Une sous-munition non explosée de type DPICM, délivrée par une roquette de 122 mm lors d’une attaque près du village de Banin (région de Jabal Al Zaweya) en Syrie, en décembre 2012.

© 2012 Nicole Tung

(Washington, le 14 janvier 2013) - Les forces syriennes ont recours à des roquettes qui dispersent sans discernement des sous-munitions explosives, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Des éléments de preuve indiquent que les forces syriennes ont utilisé des lance-roquettes multitubes de type BM-21 Grad afin de délivrer des  sous-munitions lors d’attaques près de la ville d'Idlib en décembre 2012, ainsi qu’à Latamneh, au nord-ouest de la ville de Hama, le 3 janvier 2013.

Il s’agit des premier cas avérés d'utilisation par la Syrie de sous-munitions déployées à partir du sol. Aucune information n'est disponible sur les modalités ou sur la date de l’acquisition par la Syrie de ces sous-munitions, qui ont été fabriquées en Égypte. Human Rights Watch et d'autres organisations ont précédemment documenté le recours par la Syrie à des bombes à sous-munitions larguées de l’air. Le gouvernement syrien doit cesser immédiatement de recourir à ces armes, déjà interdites par 111 pays dans le cadre d’un traité international.

« Le gouvernement syrien est en train d’intensifier et de diversifier son recours aux armes à sous-munitions, en dépit de la condamnation internationale de cette arme interdite », a déclaré Steve Goose, directeur de la division Armes de Human Rights Watch. « Le gouvernement emploie désormais un type d’arme aveugle de triste réputation qui pose une grave menace à la populations civile. »

Se basant sur des entretiens avec des témoins, sur l'analyse de plus d’une dizaine de vidéos mises en ligne par des militants locaux, ainsi que sur des photos prises par un journaliste non syrien, Human Rights Watch a conclu qu’au moins depuis début décembre, les forces syriennes ont utilisé des lance-roquettes multiples BM-21 Grad pour tirer des roquettes d’un diamètre de 122 mm et contenant des sous-munitions de type DPICM (« dual purpose improved conventional munitions », munitions classiques améliorées à double effet ).

L'attaque employant ces sous-munitions à Latamneh le 3 janvier a tué un civil et blessé 15 personnes, dont plusieurs femmes et enfants, tandis qu'un autre civil a été tué ultérieurement par une sous-munition qui n’avait pas explosé en l’air lors de l'attaque. Un autre homme, un combattant de l'Armée syrienne libre, a été tué le 5 décembre après avoir manipulé une sous-munition qui n’avait pas explosé lors de l’attaque qui avait visé deux jours auparavant le village de Banin, dans la région de Jabal al-Zaweya.

Le lance-roquettes multiples BM-21, de fabrication soviétique, est un système monté sur camion capable de tirer presque simultanément 40 roquettes. Ces roquettes ont une portée de 4 à 40 kilomètres et sont notoirement imprécises en raison de l’absence d'un système de guidage, ce qui ne fait qu’aggraver le danger déjà posé par la vaste zone de dispersion des sous-munitions larguées. Tout tir groupé de ces roquettes sur des zones résidentielles risque de faire un grand nombre de victimes civiles,  a souligné Human Rights Watch.

Les roquettes de 122 mm tirées en Syrie portent les sigles de l'Organisation arabe pour l'industrialisation, une entreprise d’État égyptienne, et de l’Usine Sakr pour les industries de développement, une société égyptienne. Les sous-munitions DPICM dispersées par ces roquettes sont conçues pour avoir un double effet antipersonnel et antiblindé. Chacune a la taille d'une pile cylindrique de lampe de poche (D cell battery), et peut être reconnue grâce à un ruban blanc distinctif. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de déterminer si les roquettes tirées en Syrie sont de type SAKR-18, qui dispersent 72 sous-munitions,  ou de  type SAKR-36, qui dispersent 98 sous-munitions.

Il s’agit du premier emploi avéré dans le conflit syrien de roquettes de 122 mm contenant des sous-munitions DPICM. En octobre 2012 et en novembre 2012, Human Rights Watch avait déjà documenté le largage par l’armée de l’air syrienne, à travers le pays, de bombes à sous-munitions de fabrication soviétique (modèle RBK-250/275 AO-1SCh et modèle RBK-250 PTAB-2.5).

Plus d’une quinzaine de pays - notamment l'Allemagne,  l'Autriche, la Belgique, le Danemark, les États-Unis, la France, l'Irlande, le Japon, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, le Qatar, le Royaume-Uni et la Suisse - ont déjà condamné l'usage par la Syrie de bombes à sous-munitions.

La majorité des États du monde ont totalement interdit l'utilisation de ce type d’armes par le biais de la Convention sur les armes à sous-munitions, qui est entrée en vigueur le 1eraoût 2010. La Syrie n'est pas partie à la convention et n'a pas participé au processus d'Oslo de 2007-2008 qui a conduit à la création de ce traité, qui interdit ces armes et exige le déminage des zones contaminées ainsi que l’apport d’une aide aux victimes. À ce jour, 77 pays sont des États parties à la Convention, et 34 autres pays l'ont signée mais pas encore ratifiée.

Human Rights Watch est un membre fondateur de la Coalition contre les armes à sous-munitions (Cluster Munition Coalition, CMC), un regroupement de la société civile internationale qui a mené la campagne pour  l’élaboration de la Convention sur les armes à sous-munitions.

Pour lire l’intégralité de ce communiqué en anglais (incluant des récits de témoins), veuillez cliquer ici.