La libération par le gouvernement libyen le 27 mai du prisonnier politique Juma Boufayed, dont on n’avait plus de nouvelles depuis 15 mois, est un geste de bon augure, a affirmé aujourd'hui Human Rights Watch.

Les forces de sécurité avaient arrêté Boufayed en février 2007, avec 13 autres hommes qui préparaient une manifestation pacifique contre les violences policières en Libye. Douze de ces hommes sont actuellement jugés pour tentative de renversement du gouvernement, tandis qu'un autre a disparu depuis l'arrestation.

“Ce sont d'excellentes nouvelles, car pendant plus d'un an nous avons craint que Juma Boufayed soit mort” a déclaré Fred Abrahams, chargé de recherche senior chez Human Rights Watch. “Nous espérons que les autres personnes arrêtées avec lui seront bientôt libres également.”

C'est le site internet libyen al-Mostakbal (www.libya-almostakbal.net), basé au Royaume-Uni et qui avait suivi l'affaire de près, qui a annoncé le premier la libération surprise de Boufayed. Le rédacteur a déclaré à Human Rights Watch s'être entretenu avec la famille de Boufayed à Tripoli le 28 mai, et avoir eu confirmation de sa remise en liberté. Les autorités n'ont donné aucune explication pour avoir laissé partir Boufayed.

Le détenu toujours manquant est Abd al-Rahman al-Qotaiwi, un étudiant en quatrième année de médecine, arrêté par les agents de sécurité avec Boufayed et les 12 autres hommes.

“Nous sommes soulagés d'apprendre la libération de Juma Boufayed, et nous espérons que celle de Abd al-Rahman al-Qotaiwi suivra”, a déclaré Abrahams.

Un autre des 13 détenus est le Dr. Idris Boufayed, le frère de Juma, qui est atteint d'un cancer à un stade avancé. Le journal pro-gouvernemental al-Watan (http://alwatan-libya.com/) a annoncé le 28 mai qu'une “commission médicale” officielle avait “confirmé son accord pour la libération de [Idris] Boufayed pour raisons médicales.”

La libération d' Idris Boufayed, qui fut l'un des leaders de la préparation de la manifestation avortée de 2007, demeure hypothétique, et on ignore s'il serait transféré dans un hôpital ou à son domicile. L'identité et les prérogatives de la commission médicale sont également inconnues.

La fondation Khadafi dirigée par Saif al-Islam al-Khadafi, le fils du leader lybien Mouammar Khadafi, a déclaré mener une action au nom d'Idris Boufayed, compte tenu de l'aggravation de son état de santé.

Fin avril, la famille Boufayed et son avocat ont publié une déclaration dans laquelle la famille remerciait la Fondation Khadafi pour la prise en charge médicale d'Idris. Le communiqué précisait que la famille ne se souciait que de la santé d'Idris, et demandait instamment que l'affaire ne soit pas “utilisée à des fins politiques”.

Les autorités libyennes ont arrêté le groupe d'hommes les 15 et 16 février 2007, avant que puisse avoir lieu la manifestation qu'ils avaient préparée à Tripoli. Cette manifestation devait commémorer l'anniversaire d'affrontements violents en février 2006 entre la police et des manifestants à Benghazi, la deuxième plus grande ville de Libye. 11 personnes au moins étaient décédées lors de ces évènements.

Juma Boufayed ne faisait apparemment pas partie des organisateurs de la manifestation. Les agents de sécurité l'ont arrêté quelques heures après qu'il ait donné une interview sur le site al-Mostakbal au sujet de l'arrestation de son frère Idris.

Ces hommes sont en procès depuis un an pour tentative de renversement du gouvernement, possession d'armes, et pour avoir rencontré le représentant d'un gouvernement étranger. La prochaine audience serait fixée à la mi-juin.

Pour plus d'informations sur cette affaire, veuillez visiter :https://www.hrw.org/english/docs/2007/08/14/libya16638_txt.htm

Pour plus d'informations sur l'action de Human Rights Watch en Libye, veuillez visiter :
https://www.hrw.org/doc?t=french_mideast&c=libya