(Gaza) - Le Hamas doit mettre fin à ses attaques sur des opposants politiques ou des collaborateurs supposés à Gaza, a déclaré Human Rights Watch dans un nouveau rapport qui documente des attaques ayant fait au moins 32 victimes palestiniennes et mutilé des douzaines d'autres pendant et depuis la récente offensive militaire israélienne. Human Rights Watch a appelé les autorités du Hamas à Gaza  à tenir les coupables pour responsables.

Le rapport de 26 pages, intitulé « Under Cover of War: Hamas Political Violence in Gaza » (« Sous couvert de la guerre : La violence politique exercée par le Hamas à Gaza »), documente  les arrestations et détentions arbitraires, tortures, mutilations par coup de feu et exécutions extrajudiciaires commises depuis fin décembre 2008 par des membres supposés des forces de sécurité du Hamas. Le rapport se base sur des entretiens avec des victimes et des témoins à Gaza, ainsi que sur des cas décrits par des organisations de défense des droits humains palestiniens.

La série d'attaques commises par le Hamas a commencé pendant l'opération militaire israélienne qui a duré du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, et a inclus l'exécution sommaire à Gaza de 18 hommes, suspectés pour la plupart de collaboration avec Israël. La série s'est poursuivie les trois derniers mois, avec 14 nouveaux assassinats, dont au moins quatre meurtres de personnes en détention.

« Lors de l'attaque israélienne sur Gaza, le Hamas s'en est violemment pris aux opposants politiques et à ceux qui étaient considérés comme des collaborateurs des forces israéliennes », a déclaré Joe Stork, directeur adjoint de la division Afrique du Nord et Moyen-Orient au sein de Human Rights Watch. « Les arrestations illégales, la torture et les exécutions de personnes détenues se sont poursuivies même après la fin des combats, contredisant les déclarations du Hamas selon lesquelles ses responsables font respecter la loi. »

La violence politique interne n'est pas nouvelle à Gaza et en Cisjordanie. Les trois dernières années, le Hamas et son rival principal, le Fatah, qui contrôle la Cisjordanie, ont procédé à des arrestations arbitraires mutuelles de leurs sympathisants et ont soumis leurs prisonniers à la torture ainsi qu'à d'autres mauvais traitements.

Le nombre de violations de droits humains à Gaza a diminué durant le mois d'avril, selon Human Rights Watch, mais les autorités du Hamas refusent toujours d'aborder de façon sérieuse le problème des crimes commis par leurs forces de sécurité pendant et après les attaques israéliennes.

Hassan al-Seifi, inspecteur général au Ministère de l'Intérieur à Gaza, a déclaré à Human Rights Watch le 16 avril qu'un comité qu'il dirige a achevé des enquêtes sur deux cas de mort en détention. Dans les deux cas, a-t-il ajouté, les autorités du Hamas ont suivi les recommandations du comité  en suspendant de leurs fonctions les officiers de police impliqués, et en engageant contre eux des poursuites judiciaires. Le comité poursuit actuellement ses enquêtes sur deux autres cas.

Interrogés les 15 et 16 avril, un porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, et un porte-parole du ministère de l'Intérieur, Ihab al-Ghussein, ont déclaré à Human Rights Watch que le Hamas avait explicitement interdit à ses forces de sécurité le recours à une force excessive après les opérations militaires israéliennes. Mais ils ont ajouté que lors des attaques israéliennes, les forces du Hamas n'auraient pas pu empêcher les meurtres et attentats commis par des Palestiniens , compte tenu des conditions chaotiques du conflit.

Toutefois le caractère systématique de plusieurs exécutions et attaques, ainsi que le fait que les assassinats ont continué après l'offensive israélienne, infirment ces déclarations, selon Human Rights Watch.

« La police de Gaza figurait parmi les cibles des forces israéliennes, dans certains cas d'une manière semble-t-il illégale, mais cela ne justifie pas l'utilisation apparente par le Hamas d'exécutions sommaires », a observé M. Stork. « Les attaques et les meurtres ont continué après que les combats aient cessé. »

Human Rights Watch a appelé les autorités du Hamas à résolument poursuivre en justice tout membre de ses forces de sécurité ayant violé la loi.

« L'ouverture de quatre enquêtes concernant 32 meurtres  ne suffit pas », a ajouté M. Stork.

