(Washington, DC) - Le nouveau projet de loi présenté devant le Congrès américain et visant un renforcement des efforts pour aider les civils menacés par l'une des insurrections les plus longues et les plus brutales au monde constitue une avancée cruciale pour la politique américaine dans la région, a déclaré aujourd'hui une coalition de vingt-deux associations des droits humains, humanitaires et basées sur la foi.

Si elle venait à être adoptée, la loi relative au désarmement de l'Armée de Résistance du Seigneur et à la relance du nord de l'Ouganda (Lord's Resistance Army Disarmament and Northern Uganda Recovery Act) imposerait à l'Administration Obama de mettre au point une stratégie régionale visant à protéger les civils d'Afrique centrale face aux attaques des rebelles de l'Armée de Résistance du Seigneur (LRA - Lord's Resistance Army), à faire respecter l'État de droit et à garantir aux associations humanitaires le plein accès aux zones touchées par les activités de la LRA. Par ailleurs, la loi amènerait les États-Unis à accroître leur soutien aux efforts de relance économique et de justice transitionnelle en Ouganda. La coalition qui soutient le projet de loi rassemble notamment des associations de la République démocratique du Congo, du Soudan et d'Ouganda, pays où les communautés sont actuellement menacées par la LRA.

« Nous continuons de vivre dans la peur des attaques de la LRA et dans la peur que nos enfants soient enlevés », a déclaré le Père Benoît Kinalegu de la Commission Justice et Paix de Dungu/Doruma, en RD Congo. « Nous prions pour recevoir une aide et une protection et espérons que les législateurs américains entendront notre cri. »

Le projet de loi a été déposé par les sénateurs Russ Feingold (démocrate du Wisconsin) et Sam Brownback (républicain du Kansas) ainsi que par les membres de la Chambre des Représentants Jim McGovern (démocrate du Massachusetts), Brad Miller (démocrate de Caroline du Nord) et Ed Royce (républicain de Californie). Il affirme le besoin d'un leadership des États-Unis pour contribuer à mettre fin aux atrocités perpétrées par l'Armée de Résistance du Seigneur et promouvoir une relance à long terme dans la région.

« La LRA constitue depuis longtemps une terrible menace pour les civils », a souligné Georgette Gagnon, directrice de la division Afrique à Human Rights Watch. « Ce projet de loi aidera le gouvernement américain à appuyer les vastes efforts multilatéraux déployés pour protéger les civils dans les zones touchées par les activités de la LRA et pour appréhender, ou en tout cas écarter du champ de bataille, le dirigeant du groupe rebelle, Joseph Kony, et ses hauts commandants. »

Pendant plus de vingt ans, la population du nord de l'Ouganda a été plongée dans une guerre opposant l'armée ougandaise et le groupe rebelle. Les violences ont coûté la vie à des milliers de civils et déplacé près de deux millions de personnes. Kony et ses hauts commandants renouvellent leurs troupes en enlevant des civils, y compris des enfants, afin de les utiliser comme soldats et esclaves sexuels. Bien que le groupe rebelle ait mis fin à ses attaques dans le nord de l'Ouganda en 2006, il a transféré ses bases dans le nord-est de la République démocratique du Congo et a commis des actes de violence à l'encontre des civils au Congo, au Soudan et en République centrafricaine. En décembre 2008, le Soudan, l'Ouganda et le Congo ont lancé contre le groupe rebelle une offensive militaire conjointe, « l'Opération Coup de tonnerre », avec le soutien des États-Unis. Suite à cela, l'Armée de Résistance du Seigneur s'est dispersée en une multitude de groupes plus petits et a assassiné brutalement plus de 1 000 civils et enlevé plus de 400 personnes, en majorité des enfants.

« Vu le rôle catalyseur qu'a joué l'armée américaine lors de sa participation à l'Opération Coup de tonnerre-et les horribles conséquences de cette opération-, il incombe aujourd'hui au gouvernement américain de contribuer à mettre fin une fois pour toutes à la menace posée par Joseph Kony », a fait valoir John Prendergast, co-fondateur du projet Enough. « Un seul homme ne devrait pas être autorisé à terroriser des millions de personnes dans quatre pays d'Afrique centrale. Ce projet de loi est un premier pas capital qui poussera les États-Unis à mener une action immédiate et efficace. »

Le projet de loi a également pour but de contribuer d'une part à garantir une paix durable en Ouganda en appuyant les mesures qui visent à aider les communautés affectées du nord de l'Ouganda et d'autre part, à résoudre les conflits qui divisent depuis longtemps les communautés du nord et du sud de l'Ouganda. Il autorise un financement accru des efforts de relance dans le nord de l'Ouganda, en mettant particulièrement l'accent sur le soutien à la justice transitionnelle et à la réconciliation. Il appelle par ailleurs le gouvernement ougandais à raffermir son engagement en faveur d'un processus de reconstruction transparent et responsable dans les zones affectées par la guerre.

« Il est indispensable d'investir judicieusement dans une relance à long terme si l'on veut que la population du nord de l'Ouganda vive dans la paix et la dignité », a déclaré Annalise Romoser, directrice adjointe pour le plaidoyer à Lutheran World Relief. « Les initiatives en matière de justice transitionnelle et le développement d'infrastructures de base telles que les systèmes d'approvisionnement en vivres et en eau sont des éléments déterminants dans l'avènement d'une paix durable et d'une réconciliation en Ouganda. Un investissement des États-Unis sur ce plan viendra appuyer les efforts exemplaires déployés par la population du nord de l'Ouganda pour rentrer chez elle et s'engager dans la reconstruction après des décennies de guerre et de déplacement. »

La coalition de 22 associations des droits humains, humanitaires et basées sur la foi qui se se sont adressées au gouvernement américain inclut les organisations suivantes :

AVSI; Azande Community World-wide Organisation, Royaume Uni - Sud Soudan; Azande Women Organization, Sud Soudan; Commission Justice et Paix de Dungu/Doruma, RDC; Enough Project; Eso Development Organization, Sud Soudan; Evangelical Lutheran Church in America; Genocide Intervention Network; Global Action for Children; Hope Sudan Organization, Sud Soudan; Human Rights Watch; Ibba Charitable Organization, Sud Soudan; International Rescue Committee; Invisible Children; Lutheran World Relief; Mbomu Charitable Organization, Soudan; Nabanga Development Agency, Sud Soudan; Refugee Law Project, Ouganda; Refugees International; Resolve Uganda; United States Fund for UNICEF; et Women's Refugee Commission.