Un garde armé, devant une cellule où se trouvent des prisonniers soupçonnés d'être des combattants pour Mouammar Kadhafi, dans le quartier de Souk al-Juma à Tripoli, le 30 août 2011.

(Tripoli, le 30 septembre 2011) - Le Conseil national de transition (CNT), l'autorité de facto qui contrôle l’essentiel du territoire en Libye, devrait s'employer à empêcher les groupes de miliciens de procéder à des arrestations arbitraires et de maltraiter les détenus dans les prisons et centres de détention improvisés dans l'ouest de la Libye, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Human Rights Watch a visité 20 centres de détention à Tripoli et a interviewé 53 détenus. Des détenus ont signalé des mauvais traitements, notamment des passages à tabac et l'utilisation de chocs électriques, dans six établissements. Certains prisonniers ont exhibé des cicatrices afin d’étayer leurs affirmations. Aucun n'avait été traduit devant un juge.

Le CNT, avec l'aide de ses soutiens internationaux, devrait urgemment mettre en place un système judiciaire capable d’examiner rapidement les affaires de tous les détenus, une tâche qui selon Human Rights Watch n'a pas été une priorité suffisamment élevée.

« Après tout ce que les Libyens ont souffert dans les geôles de Mouammar Kadhafi, il est décourageant de constater que certaines nouvelles autorités soumettent aujourd'hui des détenus à des arrestations arbitraires et à des violences  », a déclaré Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Le Conseil national de transition doit montrer au peuple libyen qu’il compte rapidement instituer la primauté du droit. »

Depuis la chute du gouvernement Kadhafi à la fin du mois d’août 2011, les brigades locales, les milices et autres groupes de sécurité alignés avec le CNT ont arrêté des milliers de personnes et les maintiennent en détention sans examen juridique approprié, selon Human Rights Watch. Les forces ayant procédé aux arrestations et les gardiens de prison ont infligés aux détenus soupçonnées des crimes les plus graves - comme le meurtre et le viol - les pires traitements, dont certains s’apparenteraient à des actes de torture.

Entre le 31 août et le 29 septembre, Human Rights Watch a inspecté huit prisons à Tripoli et douze centres de détention plus petits. Human Rights Watch a interrogé 53 détenus - 37 Libyens et 16 Africains sub-sahariens - dont 16 femmes, 4 enfants, et 5 personnes qualifiés de détenus « à haute valeur » en raison de leurs rangs élevés dans le gouvernement Kadhafi.

Parmi les personnes arrêtées figurent de nombreux Libyens à peau sombre auinsi que des Africains sub-sahariens accusés d'avoir combattu pour Mouammar Kadhafi. Dans certains cas, les gardes dans les centres de détention ont contraint illégalement des Africains sub-sahariens à accomplir des travaux manuels.

Mahmoud Jebril, le Premier ministre de facto qui dirige le comité exécutif du CTN, a déclaré à Human Rights Watch le 23 septembre que selon lui et le CNT, la situation des détenus exige une attention urgente. «  Aucune forme d’exaction subie par des prisonniers n’est acceptable » a-t-il affirmé. « Nous avons rejoint la révolution pour mettre fin à ces mauvais traitements, et non pour les voir se poursuivre sous une forme quelconque. »

L'engagement de Jerbil de mettre fin aux mauvais traitements subis par des prisonniers est encourageant,  et devrait être rapidement suivi de mesures concrètes prises par le CNT et lui-même, selon Human Rights Watch.

« Les dirigeants du CNT doivent résoudre ce problème en collaboration avec les brigades militaires, les autorités locales, la police et ministère de la Justice », a déclaré Joe Stork. « Les gouvernements et organisations internationales qui soutiennent la transition en Libye devraient faire du bon fonctionnement du système judiciaire pénal une priorité absolue. »

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