Cortège funèbre pour Ali Abdulhadi Mushaima, un jeune manifestant bahreïnien tué le 14 février 2011 près de la capitale, Manama. Un homme participant à ce cortège le 15 février a été lui-même tué suite à l'intervention de la police anti-émeute.

© 2011 Reuters

(Washington, le 15 février 2011) - Les autorités de Bahreïn devraient ordonner aux forces de sécurité de cesser leurs attaques contre des manifestants pacifiques et enquêter sur les morts de deux jeunes hommes le 14 et 15 février, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. La police anti-émeute a utilisé des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc, mais aussi des balles réelles contre des manifestants pro-démocratie le lundi 14 février, tuant un jeune homme et faisant de nombreux blessés. Le lendemain, la police a abattu un deuxième homme qui participait aux funérailles de la première victime.

Ali Abdulhadi Mushaima, 27 ans, est décédé le 14 février, à la suite de blessures causées par des balles réelles selon des sources hospitalières. La police anti-émeute aurait abattu Mushaima lors d'une manifestation dans le village de Daih, près de Manama. Nabeel Rajab, directeur du Centre bahreïnien des droits de l'homme, a affirmé à Human Rights Watch que selon des responsables de l'hôpital où Mushaima a été transporté, celui-ci a été atteint par des balles réelles et non en caoutchouc. Le lendemain, la police a abattu Fadhel Matrook Ali, 31 ans alors qu'il participait au cortège funéraire pour Mushaima, Selon l'agence Associated Press, Matrook a succombé à des tirs de « grenaille » devant l'hôpital Salmaniya à Manama.

Human Rights Watch n'a pas été en mesure de vérifier de façon indépendante les circonstances précises des décès de Mushaima et de Matrook, mais a pu visionner des images d'une vidéo du cortège funéraire qui s'est visiblement déroulé sans violence. Les participants scandaient des slogans anti-gouvernementaux, lorsque la police anti-émeute a commercé par tirer des gaz lacrymogènes.

« Toutes les informations reçues de journalistes indépendants et d'organisations bahreïniennes des droits humains indiquent que les forces de sécurité ont utilisé la force létale de façon illégale à l'encontre des manifestants anti-gouvernementaux », a déclaré Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les autorités doivent immédiatement ordonner à la police anti-émeute de cesser cet usage excessif de la force et mener une enquête indépendante sur les événements des deux derniers jours. »

En tant qu'État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Bahreïn est tenu de protéger et promouvoir la liberté d'expression et d'association, ainsi que le droit de se rassembler pacifiquement. Le Bahreïn doit également respecter les Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l'utilisation des armes à feu par les responsables de l'application des lois. Selon ces Principes, les responsables de l'application des lois, dans l'accomplissement de leurs fonctions, doivent recourir dans la mesure du possible à des moyens non violents avant de faire usage de la force ou d'armes à feu. Lorsque l'usage légitime de la force est jugé inévitable, les responsables de l'application des lois doivent en user avec modération en ne causant que le minimum de dommages et d'atteintes à l'intégrité physique.