L’avocate et militante chinoise des droits humains Cao Shunli, décédée le 14 mars 2014 à l’âge de 52 ans, après plusieurs mois de détention et de privation des soins médicaux dont elle aurait eu besoin pour traiter la dont elle souffrait aux deux poumons.

(New York, le 29 janvier 2015) – Sous le Président Xi Jinping, le gouvernement et le Parti communiste chinois ont lancé la campagne d’enquêtes, de détentions et de condamnations à caractère politique la plus dure de ces dix dernières années, marquant un virage radical vers une intolérance à l’égard des voix critiques, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2015.

« Sous le Président Xi, la Chine est rapidement revenue sur les réformes mises en œuvre en matière de droits ainsi que sur la promesse faite par le Parti de ‘gouverner le pays conformément à la loi’ », a souligné Sophie Richardson, directrice pour la Chine à Human Rights Watch. « La répression des voix critiques est la pire depuis dix ans et il semble qu’elle ne soit pas prête de s’arrêter. »

En 2014, le gouvernement a resserré le contrôle de l’espace déjà limité dont bénéficient les médias, les internautes, les universitaires et l’expression culturelle. Les autorités ont également réprimé les activités de la société civile – persécutant, arrêtant et condamnant les militants des droits humains, les avocats et les voix critiques, dont beaucoup de personnalités éminentes ; les aveux mis en scène de certaines de ces personnes ont été diffusés à la télévision nationale. Le parti a ouvert des enquêtes ou arrêté des dizaines de milliers de fonctionnaires gouvernementaux ou du Parti pour corruption présumée, les incarcérant souvent dans le cadre du système de détention extrajudiciaire du Parti, le shuanggui.

Cette 25e édition annuelle du Rapport mondial de Human Rights Watch, dont la version anglaise comprend 656 pages (et la version abrégée en français 186 pages), examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son introduction, le directeur exécutif Kenneth Roth invite les gouvernements du monde à reconnaître que les droits humains constituent un repère moral efficace lors de périodes agitées, et que les violations de ces droits risquent de déclencher ou d’aggraver de graves problèmes sécuritaires. Les avantages à court terme obtenus en portant atteinte aux valeurs fondamentales que sont la liberté et la non-discrimination compensent rarement le coût à long terme de telles violations.

Plusieurs cas médiatisés ont reflété en 2014 l’ardeur renouvelée des autorités à réduire au silence des militants connus. En juin, Pu Zhiqiang, l’un des plus célèbres avocats du pays, a été arrêté pour des raisons d’ordre public. Son avocat craint que trois autres chefs d’accusation ne soient retenus contre Pu au moment de l’examen de son acte d’accusation par le procureur. En septembre, un tribunal du Xinjiang a condamné l’économiste ouïghour Ilham Tohti à la prison à vie sur la base d’accusations fallacieuses selon lesquelles il serait un « séparatiste caché » qui avait réussi à convaincre ses étudiants d’attiser les conflits interethniques. Sept de ses étudiants ont été jugés fin 2014. Liu Xia, épouse du lauréat du Prix Nobel de la Paix emprisonné Liu Xiaobo, continue d’être assignée à résidence illégalement.

Sur le plan juridique, la tendance majeure en 2014 a été le travail réalisé par le gouvernement pour renforcer davantage encore l’appareil de sécurité de l’État déjà puissant et libre d’agir impunément. Il a adopté une loi trop générale relative au contre-espionnage et a publié un projet de loi antiterroriste qui assimile la contestation pacifique au terrorisme, renforce le contrôle exercé sur les associations de la société civile qui reçoivent des financements étrangers, et semble viser des minorités ethniques spécifiques.

La ligne dure adoptée par le gouvernement chinois a été particulièrement perceptible au Xinjiang et au Tibet, des régions théoriquement autonomes. Des campagnes menées sans distinction sous guise de combattre le séparatisme ont alimenté les tensions, donnant lieu à plusieurs affrontements sur le plateau tibétain – dont au moins un au cours duquel les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur des manifestants non armés – et à une intensification marquée des violences au Xinjiang. Lors de différents incidents, des assaillants ouïghours ont attaqué des foules, fait exploser des bombes et pris pour cible la gare ferroviaire du sud d’Urumqi, faisant des dizaines de victimes. Les forces de sécurité ont recouru à la force meurtrière lors de presque tous les incidents, ainsi que dans une série d’affrontements dans le sud du Xinjiang sur lesquels peu d’informations ont filtré et au cours desquels des dizaines de personnes qualifiées de « terroristes » par le gouvernement ont été tuées.

Le 31 août, le gouvernement central a rendu une décision autorisant tous les électeurs admissibles de Hong Kong à voter lors de l’élection du chef de l’exécutif, mais il a maintenu son contrôle sur le processus de sélection des candidats. Cette décision viole les garanties élémentaires en matière de droits humains et trahit la promesse de la loi fondamentale, la constitution du territoire. L’utilisation de gaz lacrymogène et de gaz poivré par le gouvernement de Hong Kong contre les premiers groupes de personnes qui protestaient contre la décision de Pékin a déclenché des manifestations massives, suivies par une « occupation » soutenue de plusieurs sites du centre de Hong Kong. Le gouvernement a refusé d’engager une réelle concertation avec les principaux organisateurs du mouvement, et la police a, à maintes reprises, fait un usage excessif, et parfois brutal, de la force à l’encontre des manifestants pour évacuer les sites de contestation. Le gouvernement chinois a interdit à un nombre non divulgué d’étudiants et de protestataires de se rendre en Chine continentale, annulant leur permis de « retour au pays », et a procédé à l’arrestation de plus d’une centaine de personnes en Chine qui avaient exprimé leur soutien aux manifestants, souvent à travers des messages publiés sur Internet.

Le Rapport mondial 2015 a également signalé le recul des préoccupations exprimées par la communauté internationale au sujet des violations des droits humains perpétrées en Chine. Certains, dont le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon, ont même loué le gouvernement chinois pour « sa contribution à la promotion des … droits humains ». Or la Chine continue à refuser d’engager une réelle concertation avec les mécanismes des droits humains de l’ONU, et a voté contre des résolutions mettant en lumière les exactions commises au Belarus, en Iran, en Corée du Nord, au Sri Lanka, en Syrie et en Ukraine. En 2014, la Chine a réitéré ses appels à des « solutions politiques » en Syrie, au Soudan et au Soudan du Sud, tout en adoptant des mesures qui ont prolongé les crises des droits humains dans ces trois pays.

« Sous Xi Jinping, la Chine accentue l’hostilité vis-à-vis des défenseurs des droits humains et de la démocratie, tant chez elle qu’à l’étranger, et pourtant la communauté internationale reste passablement muette sur la question », a conclu Sophie Richardson. « Se rendre complice de l’abolition systématique des libertés fondamentales est une politique dangereuse qui manque de vision et ne fait qu’encourager l’intransigeance croissante de Pékin. »