Le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon (au centre) lors d'un colloque sur les droits des personnes LGBT au siège de l'ONU à New York, le 10 décembre 2010.

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(New York, le 15 février 2011) – Fait rarissime, à la suite d'une campagne mondiale de sensibilisation menée par Human Rights Watch, l'Assemblée générale des Nations Unies a revoté la résolution protégeant les personnes des exécutions extrajudiciaires. Grâce à notre campagne de sensibilisation, les votants ont décidé, à une écrasante majorité, d'accorder aux lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels (LGBT) le même niveau de protection qu'aux autres groupes de personnes dont la vie est menacée.

Les Nations Unies ont pour la première fois introduit dans leur résolution relative aux exécutions extrajudiciaires une disposition sur l'orientation sexuelle, en 1999, à l'instance du rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, car ses conclusions prouvaient que, dans un certain nombre de pays, il y avait un lien entre l'homophobie, l'orientation sexuelle perçue et les crimes haineux entraînant la mort. En novembre 2010, au cours d'une réunion du comité des Nations Unies chargé de superviser les décisions relatives aux droits humains, ces dispositions ont été supprimées. Les initiateurs du retrait de cette disposition - des membres de l'Organisation de la Conférence islamique et du Groupe africain à l'ONU, notamment l'Ouganda, l'Afrique du Sud et le Rwanda - ont brandi des arguments prétendument religieux et culturels.

Boris Dittrich, directeur de plaidoyer de la division Droits LGBT de Human Rights Watch, s'est très vite aperçu que l'événement qu'il coorganisait aux Nations Unies, le 10 décembre, pour célébrer la Journée internationale des droits de l'homme pourrait servir à déclencher rapidement un nouveau vote. Une invitation a été envoyée au secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, et à l'ambassadrice des États-Unis aux Nations Unies, Susan Rice, que tous deux ont acceptée. Lors de l'ouverture de la session, Ban Ki-moon a appelé de ses vœux l'abrogation des lois criminalisant les relations homosexuelles entre personnes consentantes. Pendant son discours, Susan Rice a annoncé que les États-Unis s'efforceraient de faire rouvrir le débat sur cet amendement discutable pendant une réunion de l'Assemblée générale des Nations Unies devant se tenir 11 jours plus tard.

Human Rights Watch n'a pas perdu son temps. Elle a organisé une campagne dynamique pour faire basculer la majorité en faveur de l'annulation de cet amendement homophobe.

Sipho Mthathi, directrice de Human Rights Watch en Afrique du Sud, a fait pression sur le gouvernement fédéral. Parallèlement elle a incité les groupes sud africains de défense des droits des LGBT à agir de même. Boris Dittrich a accordé à la télévision sud africaine un entretien remarqué, dans lequel il a critiqué la position de l'Afrique du Sud sur l'amendement. L'Afrique du Sud, dont la constitution protège bien la communauté LGBT, avait pourtant voté l'amendement qui supprimait les dispositions protégeant ces personnes.

Pendant ce temps, Philippe Bolopion, directeur de Human Rights Watch chargé du plaidoyer auprès des Nations Unies, et Boris Dittrich ont contacté un maximum de diplomates avant la réouverture du débat. Ce travail d'approche a permis de consolider le soutien récent de nombreux pays, notamment celui des sept pays de la Communauté des Caraïbes (CARICOM). À la suite de réunions avec des diplomates colombiens et surinamiens de la mission des Nations Unies, Boris Dittrich a incité les défenseurs des droits des LGBT dans ces pays à se mobiliser et à critiquer le vote de cet amendement par leur pays. Finalement, ces deux pays, comme l'Afrique du Sud, ont modifié leur vote.

Pendant que l'Assemblée générale procédait au vote final, l'ambassadeur du Rwanda aux Nations Unies a fait une déclaration ferme en faveur de l'abrogation de l'amendement homophobe. Avec la collaboration de l'Argentine, de la Belgique, du Brésil, de la France, des Pays-Bas, de la Norvège et du Gabon, nous avons obtenu le rétablissement de la résolution garantissant une protection aux LGBT, voté par une majorité écrasante de 94 pays.