Incident data: HRW; Reference data: National Geographic, ESRI

(New York, le 14 octobre 2012) - De nouvelles preuves indiquent que l'armée de l'air syrienne a récemment utilisé des armes à sous-munitions, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Plusieurs frappes aériennes ont eu lieu à proximité de la route principale qui traverse Maarat al-Nouman, le site d'un affrontement majeur cette semaine entre les forces gouvernementales et les forces rebelles.

Des vidéos mises en ligne par des militants syriens entre le 9 et 12 octobre montrent des fragments de bombes à sous-munitions dans les villes suivantes ou dans leurs environs : Tamanea, Taftanaz, Al-Tah, et Maarat al-Nouman (gouvernorat d'Idlib dans le nord du pays), Bouwayda et Al-Salloumiyyeh (gouvernorat de Homs), Tel-Rifaat (gouvernorat d’Alep), Ghouta (près de Damas), ainsi que dans les environs de Lattaquié (sur la côte). Human Rights Watch ne dispose pas actuellement d’information sur le nombre de victimes causées par ces récents bombardements.

« Le mépris du gouvernement syrien pour la population civile est évident au vu de sa campagne aérienne, qui inclut désormais manifestement le largage de bombes à sous-munitions sur des zones peuplées », a déclaré Steve Goose, directeur de la division Armes au sein de Human Rights Watch. « Les bombes à sous-munitions ont été totalement interdites par la plupart des pays, et la Syrie devrait cesser immédiatement d’employer ces armes aveugles qui continuent à tuer et à mutiler même des années après avoir été larguées. »

Human Rights Watch a exprimé sa profonde inquiétude au sujet des risques que posent pour la population civile les sous-munitions non explosées, puisque l’on peut voir dans les vidéos des hommes et même des enfants manipuler d’une manière potentiellement mortelle des sous-munitions non explosées.

Human Rights Watch a établi que les fragments visibles dans 18 vidéos mises en ligne sur YouTube sont des bombes de type RBK-250 et des sous-munitions de type AO-1SCh, de fabrication soviétique. Human Rights Watch ne dispose pas d'information indiquant comment et quand la Syrie a acquis ces armes.

Un habitant de Taftanaz a déclaré à Human Rights Watch que les forces syriennes avaient attaqué cette ville pendant les six dernières semaines et que le 9 octobre un hélicoptère « a largué une [bombe] qui dans sa chute s’est brisée en deux et a libéré des bombes plus petites. J'ai entendu une [première] explosion, puis, une fois les sous-munitions libérées, d’autres explosions. » L’homme a dit avoir vu environ 30 sous-munitions non explosées sur le lieu de la frappe aérienne, un champ d'oliviers au sud de Taftanaz, situé à deux ou trois kilomètres de l'aéroport.

Les bombes à sous-munitions peuvent être tirées de manière semblable à des roquettes, des obus de mortiers et des tirs d'artillerie, ou larguées par des avions et des hélicoptères. Ces bombes explosent en plein air, en dispersant des dizaines, voire des centaines de sous-munitions (ou « mini-bombes ») sur des zone de la taille d'un terrain de football. Dans de nombreux cas ces sous-munitions n'explosent pas immédiatement, et fonctionnent donc comme des mines terrestres qui risquent d’exploser dès qu’elles sont manipulées.

La majorité des pays ont totalement interdit l'utilisation de sous-munitions par le biais de la Convention sur les armes à sous-munitions, qui est entrée en vigueur le 1er août 2010. La Syrie n'est pas un Etat partie à ce traité, qui interdit les sous-munitions et exige le déminage des zones affectées ainsi que l’aide aux victimes. Au total, 77 pays sont déjà des États parties à la Convention sur les armes à sous-munitions, et 34 autres pays l'ont signée mais pas encore ratifiée. Human Rights Watch est un membre fondateur de la Coalition sur les Bombes à sous-munitions (Cluster Munition Coalition), une campagne internationale menée par des militants de la société civile qui est à l’origine de la Convention.

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