proximité de la ville de Sulaiman Pek, dans le nord de l’Irak, le 5 septembre 2014.

(New York, le 15 février 2015) - Les exactions commises par les milices alliées avec les forces de sécurité irakiennes dans les zones sunnites se sont intensifiées ces derniers mois, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Des habitants de ces zones ont été soumis à des expulsions forcées de leurs domiciles, à des enlèvements et dans certains cas à des exécutions sommaires. Au moins 3 000 habitants de la région de Muqdadiyya, dans la province de Diyala, ont dû fuir leurs maisons depuis juin 2014, et depuis le mois d’octobre, il leur est impossible de retourner chez eux. En outre, Human Rights Watch mène actuellement une enquête sur les récentes allégations selon lesquelles des milices et  des forces spéciales d’intervention irakiennes (unités « Special Weapons And Tactics », ou SWAT) auraient tué 72 civils dans les villes de Barwana et de Muqdadiyya.

Des résidents de la région de Muqdadiyya, située à environ 80 kilomètres au nord-est de Bagdad, ont affirmé à Human Rights Watch que les forces de sécurité irakiennes et des milices alliées ont commencé à y commettre des abus peu après la conquête de Mossoul, la deuxième ville du pays, par le groupe extrémiste État islamique (EI). Ces abus se sont intensifiés vers le mois d’octobre, selon Ces témoins, un mois après la prise de fonctions du nouveau Premier ministre Hayder al-Abadi,qui s’était pourtant engagé à faire cesser les exactions commises par les milices et à mettre fin au sectarisme qui a alimenté le cycle de la violence sous son prédécesseur, Nouri al-Maliki.

« Les civils irakiens sont coincés entre le marteau et l’enclume, subissant d’une part les attaques de l’État islamique  et d’autre part les abus commis par les milices pro-gouvernementales dans les territoires reconquis par celles-ci », a déclaré Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Toute personne considérée comme un terroriste par le gouvernement risque d’être arrêtée ou d’être victime d’une exécution arbitraire, ce qui signifie que les résidents ne savent plus vers qui se tourner pour chercher une protection. »

Les attaques dans le nord de Muqdadiyya semblent faire partie d'une campagne menée par les milices visant à forcer le départ des résidents des zones habitées par des sunnites et membres d’autres communautés sectaires, après que les milices et les forces de sécurité irakiennes eurent reussi à chasser les combattants de l’Etat islamique de ces territoires. Le 29 décembre 2014, Hadi al-Ameri, commandant de la Brigade Badr, une milice chiite, et ancien ministre des Transports sous l'administration du précédent Premier ministre Nouri al-Maliki, a adressé aux résidents de Muqdadiyya des propos menaçants :« Le jour du jugement est proche. […] Nous attaquerons cette zone jusqu'à ce qu'il n'y reste plus rien, mon message est-il clair? »

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