Mise à jour : Marcial Abaga a été libéré le 4 novembre.

(Washington, le 3 novembre 2011) - Le gouvernement de la Guinée équatoriale devrait immédiatement libérer un membre de l'opposition et militant de la société civile qui a été appréhendé le 1er novembre et dont l'arrestation semble avoir été inspirée par des considérations politiques, ont déclaré aujourd'hui Human Rights Watch et EG Justice.Marcial Abaga Barril, représentant du principal parti d'opposition au sein de l'organe électoral national, a été arrêté sans mandat devant son domicile, prétendument dans le cadre d'une enquête sur un meurtre.

L'arrestation et la détention de Marcial Abaga surviennent quelques jours après le début de la campagne pour le référendum du 13 novembre sur l'approbation ou non des modifications constitutionnelles proposées par le gouvernement du président Teodoro Obiang.Le parti de Marcial Abaga s'est fermement opposé à cette réforme constitutionnelle. Certains de ses proches ont affirmé que le jour de son arrestation, il avait participé à la préparation d'une série de manifestations publiques pour appeler à voter «non» au référendum.

«L'arrestation de Marcial Abaga pour un motif manifestement politique est un nouvel exemple de l'offensive menée par le président Obiang contre les voix de l'opposition», a déclaré Daniel Bekele, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch.« L'allégation selon laquelle il seraitimpliqué dans un meurtre est purement et simplement dénuée de toute crédibilité.»

Le gouvernement Obiang a cherché à faire taire ceux qui s'opposent au référendum. Des policiers en uniforme et en civil ont perturbé des manifestations organisées cette semaine par le parti de Marcial Abaga, l'Union pour la démocratie sociale (Convergencia para la Democracia Social, CPDS), et ont obligé les participants à se disperser, a indiqué un témoin à EG Justice, un groupe basé aux Etats-Unis qui oeuvre en faveur des droits humains et de l'état de droit en Guinée équatoriale.

Marcial Abaga est membre du comité exécutif national du parti.C'est l'un des deux seuls partis politiques du pays qui soient indépendants du parti au pouvoir. Marcial Abaga est membre du Conseil municipal de Malabo et siège à la Commission électorale nationale de Guinée équatoriale en tant que représentant de son parti. Cette Commission, dominée par le Parti démocratique de Guinée Equatoriale au pouvoir (Partido Democratico de Guinea Ecuatorial, PDGE) et des représentants de partis alliés, n'a pas l'indépendance nécessaire pour superviser les opérations de vote de manière impartiale, ont affirmé Human Rights Watch et EG Justice.

Human Rights Watch et EG Justice ont souligné que le système judiciaire n'est pas indépendant en Guinée équatoriale. Le gouvernement procède couramment à des arrestations arbitraires et dénie aux détenus les garanties d'une procédure régulière, les maintenant indéfiniment en détention sans leur signifier de chefs d'accusation. Les critères fondamentaux d'un procès équitable ne sont pas respectés. La torture demeure un problème sérieux en dépit d'une législation nationale qui l'interdit. Toutefois Marcial Abaga n'a pas déclaré avoir été maltraité, selon les sources citées plus haut.

Les changements constitutionnels soumis au référendum du 13 novembre permettraient au président Obiang, qui est âgé de 69 ans, de se maintenir au pouvoir pendant encore deux mandats de sept ans. Ils prévoient également la création d'un poste de vice-président destiné à une personne de son choix, qui sera selon toute vraisemblance son fils aîné, Teodoro Obiang Nguema Mangue, dont il veut faire son successeur.

Teodoro Obiang Nguema Manguea fait l'objet d'enquêtes pour corruption et blanchiment d'argent en France, en Espagne et aux Etats-Unis. Ces enquêtes ont jusqu'ici abouti à la saisie d'une flotte de véhicules de luxe à proximité de sa résidence à Paris et à une tentative du gouvernement américain pour saisir plus de 70 millions de dollars d'actifs.

En octobre, le président Obiang a nommé son fils, surnommé Teodorin, à la tête de la campagne du parti au pouvoir pour promouvoir le «oui»au référendum. En 2010, Teodorin a été nommé vice-président du parti au pouvoir.

La Guinée équatoriale a été vivement critiquée pour ses pratiques électorales. Le président Obiang a été réélu en novembre 2009 avec 95,4% des voix, lors d'une élection qui s'est déroulée sous faible supervision internationale, suscitant "le soupçon de fraude électorale systématique", selon le Département d'Etat américain. Avant le vote, le gouvernement avait étouffé et harcelé une opposition politique déjà affaiblie, lui avait refusé un accès équitable aux médias et avait imposé des conditions très contraignantes aux observateurs internationaux.

Marcial Abaga est également actif en tant que chef d'une organisation de jeunes engagés dans l'éducation sur les droits humains, le Sentiment de l'avenir des jeunes (Sensación del Joven Futuro, SEJOF). Il milite aussi en faveur d'une plus grande transparence de la gestion par le gouvernement des revenus pétroliers, à travers une participation au mouvement international Publish What You Pay ("Rendez public ce que vous financez") et à la défunte Commission nationale pour l'Initiative de transparence des industries extractives (ITIE).La Guinée Equatoriale était candidate à l'adhésion à l'ITIE jusqu'à ce qu'elle en soit expulsée en 2010.

Selon un membre de sa famille, Marcial Abaga a été arrêté devant son domicile vers 22h00 le 1er novembre, par des agents de sécurité en civil affirmant appartenir à la police. Mais ils n'ont pas fourni d'explication pour son arrestation, se contentant de dire qu'ils avaient besoin de l'interroger dans le cadre d'une enquête.Il a été emmené à la prison de Malabo, souvent appelée «Guantánamo» pour sa réputation d'établissement où les détenus subissent des sévices, mais il a pu recevoir des visites de membres de sa famille, de collègues et de son avocat. La loi de la Guinée équatoriale permet la garde à vue d'un suspect pendant un maximum de 72 heures.

Selon certains de ses proches, Marcial Abaga a été informé dans l'après-midi du 2 novembre - plus de 12 heures après son arrestation - qu'il était détenu dans le cadre d'une enquête policière sur le meurtre présumé d'un cuisinier travaillant pour le président Obiang, commis deux semaines auparavant.Cet incident n'avait pas été signalé publiquement. Marcial Abaga nie fermement toute implication dans cette affaire, que Human Rights Watch et EG Justice décrivent comme très peu plausible.