(Washington, le 24 mai 2010) - Le Président Barack Obama devrait agir sans tarder pour mettre en œuvre la loi historique qu'il a signé aujourd'hui, engageant les États-Unis à prendre des mesures visant à aider les civils d'Afrique centrale menacés par l'Armée de Résistance du Seigneur (LRA, Lord's Resistance Army), a déclaré aujourd'hui une coalition de 49 organisations de défense des droits humains, associations humanitaires et associations basées sur la foi. Le groupe rebelle a mené l'une des rébellions les plus anciennes et les plus brutales au monde.

La loi de 2009 relative au désarmement de l'Armée de Résistance du Seigneur et à la relance du nord de l'Ouganda (LRA Disarmament and Northern Uganda Recovery Act) a été signée aujourd'hui lors d'une cérémonie à la Maison Blanche en présence d'éminents membres du Congrès américain et de représentants d'organisations de la société civile. Cette loi stipule que la politique des États-Unis est d'appuyer les efforts visant à « protéger les civils contre l'Armée de Résistance du Seigneur, à appréhender ou écarter du champ de bataille Joseph Kony et ses hauts commandants en l'absence persistante d'une solution négociée, ainsi qu'à désarmer et à démobiliser le reste des combattants de la LRA ». Cette loi requiert également du Président Obama qu'il mette au point une stratégie globale et multilatérale visant à protéger les civils d'Afrique centrale face aux attaques de la LRA et qu'il prenne des mesures pour mettre définitivement fin aux violences perpétrées par le groupe rebelle. La loi appelle par ailleurs les États-Unis à accroître leur soutien humanitaire aux pays actuellement affectés par les violences de la LRA et à appuyer les efforts de relance économique et de justice transitionnelle en Ouganda.

La coalition qui soutient la loi rassemble notamment des associations de la République démocratique du Congo et du Soudan - où des communautés sont la proie d'attaques incessantes de la LRA - ainsi que de l'Ouganda, où le conflit a pris naissance.

Dans une lettre ouverte adressée au Président Obama et publiée la semaine passée, les défenseurs des droits humains de Niangara, une ville du nord du Congo profondément affectée par de récentes attaques menées par la LRA, plaident en faveur d'une action concrète et urgente contre la LRA. « Nous nous sentons oubliés et abandonnés. Notre souffrance semble ne pas beaucoup attirer l'attention de la communauté internationale ni de notre propre gouvernement », déplore la lettre. « Nous vivons chaque jour dans la crainte de nouvelles attaques de la LRA. Quelles sont nos chances si personne n'entend nos cris et si personne ne vient à notre secours ? »

La loi a été présentée devant le Sénat américain et la Chambre des Représentants en mai 2009, devenant depuis lors la législation relative à l'Afrique bénéficiant du plus large soutien de toute l'histoire du Congrès américain. La loi a été coparrainée par un groupe bipartite de 65 sénateurs et de 201 députés, représentant 49 États et 90% des citoyens américains. Des centaines de milliers d'Américains se sont mobilisés pour appuyer la loi, participant à des centaines de réunions avec des bureaux du Congrès à travers tout le pays.

« Cela fait des années que les civils d'Afrique centrale souffrent effroyablement des violences commises par la LRA », a déclaré  Anneke Van Woudenberg, chercheuse principale auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « Cette loi confie clairement au Président Obama le mandat d'œuvrer aux côtés de partenaires nationaux et internationaux pour appréhender les commandants de la LRA inculpés, ceci dans le cadre d'une stratégie globale visant à mettre définitivement fin aux atrocités perpétrées par la LRA. »

« Le Président Obama devrait agir sans tarder et tirer parti de cette occasion historique de contribuer à tourner la page sur l'une des pires crises des droits humains de notre époque », a ajouté Anneke Van Woudenberg.

Les violences commises par la LRA rongent l'Afrique centrale depuis plus de deux décennies. Dans le nord de l'Ouganda, des milliers de civils ont été tués et près de deux millions ont été déplacés par le conflit opposant les rebelles et le gouvernement ougandais. En juillet 2005, la Cour pénale internationale a délivré des mandats d'arrêt contre les commandants supérieurs de la LRA pour des crimes commis dans le nord de l'Ouganda, mais les accusés demeurent en liberté. Bien que le groupe rebelle ait mis fin à ses attaques dans le nord de l'Ouganda en 2006, il a transféré ses bases dans le nord-est de la République démocratique du Congo et a commis des actes de violence à l'encontre des civils au Congo, au Soudan et en République centrafricaine. Kony et ses hauts commandants renouvellent leurs troupes en enlevant des civils, y compris des enfants, afin de les utiliser comme soldats et esclaves sexuels.