La plupart des 18 Palestiniens exécutés pendant les opérations militaires israéliennes étaient des hommes accusés d'avoir collaboré avec Israël, a indiqué Human Rights Watch. Ils s'étaient échappés de la prison principale de Gaza avec d'autres détenus, après que des avions israéliens aient bombardé  une partie du bâtiment le 28 décembre. Des hommes armés appartenant selon toute vraisemblance au Hamas les ont alors recherchés, retrouvés et exécutés.

Lors des opérations israéliennes, les forces de sécurité du Hamas ont également attaqué des membres du Fatah, en particulier ceux qui avaient travaillé dans les services de sécurité de l'Autorité palestinienne, alors dirigés par le Fatah, avant juin 2007. La pratique courante de mutiler les personnes en leur tirant dans les jambes est particulièrement préoccupante.

Selon la Commission indépendante pour les droits humains (« Independent Commission for Human Rights » ou ICHR), organisme sous tutelle de l'Autorité palestinienne, des hommes masqués ont tiré dans les jambes d'au moins 49 personnes entre le 28 décembre et le 31 janvier.

Human Rights Watch s'est entretenu avec trois hommes dont deux sympathisants du Fatah, victimes de coups de feu dans les jambes pendant l'attaque israélienne, tirés apparemment par des forces de sécurité du Hamas. Le troisième homme a déclaré qu'il avait été entendu dans la rue alors qu'il tenait des propos critiques sur le Hamas. « Environ 14 hommes ont fait irruption chez moi », a expliqué cet homme. « Ils m'ont obligé à  les accompagner à un endroit isolé près d'une mosquée et quatre d'entre eux m'ont tiré dans les jambes, un coup chacun, mais l'un d'entre eux a manqué son coup. »

Les enlèvements et passages à tabac sont un autre sujet majeur de préoccupation, a indiqué Human Rights Watch. Selon la CIDH, des auteurs non-identifiés ont cassé les jambes et les bras de 73 hommes gazaouis entre le 28 décembre et le 31 janvier. Human Rights Watch s'est entretenu avec trois sympathisants du Fatah, tous des hommes, qui ont été violemment agressés par des hommes appartenant vraisemblablement au Hamas.

Pendant les périodes de conflit armé, le Hamas, en tant qu'autorité effective à Gaza, a le droit de prendre des mesures appropriées pour assurer la sécurité, y compris la détention d'individus qui représentent une réelle menace pour la sécurité. Toutefois les abus physiques, y compris la torture, les mutilations et les exécutions sommaires, sont formellement interdits en toutes circonstances. Au regard du droit international, aucune détention ne peut être arbitraire ou viser un groupe ou une catégorie de personnes en particulier pour des raisons politiques, au lieu de véritables raisons de sécurité.

De l'autre côté du clivage interne palestinien, les autorités dirigées par le Fatah en Cisjordanie ont durci leurs mesures de répression à l'encontre des membres du Hamas et de ses sympathisants, a déclaré Human Rights Watch. Entre le 28 décembre et le 28 février, des groupes palestiniens de défense des droits humains ont enregistré 31 plaintes d'habitants déclarant avoir été victimes de torture par les forces de sécurité dirigées par le Fatah. Ils ont également rapporté un cas avéré de mort en détention et la détention arbitraire de deux journalistes d'une chaine privée de télévision considérée pro-Hamas.

Les Etats-Unis et l'Union européenne, qui financent et entrainent les forces du Fatah en Cisjordanie, n'ont exprimé aucune critique publique sur ces violations graves des droits humains.

« Les gouvernements occidentaux qui soutiennent et financent les autorités du Fatah en Cisjordanie sont restés publiquement silencieux au sujet des arrestations arbitraires et des actes de torture visant les membres du Hamas et autres personnes », a observé M. Stork.

Les abus commis à la fois dans la bande de Gaza et en Cisjordanie violent la loi palestinienne. La Loi fondamentale de la Palestine, considérée comme une constitution par intérim, garantit le droit à un traitement égal devant la loi, la liberté d'expression et d'association, et le droit fondamental à un procès équitable. Elle interdit la torture et autres mauvais traitements.

Les autorités tant du Hamas que du Fatah affirment être les dirigeants légitimes de l'Autorité palestinienne, qui s'est engagée à plusieurs reprises à respecter les normes internationales relatives aux droits humains. En tant que parti politique, le Hamas a publiquement indiqué à plusieurs occasions qu'il avait à cœur de respecter ces normes.