Sepp Blatter, le président de la FIFA, l’instance dirigeante du football au niveau international, sera au Qatar ce samedi afin de s’entretenir avec l’émir à propos des droits des travailleurs migrants, un sujet qui ternit la décision d’organiser l’événement phare du football – la Coupe du Monde – dans cet État arabe en 2022.

« C’est comme lorsqu’une cloche sonne », a déclaré Blatter, expliquant le besoin d’écouter la version des faits de l’émir. « Nous entendons un seul son de cloche [et] nous devons chercher à écouter l’autre son de cloche. » 

Il est certes souhaitable que Blatter rencontre l’émir. Il devrait veiller à lui présenter les preuves irréfutables émanant de plusieurs sources crédibles mettant en avant les violations graves des droits humains perpétrées au Qatar dans le secteur de la construction, notamment les éléments exposés par Human Rights Watch aux représentants de la FIFA lorsque nous les avons rencontrés à Zurich il y a un an. Nous leur avions alors exposé nos recommandations quant aux manières de résoudre ce problème, et au rôle que la FIFA pourrait jouer.

Pour toute réponse, la FIFA avait déclaré qu’elle n’était pas légalement responsable de la construction des stades et des infrastructures connexes.

Si Blatter se soucie aujourd’hui des droits des migrants, il ne peut se contenter de réitérer de vagues propos assurant que le problème est jugulé. Il faut fournir des détails précis et un calendrier de réforme.

Et s’il veut un témoignage direct de la façon dont sont traités les travailleurs étrangers au Qatar, il devrait également rendre visite au joueur de football professionnel français Zahir Belounis, que les autorités qataries retiennent dans leur pays depuis près de deux ans, en se basant sur leur injustifiable système de visa de sortie. Belounis, son épouse et ses deux jeunes filles dorment à même le sol dans leur appartement, ayant vendu leurs meubles après que les autorités leur eurent promis, pour la énième fois, qu’ils allaient pouvoir rentrer en France.

Belounis n’est peut-être pas un spécialiste du secteur de la construction, mais il pourrait dire à Blatter une multitude de choses qu’il devrait connaître, entre autres ce que valent les promesses personnelles émises par le Qatar.

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À lire: L'Équipe 08.11.13