© 2011 Human Rights Watch

(New York, le 13 mars 2011) - Les forces de sécurité libyennes contrôlées par Mouammar Kadhafi ont lancé à  Tripoli une vague d'arrestations et de disparitions forcées qui a plongé la capitale dans un climat de peur, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Selon des témoignages crédibles recueillis par Human Rights Watch auprès de résidents de Tripoli, les forces de sécurité ont arrêté plusieurs dizaines de manifestants anti-gouvernementaux, des personnes soupçonnées d'être critiques à l'égard du gouvernement, et d'autres suspectées d'avoir fourni des informations aux médias internationaux et à des organisations de défense des droits humains. Certains détenus auraient été soumis à la torture.

« Kadhafi et ses forces de sécurité sont en train de réprimer brutalement à Tripoli toute forme d'opposition - y compris des tentatives de manifestation pacifique - en recourant à la force létale, aux arrestations arbitraires et aux disparitions forcées », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Compte tenu du triste bilan de la Libye en matière de torture et d'assassinats politiques, nous sommes profondément préoccupés par le sort des personnes détenues. »

Le gouvernement a relâché certaines personnes après de courtes périodes de détention, a indiqué Human Rights Watch, mais le lieu de détention et le sort de nombreuses autres personnes arrêtées demeure inconnu. Le gouvernement libyen n'a fait aucune déclaration sur le nombre de personnes arrêtées, ni sur le lieu où elles dont détenues, ni sur d'éventuels chefs d'inculpation les concernant.

La répression menée par le gouvernement à Tripoli a débuté le 20 février, lorsque des manifestants anti-gouvernementaux se sont rassemblés sur la Place Verte, dans le centre de la capitale. Trois témoins ont indiqué à Human Rights Watch que les forces de sécurité ont ouvert le feu sur la foule qui manifestait de façon pacifique, faisant plusieurs morts et blessés, dont le nombre exact est inconnu.

Dans la soirée du 20 février, des forces de sécurité lourdement armées ont été déployées dans toute la ville, en particulier dans les quartiers de Tadjoura et de Fashloom où plusieurs manifestations anti-gouvernementales avaient débuté. Selon les témoignages recueillis par Human Rights Watch, les forces de sécurité ont arrêté plusieurs personnes, y compris des manifestants blessés qui avaient été transportés dans des hôpitaux.

Le 25 février, le gouvernement a de nouveau recouru à la force létale contre des personnes qui avaient commencé à manifester sans violence après les prières du vendredi. Les arrestations et les disparitions se sont poursuivies après cette date, selon les temoignages de résidents de Tripoli.

Les seuls temoignages directs sur le sort de personnes récemment arrêtées ont été fournis par trois journalistes de la BBC, eux-mêmes détenus par l'armée et les services libyens de sécurité intérieure pendant 21 heures, les 7 et 8 mars. Les trois journalistes - Chris Cobb-Smith, un citoyen britannique, Feras Killani, un Palestinien avec un passeport syrien, et Goktay Koraltan, un citoyen turc - étaient pourtant officiellement autorisés à travailler en Libye. Les trois hommes, détenus dans des casernes militaires, ont tous subi  des simulacres d'exécution. Deux d'entre eux ont été battus.

Killani a par la suite raconté lors d'un entretien avec la BBC qu'il avait pu brièvement s'entretenir avec quatre prisonniers originaires de Zawiya - un jeune homme et trois jeunes femmes - qui ont affirmé avoir été torturés pendant trois jours. Les quatre personnes portaient des traces de violence ; deux d'entre elles ont dit avoir les cotes cassées.

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