Un athlète russe devant les montagnes du Caucase qui surplombent Sotchi, site des J.O. d’Hiver 2004.

© 2012 Brent Stirton/Reportage by Getty Images for Human Rights Watch

(Moscou, le 7 octobre 2013) – Alors que le relais de la flamme olympique des Jeux d’hiver 2014 de Sotchi a démarré aujourd’hui à Moscou, son parcours est marqué par des atteintes graves aux droits humains, a déclaré Human Rights Watch.    

Au moment où commence le périple de la flamme olympique, Human Rights Watch met en place une nouvelle carte alternative du parcours de la flamme. Cette carte interactive a pour but de mettre la lumière sur les problématiques graves liées aux droits humains dans les villes et municipalités qui jalonnent le parcours.

« Le relais de la flamme olympique  vise à mettre en lumière la diversité et l’histoire de la  Russie, mais les abus en matière de droits humains sont fortement inscrits dans la géographie contemporaine de ce pays », a indiqué Jane Buchanan, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale de Human Rights Watch. « Les gens qui suivent ce parcours devraient toutefois aussi être informés de la discrimination, de la volonté de réduire les activistes au silence et des autres abus en matière de droits humains dont le gouvernement préfère ne pas parler. »

D’après le site internet du Comité d’organisation de Sotchi 2014, le relais de la flamme olympique durera 123 jours et se terminera à Sotchi le 7 février 2014 à l’occasion de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver. La torche parcourra plus de 65 000 kilomètres et traversera 2 900 localités dans les 83 régions de Russie. Les organisateurs affirment que le relais sera le plus long de toute l'histoire des Jeux olympiques.

La carte de Human Rights Watch met en lumière des cas majeurs de non-respect des droits humains observés dans 39 grandes villes de Russie. Parmi ces cas figurent les affaires d'ordre politique concernant les trois chanteuses du groupe punk Pussy Riot, le militant de l’opposition Alexei Navalny et les participants à la manifestation de 2012 sur la Place Bolotnaya.

« À un moment où la Russie ouvre grand ses portes au monde entier, le pays ouvre également la porte à la discrimination et la referme sur toute forme d’activisme », a déclaré Jane Buchanan. « Il est temps pour la communauté internationale de demander instamment à la Russie de revenir sur ces nombreuses lois répressives mises en œuvre au cours de l'année passée. »

La carte montre également la portée de la campagne 2013 du gouvernement visant à diaboliser de nombreux groupes de défense des droits humains et autres rassemblements indépendants en essayant de les forcer à s’inscrire en tant qu’ « agents étrangers ».

« La campagne sur les agents étrangers a mis à rude épreuve un large éventail d'organisations non gouvernementales dans toute la Russie », a indiqué Jane Buchanan. « Des groupes qui réunissent des chasseurs et des pêcheurs, qui ont pour ambition de soutenir les personnes tentant de vaincre l’alcoolisme, qui s'efforcent de promouvoir la protection environnementale ou qui apportent une aide juridique aux prisonniers – tous ont été visés par cette loi très sévère. »

D’autres cas montrent la montée de l’homophobie et les attaques contre des personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) dans de nombreuses villes de Russie comme Khabarovsk, Voronej ou St Petersburg, y compris après l’adoption des lois de « propagande » anti-LGBT par les pouvoirs législatifs locaux et le parlement fédéral. D’autres témoignages évoquent encore des histoires de torture par la police ou le manquement de la part des autorités à leur obligation de dûment enquêter sur les meurtres de journalistes et de défenseurs des droits humains comme Natalia Estemirova, militante des droits humains et journaliste qui a été enlevée et tuée en 2009 en Tchétchénie. Personne n’a été reconnu responsable de son meurtre.

La carte attire également l’attention sur les difficultés d’accessibilité des personnes handicapées ainsi que sur les restrictions relatives aux soins palliatifs apportés aux patients en souffrance, des cas observés dans certaines villes étant mis en lumière pour refléter ainsi des préoccupations plus vastes à l'échelle de la nation.

À Sotchi, Human Rights Watch a établi l’existence d’un certain nombre d’abus : l’exploitation de nombreux travailleurs migrants engagés dans la construction d’installations olympiques, l’expulsion de certains propriétaires pour permettre la construction d’installations olympiques sans juste compensation ; le refus de reloger les personnes dont les habitations ont été gravement endommagées ou affectées par la construction des sites olympiques ; et la pression et le harcèlement exercés sur des activistes des droits humains et des journalistes qui critiquent les préparatifs olympiques ou les autres politiques du gouvernement.

Le directeur du Comité d’organisation Sotchi 2014, Dmitry Cherneshenko, a déclaré que le relais de la flamme olympique Sotchi 2014 allait diffuser les « valeurs olympiques dans tout le pays ».

« La dignité humaine et la non-discrimination comptent parmi les valeurs centrales de la Charte olympique », a conclu Jane Buchanan. « Les Jeux olympiques constituent un moment crucial qui doit permettre au Comité olympique international et aux partenaires internationaux clés de la Russie d’insister sur le respect des droits humains internationaux. »