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(Johannesburg, le 16 novembre 2012) – Les autorités guinéennes devraient, de manière rapide et transparente, traduire en justice les responsables de l’assassinat, le 9 novembre 2012, de la directrice nationale du Trésor public, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.Aissatou Boiro enquêtait sur un cas de corruption à haut niveau, ont indiqué ses collaborateurs à Human Rights Watch.

Aissatou Boiro a été abattue dans sa voiture alors qu’elle rejoignait son domicile depuis le ministère du Budget à Conakry, capitale de la Guinée, par des hommes non identifiés en uniforme militaire, selon les propos de témoins. Ceux-ci ont raconté que les hommes ont surgi d’un autre véhicule qui s’était arrêté de manière à bloquer la voiture d’Aissatou Boiro et ont tiré deux fois sur leur victime. Les amis et la famille d’Aissatou Boiro ont rapporté qu’elle avait reçu des menaces de mort.

« Le meurtre d’Aissatou Boiro est bien plus qu’une tragédie individuelle », a déclaré Corinne Dufka, chercheuse senior sur l’Afrique de l’Ouest à Human Rights Watch. « Les autorités doivent traduire en justice les responsables de cette attaque horrible. »

Aissatou Boiro avait été nommée directrice du Trésor public par un décret présidentiel plus tôt dans l’année 2012. Ses collaborateurs ont raconté à Human Rights Watch qu’elle menait une enquête sur un détournement de fonds publics présumé de plus de 13 milliards de francs guinéens (1,8 million de dollars américains).

Les Guinéens et de nombreux observateurs avaient exprimé leur espoir de voir les élections de 2010, qui ont porté le président Alpha Condé au pouvoir, constituer un tournant démocratique dans un pays affecté par une série de dirigeants autoritaires et abusifs. Même si Alpha Condé a pris quelques mesures pour s’attaquer aux problèmes graves de gouvernance et de sécurité dont il a hérité, la progression vers un plus grand respect de la loi a été freinée par le manque de discipline au sein des organismes de sécurité, par l’insuffisance de l’assistance et de la protection fournies au corps judiciaire régulièrement négligé et par la corruption.

La Guinée, pays riche en minerais, fait face à des taux de pauvreté élevés, en partie dus à une mauvaise gestion des revenus tirés de ses vastes ressources naturelles. Les auteurs de crimes économiques dans le pays font rarement l’objet d’enquêtes, encore moins de poursuites judiciaires, a déclaré Human Rights Watch dans un de ses rapports. Aissatou Boiro était décrite par beaucoup comme une femme courageuse et honnête cherchant à mettre fin à la corruption.

« Le gouvernement ne devrait pas céder face à des actes d’intimidation liés à des affaires anticorruption », a précisé Corinne Dufka. « Ce meurtre affreux devrait plutôt soulever la nécessité d’intensifier la lutte contre la corruption qui, depuis des décennies, nuit au développement du pays et au respect des droits humains en Guinée. »