(Goma) – Les forces du chef rebelle Laurent Nkunda et les milices Maï Maï soutenues par le gouvernement de la République démocratique du Congo ont tué délibérément des civils à Kiwanja, dans la province du Nord Kivu, les 4 et 5 novembre 2008, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les forces de maintien de la paix de l’ONU basées dans la région ont été apparemment dans l’incapacité de protéger les civils contre les attaques.

Les forces de Nkunda ont attaqué les milices Maï Maï pro-gouvernementales les 4 et 5 novembre à Kiwanja, tuant un grand nombre de civils pris au piège dans la zone de conflit. Des témoins oculaires à Kiwanja ont dit à Human Rights Watch que 20 personnes au moins avaient été tuées et 33 autres blessées au cours d’une bataille pour s’emparer de la ville et dans les opérations de nettoyage menées ensuite par les forces de Nkunda. Les deux camps ont commis des crimes de guerre au cours des combats autour de Kiwanja et dans la ville voisine de Rutshuru.  
 
« Les forces de maintien de la paix de l’ONU dans l’Est du Congo sont tout simplement incapables de protéger les civils qui sont attaqués délibérément », a affirmé Anneke Van Woudenberg, chercheuse senior sur l’Afrique à Human Rights Watch. « Les gouvernements concernés devraient immédiatement répondre à l’appel urgent de l’ONU pour envoyer davantage de soldats de maintien de la paix afin de protéger les civils, qui ont déjà si cruellement souffert. »  
 
Après avoir rétabli leur contrôle sur Kiwanja le 5 novembre, les rebelles de Nkunda ont donné l’ordre à la population, estimée à environ 30 000 habitants, de quitter la ville. Ils ont ensuite systématiquement pourchassé et tué les civils, en particulier les hommes, qu’ils accusaient de soutenir leurs ennemis. Les gens à Kiwanja ont raconté qu’ils ont entendu des hurlements dans la nuit et qu’ils ont vu des corps dans les rues le lendemain matin. L’une des personnes tuées à Kiwanja était Alfred Nzonzo Bitwahiki, un journaliste travaillant pour une station de radio locale, Radio RACOU.  
 
Des témoins ont aussi signalé que les milices Maï Maï ont pris des civils pour cibles à Kiwanja, notamment des personnes qu’ils accusaient de soutenir les forces de Nkunda. Le 4 novembre, six personnes au moins, dont un journaliste étranger, Thomas Scheen qui travaille pour le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, ont été enlevées par les milices Maï Maï à Kiwanja. A ce jour, l’endroit où ils se trouvent demeure inconnu.  
 
Les forces de Nkunda se sont emparées de Rutshuru et de la ville voisine de Kiwanja le 28 octobre, face aux troupes du gouvernement congolais et à d’autres groupes armés qui leur sont associés, dont les milices Maï Maï. Les soldats gouvernementaux ont pillé des maisons et volé des véhicules appartenant à des agences humanitaires avant de s’enfuir. Le 4 novembre, les combats ont repris et les forces de Nkunda ont temporairement perdu le contrôle de la ville au profit des milices Maï Maï.  
 
Kiwanja et Rutshuru abritaient des dizaines de milliers de personnes, dont beaucoup vivaient dans des camps pour personnes déplacées dans ces deux villes et à leur proximité. Après avoir pris le contrôle de cette zone le 28 octobre, les forces de Nkunda ont encouragé les populations locales à détruire les camps, disant aux habitants des camps qu’ils devraient rentrer chez eux. Les déplacés, pour la plupart, avaient trop peur pour rentrer chez eux, peu rassurés quant à leur sécurité et à leur protection. Beaucoup d’entre eux sont allés se cacher dans les collines et les forêts. Les agences humanitaires essaient encore de déterminer les lieux où ils se trouvent.  
 
« Le meurtre de civils, la destruction de camps et le retour forcé de personnes déplacées constituent tous des crimes de guerre », a ajouté Anneke Van Woudenberg. « Nkunda et les chefs Maï Maï devraient immédiatement ordonner à leurs troupes d’arrêter de commettre des exactions aussi horribles et exiger des comptes aux chefs responsables. »  
 
L’armée congolaise a été appuyée dans certaines opérations militaires par la milice locale connue sous le nom de Maï Maï et par une autres milice appelée PARECO, ainsi que par un groupe armé dirigé par des Hutus rwandais et appelé Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR). Certains chefs des FDLR ont participé au génocide rwandais en 1994.  
 
Les soldats de la MONUC, la force de maintien de la paix de l’ONU au Congo, stationnés dans une base proche de Kiwanja, n’ont pas pris de mesures suffisantes pour protéger les civils et n’ont effectué que peu de patrouilles pour limiter les exactions. Les chercheurs de Human Rights Watch et d’autres observateurs ont lancé des appels pressants aux diplomates de Goma, la capitale du Nord Kivu, et aux officiers de la MONUC, insistant pour que les soldats de la MONUC commencent immédiatement à patrouiller Kiwanja afin de protéger les civils.  
 
« Le drapeau bleu de la force de maintien de la paix promet un espoir à ceux qui sont la cible des assassins », a insisté Anneke Van Woudenberg. « L’ONU ne devrait pas laisser ces personnes sans défense se faire massacrer par des combattants des deux camps. »  
 
Un cessez-le-feu fragile entre les forces de Nkunda et l’armée congolaise, signé en janvier 2008, a été rompu fin août. Les troupes de Nkunda ont fait mouvement sur Goma, s’arrêtant juste devant la ville le 29 octobre, quand Nkunda a déclaré un cessez-le-feu unilatéral. La semaine dernière, Nkunda a menacé de s’emparer de Goma si le cessez-le-feu était rompu et si ses exigences de négociations politiques avec le gouvernement n’étaient pas satisfaites.  
 
Cent civils au moins ont été tués et plus de 150 autres blessés depuis la reprise des combats au mois d’août. Au cours des dernières huit semaines de combats, environ 250 000 civils ont été forcés à quitter leurs maisons au Nord Kivu ; le nombre total de personnes déplacées dans le Nord et le Sud Kivu est maintenant supérieur à 1,2 million.  
 
Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, doit se rendre au Congo les 8 et 9 novembre, et les Présidents Paul Kagame du Rwanda et Joseph Kabila du Congo doivent se rencontrer lors d’un sommet convoqué précipitamment à Nairobi, Kenya, pour débattre de la façon de mettre un terme à la crise dans l’Est du Congo.  
 
« Les populations de l’Est du Congo ont un besoin urgent de protection et de sécurité maintenant », a déclaré Anneke Van Woudenberg. « Les forces de maintien de la paix de l’ONU doivent être renforcées immédiatement pour assurer cette protection tandis que des solutions diplomatiques sont recherchées. »