Fragments de « mini-bombes » retrouvés dans un quartier de la ville syrienne de Deir al-Assafeer, le 25 novembre, suite à une frappe aérienne au cours de laquelle plusieurs bombes à sous-munitions ont été larguées. Chaque sous-munition non explosée représente un risque mortel pour toute personne la touchant par mégarde ou cherchant à la manipuler.

(Washington, le 27 novembre 2012) - Des éléments de preuve convaincants indiquent qu’un raid aérien au cours duquel des bombes à sous-munitions ont été larguées le 25 novembre sur la ville de Deir al-Assafeer, près de Damas, a tué au moins 11 enfants et en a blessé d'autres, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Le gouvernement syrien doit cesser immédiatement d’utiliser cette arme extrêmement dangereuse, déjà  interdite par la plupart des pays.

« Cette attaque montre que les bombes à sous-munitions tuent sans faire de distinction entre les civils et les cibles militaires », a déclaré Mary Wareham, directrice de plaidoyer auprès de la division Armes à Human Rights Watch. « Compte tenu des risques dévastateurs pour la population civile, ces armes ne devraient jamais être employées, nulle part et par qui que ce soit. »

Selon des vidéos et des témoignages de résidents, au moins 11 enfants ont été tués lors de la frappe sur le quartier de Saraya, dans l’est de Deir al-Assafeer. Deux habitants ont indiqué à Human Rights Watch que cette frappe a été menée alors qu’un groupe d'au moins 20 enfants jouait sur un terrain qui servait habituellement d’aire de jeux.

Un témoin a décrit la scène :

« Vers 14h50, un MIG 23 est apparu dans le ciel. Je me trouvais à 100 mètres du terrain. J'ai regardé en l’air, et j’ai vu le MIG planer, puis larguer six bombes avant de s’éloigner. J’ai vu deux bombes exploser, se brisant en deux. Puis j'ai entendu une série de petites explosions, comme des feux d'artifice, mais plus bruyantes bien sûr. Puis j'ai entendu des gens crier et courir vers le terrain. Je les ai suivis, avec d’autres hommes qui se trouvaient avec moi. Quand nous sommes arrivés sur le terrain, j’ai vu cinq enfants qui gisaient morts et plusieurs autres enfants qui étaient blessés. Les enfants grièvement blessés ont été transportés dans des hôpitaux proches, et ceux qui souffraient de blessures plus légères ont été acheminés vers des hôpitaux de fortune. »

Des vidéos mises en ligne par des militants syriens et analysées par Human Rights Watch montrent qu'au moins trois bombes à sous-munition de type RBK-250/275 AO-1SCh ont été larguées lors de cette frappe. Chaque bombe de ce type contient 150 bombes à fragmentation antipersonnel AO-1SCh, dispersées sur une superficie de 4.800 mètres carrés, soit l'équivalent d'un terrain de football américain. Les marquages ​​visibles sur les fragments de bombes indiquent qu’elles ont été fabriquées en Union soviétique dans les années 1970. Human Rights Watch ne dispose pas d’information sur la date ou sur les modalités de l’acquisition de ces armes par la Syrie.

L'une de ces vidéos montre des fragments de bombes sur le terrain où les enfants jouaient. Un résident qui vit près du terrain affirme sur la vidéo qu'au moins six enfants ont été tués lors de l'attaque : Shahd al-Lahham al-Omar (4 ans), Mamdouh Chehab (11 ans), Mohamad al-Shafouni (11 ans), Roba Youssef al-Ali (13 ans), ainsi que deux autres enfants non identifiés.

Selon des résidents du quartier, une deuxième bombe a tué quatre enfants dans une maison située à une cinquantaine de mètres du terrain de jeux: Mohamad Bassel al-Lahham (5 ans), Eman al-Lahham (12 ans), Adnan al-Hussein (7 ans) , et Anoud Mohamad (12 ans). Un homme âgé a en outre été grièvement blessé lors de la frappe.

Les fragments d’une troisième bombe ont été retrouvés dans un champ agricole situé à 150 mètres du terrain de jeux. Cette bombe a tué Zeinab Othman, une fillette âgée de 12 ans, et l'un de ses parents. L’attaque a également tué et mutilé de nombreuses bêtes qui se trouvaient dans la zone de pâturage.

Les témoins ont affirmé que l'Armée syrienne libre (FSA), principal groupe armé des rebelles, ne dispose d’aucun camp, ni de matériel, à proximité de la zone frappée. L’un des habitants a ajouté que « les combattants de la FSA ne séjournent pas dans les zones résidentielles ». Human Rights Watch n'a pas été en mesure de confirmer indépendamment la présence ou non de combattants dans cette zone, mais le grand nombre d'enfants qui jouaient dehors au moment de la frappe semble confirmer qu’aucune attaque n’avait précédé la frappe aérienne.

Au moins 16 pays ont condamné l'usage par la Syrie de bombes à sous-munitions : l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, le Danemark, les États-Unis, la France, l'Irlande, le Japon, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, le Qatar, le Royaume-Uni, et la Suisse.

La majorité des pays ont totalement interdit l'utilisation de ces armes par le bais de la Convention sur les armes à sous-munitions, entrée en vigueur le 1er août 2010. La Syrie n'est pas partie à cette convention, qui exige en outre le déminage des zones affectées ainsi que l’octroi d’aide aux victimes blessées, et n'a pas participé au processus d'Oslo de 2007-2008 au cours duquel elle a été élaborée. À ce jour, 77 États sont parties à la convention, et 34 autres États l'ont signée mais pas encore ratifiée.

Les bombes à sous-munitions peuvent être tirées par des lance-roquettes, des mortiers et des engins d'artillerie, ou larguées par des avions. Elles explosent en plein air, dispersant des dizaines, voire des centaines de sous-munitions (ou « mini-bombes ») sur de larges zones. Dans de nombreux cas ces sous-munitions n'explosent pas immédiatement, et fonctionnent donc comme des mines terrestres qui risquent d’exploser dès qu’elles sont manipulées.

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