(New York, le 28 novembre 2011) - Les autorités vietnamiennes devraient libérer immédiatement le blogueur Pham Minh Hoang et annuler le verdict prononcé contre lui lors de son procès en appel, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Son procès en appel doit être rejugé par la Cour Populaire Suprême de HCM-Ville le 29 Novembre 2011.

Pham Minh Hoang, 56 ans, qui blogue sous le pseudonyme de Phan Quoc Kien, a été condamné le 10 août sur des accusations de « mener des activités de subversion contre l’administration », selon l’article 79 du code pénal. Il a été condamné à trois ans de prison, suivis par trois années de probation.

« Le Vietnam maintient sa mainmise sur la libre expression en utilisant des lois sur la sécurité nationale aux formulations vagues pour emprisonner des militants pacifiques », a déclaré Phil Robertson, directeur adjoint de la division Asie à Human Rights Watch. « Les militants pacifiques comme Pham Minh Hoang méritent d’être entendus par leurs concitoyens, et non pas réduits au silence par les tribunaux. »

En criminalisant la dissidence pacifique, le Vietnam viole ses obligations en tant qu’État signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et, ne respecte pas sa propre constitution qui garantit la liberté d’expression et la liberté d’association.

Pham Minh Hoang est né à Vung Tau dans ce qui est désormais la province de Ba Ria-Vung Tau et est allé en France pour étudier, en 1973. Il est retourné au Vietnam en tant que citoyen français en 2000 et a enseigné les sciences appliquées à l’Université Polytechnique de HCM-Ville. Dans son blog, il a écrit sur une variété de questions sociales et politiques au Vietnam. Il a préconisé le respect des droits des travailleurs et des droits humains et promeut la réconciliation nationale, la liberté d’expression et la démocratie.

Pham Minh Hoang a été arrêté le 13 août 2010, pour son appartenance présumée au parti non autorisé Viet Tan, un groupe qui a prôné autrefois la rébellion contre le gouvernement communiste, mais depuis, a changé son approche pour des moyens pacifiques. Il n’existe aucune preuve qu’il ait préconisé ou participé à des actions violentes contre le gouvernement. Selon les médias d’État, Pham Minh Hoang a rédigé « 33 articles qui faussent les politiques et les directives du Parti et l’État ».

« Promouvoir les droits humains et les libertés fondamentales ne doit pas être un crime », a commenté Phil Robertson. « Il est clair que Pham Minh Hoang a été condamné uniquement pour avoir exprimé ses convictions politiques pacifiques et qu’il n’aurait jamais dû être emprisonné. »

Le Vietnam est actuellement en négociation pour rejoindre le Partenariat Trans-Pacifique (PTP), un important accord multilatéral de libre-échange avec les principaux partenaires commerciaux en Asie et en Amérique du Nord.

« Les États-Unis et d’autres gouvernements partenaires du PTP devraient faire pression sur le Vietnam pour qu’il améliore son bilan des droits de l’homme en libérant tous les prisonniers reconnus coupables de crimes simplement parce que le gouvernement désapprouve leurs convictions pacifiques », a ajouté Phil Robertson.

Ce qui suit est un extrait traduit d’un article de Pham Minh Hoang sous le nom de plume Phan Quoc Kien, intitulé « Stabilité politique et développement économique : le prix à payer » :

« Pendant longtemps, la main d’œuvre au Vietnam était parmi la moins chère au monde. Cela a attiré de nombreux investisseurs, principalement pour les industries intensives en travail humain. Maintenant, le Vietnam est devenu un grand pays-usine dans la région. La conséquence du travail bon marché est que la vie des ouvriers devient de pire en pire. Cela conduit à des différends, des conflits et les arrêts de travail collectifs.

Si l’État ne dispose pas d’un mécanisme pour protéger les ouvriers et continue à courir après les statistiques de croissance, ces conflits ne finiront jamais. Le Vietnam ne se débarrassera jamais du statut de pays « assembleur », avec ses risques, son incertitude et ses dépendances habituelles.

Les travailleurs et les paysans ne sont pas les seules victimes du coût de la stabilité politique et de la croissance économique. La pollution environnementale est un autre dommage grave, qui a été et continuera à détruire la santé de millions de personnes dans les mois et les années à venir. »