Un garçon contemple un trou béant devant les décombres d’un bâtiment détruit lors d’une frappe aérienne menée par les troupes gouvernementales à Beiji, dans le nord de l’Irak, le 20 juillet 2014.

© 2014 Reuters

(Erbil, le 23 juillet 2014) - Les forces de sécurité irakiennes ont tué au moins 75 civils et blessé des centaines d'autres personnes lors de frappes aériennes menées sans discernement contre cinq villes en Irak depuis le 6 juin, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Human Rights Watch a examiné les circonstances de 17 raids aériens, menés pour la plupart dans la première quinzaine de juillet. Des barils d’explosifs ont été largués dans six cas.

Les forces gouvernementales ont lancé ces attaques, qui constituent une violation du droit international en raison de leur caractère aveugle, afin de reprendre le contrôle des régions dont les combattants de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL, récemment rebaptisé « État islamique ») et d'autres groupes armés sunnites se sont emparés. Malgré les démentis répétés du gouvernement, les forces gouvernementales ont recouru à des « bombes-barils » - des armes particulières létales – lors de frappes menées contre des zones peuplées de Falloujah, ainsi qu’a pu le constater Human Rights Watch.

« Le gouvernement irakien est certes confronté à une violente insurrection, mais ceci ne justifie pas une riposte qui tue des civils partout où des combattants de l’EIIL pourraient se cacher », a déclaré Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 30 personnes : des blessés, des témoins, des membres du personnel médical ainsi que des membres des familles de victimes de frappes aériennes menées contre les villes de Falloujah, Beiji, Mossoul, Tikrit et Al-Cherqat. Human Rights Watch a enquêté sur 75 décès survenus lors de ces attaques ; 17 victimes, dont 7 femmes et 2 enfants, ont été tuées par des barils d’explosifs largués lors des frappes.

Les forces gouvernementales à bord d’avions et d’hélicoptères ont bombardé des quartiers résidentiels abritant des mosquées, des bâtiments publics et des hôpitaux, ainsi que des zones où se trouvent des centrales électriques et hydrauliques.

Le gouvernement irakien devrait  immédiatement mettre fin aux attaques aveugles contre des zones civiles. Les pays étrangers qui lui apportent une aide militaire - y compris les Etats-Unis, qui ont fourni des missiles Hellfire, des munitions et des drones de surveillance - devraient imposer comme condition de ce soutien le respect par les forces armées irakiennes du droit international humanitaire, notamment en ce qui concerne la protection des civils.

De nombreux témoins ont par ailleurs affirmé à Human Rights Watch que l’EIIL et d'autres groupes d'opposition armés ont déployé des combattants dans des zones densément peuplées, ou à proximité, sans prendre toutes les précautions possibles pour éviter les pertes civiles, ainsi que l’exigent les lois de la guerre.

 

 

Communiqué intégral en anglais: https://www.hrw.org/node/127561