En décembre 2008, suite à l'échec du processus de négociation, le Soudan, l'Ouganda et le Congo ont lancé contre le groupe rebelle une offensive militaire conjointe, « l'Opération Coup de tonnerre », avec le soutien des États-Unis. Depuis lors, en l'espace de 17 mois, la LRA s'est dispersée en une multitude de groupes plus petits et a assassiné brutalement plus de 1 500 civils et enlevé plus de 1 600 personnes, dont beaucoup d'enfants. Les violences de la LRA ont souvent pris pour cible des églises, des écoles et des marchés, et lors d'une attaque menée en décembre dernier, le groupe rebelle a massacré plus de 300 civils congolais.

« Si aucune mesure n'est entreprise contre les chefs de la LRA, ils continueront à perpétrer des meurtres et des enlèvements dans toute l'Afrique centrale, menaçant la stabilité dans quatre pays et risquant de compromettre le référendum prévu dans le Sud-Soudan. La LRA constitue une menace flagrante pour la paix et la sécurité internationales », a déclaré John Prendergast, co-fondateur du projet Enough. « Il incombe maintenant aux États-Unis de mener une initiative internationale pour mettre fin à cette menace une fois pour toutes. »   

La loi a également pour objectif de contribuer à garantir une paix durable en Ouganda en augmentant l'assistance destinée aux communautés du nord de l'Ouganda affectées par la guerre et en soutenant des initiatives pour aider à résoudre des conflits qui divisent depuis longtemps le nord et le sud du pays. Elle demande un financement accru des initiatives en matière de justice transitionnelle et appelle le gouvernement ougandais à raffermir son engagement en faveur d'un processus de reconstruction transparent et responsable dans les zones affectées par la guerre.

« Jusqu'à présent, le monde est resté sourd à la souffrance de notre peuple », a déploré Mgr Samuel Enosa Peni, évêque de l'Église épiscopale du Soudan pour le diocèse de Nzara, circonscription gravement affectée par la violence de la LRA. « Nous supplions les États-Unis et les dirigeants internationaux d'entendre nos cris et de mettre fin à ces violences une fois pour toutes. »

Parmi les organisations qui appuient cette initiativefigurent :

Human Rights Watch
Resolve Uganda, USA
Enough Project, USA
Invisible Children, USA
Refugees International, USA
Athletes for Africa / GuluWalk, USA
Genocide Intervention Network, USA
Global Action for Children, USA
Citizens for Global Solutions, USA
Institute on Religion and Democracy, USA
International Center for Religion & Diplomacy, USA
Foundation for Human Rights Initiative, Ouganda
Advocates Coalition for Development and Environment, Ouganda
Grassroots Reconciliation Group, Ouganda
Centre d'Intervention Psychosociale (CIP), Niangara, République démocratique du Congo
Voix des Opprimés, Niangara, République démocratique du Congo
Commission Paroissiale Justice et Paix, Niangara, République démocratique du Congo
Société Civile Niangara, République démocratique du Congo
Société Civile Faradje, République démocratique du Congo
Commission Justice et Paix (Dungu-Duru), République démocratique du Congo
Encadrement des Femmes Indigènes et Ménages Vulnérables (EFIM), République démocratique du Congo
Centre de Recherche sur l'Environnement, la Démocratie et les Droits de l'Homme (CREDDHO), République démocratique du Congo
Action Humanitaire pour le Développement Intégral (AHDI), République démocratique du Congo
Centre d'Appui pour le Développement Rural Communautaire (CADERCO), République démocratique du Congo
Fondation Mère et Enfant (FME), République démocratique du Congo
Campagne Pour la Paix (CPP), République démocratique du Congo
Fondation Point de vue des Jeunes Africains pour le Développement (FPJAP), République démocratique du Congo
Action Sociale pour la Paix et le Développement (ASPD), République démocratique du Congo
Programme d'Appui a la lutte contre la misère (PAMI), République démocratique du Congo
Groupe d'Hommes pour la Lutte Contre les Violences (GHOLVI), République démocratique du Congo
Association des Jeunes Engagés pour le développement et la santé (AJDS), République démocratique du Congo
Action Globale pour la Promotion Sociale et la paix (AGPSP), République démocratique du Congo
Union d'Action pour les Initiatives des Développement (UAID), République démocratique du Congo
Africa Justice Peace and Development (AJPD), République démocratique du Congo
Synergie des Femmes pour les Victimes des Violences Sexuelles  (SFVS), République démocratique du Congo
Ligue pour la Solidarité Congolaise (LSC), République démocratique du Congo
Collectif des Organisations des Jeunes Solidaires du Congo (COJESKI), République démocratique du Congo
Nzara Diocese, Episcopal Church of the Sudan, Sud-Soudan
Tombura-Yambio Diocese, Catholic Church, Sud-Soudan
Nabanga Development Agency, Sud-Soudan
Maridi Service Agency, Sud-Soudan
Young Women Christian Association, Sud-Soudan
Mundri Relief & Development Association, Sud-Soudan
New Sudan Women Association, Sud-Soudan
Gbudue Construction Company, Sud-Soudan
Yubu Development Association, Sud-Soudan
Zande Cultural Association, Sud-Soudan
Yambio Farmers Association, Sud-Soudan
Joint Effort for Support of Orphans, Sud-Soudan