(New York) - Le Conseil de sécurité des Nations unies devrait se concentrer sur la protection des civils, la justice et les droits humains durant la prochaine visite des ambassadeurs en Afrique, du 14 au 21 mai 2009, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch dans une lettre aux Etats membres du Conseil.

Les 15 membres du Conseil de sécurité vont visiter le Libéria, le Rwanda et la République Démocratique du Congo. Ils vont également rencontrer des représentants de l'Union africaine à Addis Abeba, en Ethiopie, pour discuter des crises en Somalie et au Soudan. Human Rights Watch insiste sur le fait que dans tous ces pays, l'action du Conseil de sécurité est urgemment requise pour mettre un terme aux incessants abus des droits humains et pour traduire en justice les responsables des crimes passés.

« Des millions des personnes ont souffert des effets désastreux des conflits armés dans chacun de ces pays africains », déclare a déclaré Georgette Gagnon, directrice de la division Afrique de Human Rights Watch. « Le Conseil de sécurité devrait rapidement se préoccuper de la question des graves atteintes aux droits humains, avec les dirigeants nationaux ainsi que l'Union africaine. »

En République Démocratique du Congo, les meurtres, les viols, les enlèvements et les déplacements de population perdurent et la situation humanitaire et des droits humains à l'Est du Congo, reste désespérée. Human Rights Watch recommande vivement au Conseil de sécurité de s'assurer que la mission de maintien de la paix en RDC (MONUC) dispose des troupes et des ressources suffisantes pour garantir la protection des civils. L'organisation a également appelé le Conseil à fournir au plus vite les hélicoptères requis, ainsi qu'une réaction rapide, un soutien  logistique et de renseignements. Human Rights Watch a fait pression sur l'opération de maintien de la paix et le Conseil de sécurité pour que soit développée et mise en place une stratégie de protection des civils plus précise et plus transparente.

Human Rights Watch rappelle qu'il est également essentiel, pour la protection actuelle et future de la population congolaise, que les coupables de graves abus des droits humains soient traduits en justice. Le Conseil doit s'assurer que ces coupables, lorsqu'ils sont connus comme Bosco Ntaganda, à qui un rôle de dirigeant a été attribué au sein de l'armée congolaise en dépit du mandat d'arrêt que la Cour Pénale Internationale a émis à son encontre, soient immédiatement retirés de toute opération militaire. L'arrestation de ces coupables devrait même conditionner le futur soutien opérationnel de la MONUC.

« La MONUC et le Conseil de sécurité sont en train de fermer les yeux de manière honteuse sur le rôle militaire que Ntaganda est encore en train de jouer », a ajouté Georgette Gagnon. « Quel signal envoie-t-on aux généraux militaires lorsqu'ils voient qu'un coupable présumé de crimes de guerre passe au travers des mains de la justice ?»

Au Rwanda, le Conseil de sécurité devrait se prononcer pour que tous les accusés dans le cas du génocide de 1994 soient efficacement jugés dans des juridictions qui respectent le droit fondamental à un procès équitable. Human Rights Watch appelle également le Conseil à encourager le président Paul Kagamé à reconnaître que le Front Patriotique Rwandais, qui est le parti du gouvernement actuel, a commis des crimes de guerre en 1994. Kagamé doit être aussi poussé à ne pas empêcher le Tribunal Pénal International pour le Rwanda à accomplir son travail.

Au Libéria, le Conseil de sécurité devrait faire pression sur le président Ellen Johnson-Sirleaf pour garantir que les responsables de violations de droits humains passées soient tenus de rendre des comptes en apportant son soutien à une stratégie pour arrêter et juger les personnes s'étant rendues coupables de violations du droit international. Le Conseil devrait également demander une abrogation de la loi de juillet 2008 qui autorise la peine de mort pour certains crimes et soutenir l'établissement sans délai d'une Commission nationale indépendante des droits humains, d'une Commission en charge de la réforme juridique et d'une Commission en charge de la réforme agraire.

En Somalie, Human Rights Watch a exprimé son soutien aux efforts faits pour améliorer la sécurité des civils somaliens, mais a invité le Conseil à pousser le Gouvernement Fédéral Transitionnel (GFT) à rendre les forces de sécurité responsables devant la justice. Human Rights Watch a également appelé la mise en place d'une Commission d'enquête des Nations Unies, réclamée de longue date, qui aurait vocation à enquêter sur les abus des droits humains dans le pays. En même temps, le Conseil devrait répondre à la terrible crise humanitaire qui affecte la Somalie.

Plus d'1,2 millions de Somaliens ont été déplacés de leurs maisons depuis mars et 3,25 millions de personnes ont actuellement besoin d'assistance humanitaire. Human Rights Watch a publié un rapport détaillé sur l'échec du gouvernement kényan pour protéger les droits des Somaliens cherchant refuge au Kenya.

« Alors que l'Occident se concentre sur les pirates somaliens, la véritable catastrophe est en train de se produire en Somalie et pour ceux qui cherchent refuge auprès des Etats voisins », a déclaré Georgette Gagnon. « Le Conseil de sécurité devrait éviter les erreurs passées et profiter de cette visite pour mettre les droits humains au cœur de la stratégie pour la Somalie. »

Human Rights Watch a appelé l'Union africaine et les membres du Conseil de sécurité à insister pour que le Soudan revienne sur sa décision du mois d'Avril d'expulser les organisations humanitaires de la région du Darfour, ce qui a conduit de nombreux civils à vivre dans des conditions dangereuses.

Human Rights Watch invite également le Conseil à contredire les voix de l'Union africaine qui proclament que les efforts de paix au Soudan sont affaiblis par le mandat d'arrêt de la Cour Pénale International contre le président Omar el-Béchir. Le Darfour est loin de connaître la paix depuis des années, et les victimes de violence ne sont pas plus proches aujourd'hui d'une paix durable. Rien ne prouve que l'accord de paix signé en 2005 entre le Parti National du Congrès et le Mouvement/l'Armée de Libération du Peuple Soudanais risque de disparaître du fait des mandats d'arrêt de la CPI, a affirmé Human Rights Watch.

Human Rights Watch a également poussé le Conseil a garantir que, bien qu'il en ait le pouvoir, il n'acceptera aucune requête à l'encontre du mandat d'arrêt de la CPI contre el-Béchir. Etant donné la responsabilité du gouvernement d'el-Béchir dans la mort de plus de 300 000  Africains, une telle décision constituerait un précédent honteux pour la justice internationale.

« Le Conseil de sécurité devrait pousser à ce que le gouvernement soudanais soit tenu de rendre des comptes pour les crimes présents et passés », a  affirmé Georgette Gagnon.  « La justice n'est pas une marchandise qui peut être négociée. Cette justice est essentielle pour une paix durable et pour la stabilité du Soudan et de l'Afrique ainsi que pour les milliers de victimes du Darfour. »