Des soldats de l'Armée mexicaine et des policiers municipaux mènent un raid conjoint à Ciudad Juárez, auprès de vendeurs de rue suspectés de traffic de drogues et d'armes, en mars 2009.

© 2009 Eros Hoagland/Redux

(Mexico, le  9 novembre 2011) – L’armée et la police mexicaines ont commis de nombreuses violations des droits humains dans le cadre des efforts entrepris par le gouvernement pour combattre le crime organisé, sans que ces abus ne fassent l’objet d’enquêtes adéquates dans la grande majorité des cas, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui.

Le rapport de 214 pages, intitulé Neither Rights Nor Security: Killings, Torture, and Disappearances in Mexico’s ‘War on Drugs’ (« Ni droits ni sécurité : meurtres, tortures et disparitions au Mexique dans le cadre de la lutte anti-drogue »), examine les conséquences sur les droits humains engendrées par  l'approche choisie par le président Felipe Calderón pour affronter les puissants cartels de la drogue au Mexique. Au cours de recherches approfondies menées dans cinq États mexicains particulièrement touchés par la violence (Baja California, Chihuahua, Guerrero, Nuevo León, et Tabasco), Human Rights Watch a rassemblé des éléments de preuves faisant peser de forts soupçons de participation des forces de sécurité dans plus de 170 cas de torture, 39 « disparitions » et 24 exécutions extrajudiciaires depuis la prise de fonction de Calderón en décembre 2006 .

« Au lieu de réduire le niveau de la violence au Mexique, la ‘guerre contre le trafic de drogue’ menée par le gouvernement a conduit à une hausse dramatique du nombre de meurtres, d’actes de torture et d’autres sévices graves commis par les forces de sécurité », a déclaré José Miguel Vivanco, directeur de la division Amériques à Human Rights Watch. « Ceci n’a fait qu’aggraver le climat d'anarchie et d’angoisse dans plusieurs régions du pays. »

Une délégation de Human Rights Watch menée conjointement par le directeur exécutif Kenneth Roth et par José Miguel Vivanco a formellement présenté le rapport au président Calderón, à des membres du Congrès du Mexique, à la Cour suprême, ainsi qu’à des groupes de la société civile mexicaine.

Le rapport inclut plusieurs  recommandations spécifiques adressées aux branches exécutive, législative et judiciaire du gouvernement mexicain concernant les abus décrits, dont les recommandations suivantes :

• Le Congrès mexicain devrait réformer le Code de justice militaire afin de s’assurer que des procureurs civils ouvrent des enquêtes sur les allégations de violations des droits humains, et que ces enquêtes - en particulier celles sur des abus qu'auraient commis des membres de l’armée - soit menées par des autorités civiles et non militaires ;

• Les représentants du gouvernement devraient cesser de faire des déclarations infondées rejetant les allégations d'abus avant même qu’une enquête ne soit menée, ou accusant les victimes de tels abus d’être des criminels avant qu'ils aient été reconnus coupables du moindre crime ;

• Les juges devraient appliquer l’interdiction d'aveux extorqués sous la torture, et les législateurs devraient éliminer certaines dispositions légales - comme celle autorisant la détention préventive (« arraigo ») - qui augmentent le risque d’abus à l’encontre de détenus .

L’intégralité de ce communiqué est disponible en anglais en cliquant ici.