Tandis que la République Démocratique du Congo se prépare aux élections, l’incapacité du gouvernement à agir rapidement et efficacement contre les soldats et autres responsables de meurtres, viols et tortures opérés contre des civils au Katanga pourrait aggraver le climat actuel de violence et d’insécurité qui règne dans la province, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Riche en témoignages, analyses, photographies et vidéos, cette rubrique multimédia spéciale intitulée « Le triangle de la mort: Géographie de l'horreur au Katanga » rapporte les nombreuses violations des droits de l'homme commises par les soldats du gouvernement et les membres d'une force de défense locale connue sous le nom de Maï Maï au cours des trois dernières années au centre du Katanga. Il y a eu des centaines de morts et plus de 150 000 personnes ont abandonné leurs domiciles localisés dans la zone d'opérations militaires, zone que les résidents locaux ont surnommé « le triangle de la mort ».  
 
Le président au pouvoir, Joseph Kabila, lui même originaire du Katanga, est le favori actuel dans la course présidentielle. Mais, avec trente autres concurrents à la présidence, il pourrait bien faire face à un second tour électoral des semaines, ou même des mois après le premier tour qui doit avoir lieu le 30 juillet. En outre, les élections parlementaires requièrent un procédé en deux temps, prolongeant encore la période menant finalement à l'investiture d'un nouveau gouvernement.  
 
« Etalée dans le temps, la période électorale sera caractérisée par un climat d'incertitude avant qu'un nouveau gouvernement n'entre en fonction, » fait remarquer Alison Des Forges, conseillère à la Division Afrique de Human Rights Watch. « Durant cette période, faire justice ne peut attendre. Les autorités doivent faire répondre de leurs actes les responsables des abus s'ils tiennent à empêcher que de tels abus aient à nouveau lieu dans le futur ».  
 
En novembre 2005, l'armée congolaise lança une offensive militaire afin de briser une rébellion menée par les Maï Maï au Katanga. Des soldats du gouvernement ont systématiquement regroupé des centaines de civils soupçonnés d'être Maï Maï et en ont délibérément tué et torturé à mort des centaines. Ils ont aussi violé collectivement plusieurs femmes accusées d'avoir soutenu les Maï Maï.  
 
Des combattants Maï Maï, sous le commandement de Kyungu Mutanga, plus connu sous le pseudonyme de Gédéon, et d'un autre dirigeant Maï Maï, Makabe Kalenga Ngwele, ont eux aussi tué, violé et agressé de manières diverses nombres de civils depuis 2002. Dans certains cas, les Maï Maï ont publiquement torturé leurs victimes avant de les tuer et les manger au cours de cérémonies publiques visant à terroriser la population locale.  
 
Le groupe Maï Maï du Katanga a été crée pour jouer le rôle de force de résistance populaire contre l'envahissement des armées étrangères en provenance de l'Ouganda et du Rwanda. Mais il s'est, un peu plus tard, retourné contre le gouvernement central et les communautés locales.  
 
Dans cette rubrique multimédia spéciale mis en ligne aujourd'hui, Human Rights Watch rapporte les crimes de guerres commis par les combattants des deux côtés du conflit et exhorte le gouvernement congolais à enquêter et poursuivre en justice les auteurs de ces crimes.  
 
A ce jour, les autorités congolaises n'ont pas réussi à agir effectivement contre ces auteurs d'abus. Le 12 mai, Gédéon s'est rendu aux casques bleus des Nations Unis, à Mitwaba, dans le centre du Katanga. Plusieurs jours après, il a été remis aux officiers juridiques congolais qui l'ont gardé en détention, mais ne l'on inculpé d'aucun crime.  
 
Le gouvernement actuel a nommé des anciens chefs militaires originaires de différentes provinces du Congo, tel que l'Ituri et les provinces du Kivu comme généraux dans l'armée nationale, négligeant ainsi des informations digne de crédit les impliquant dans des crimes de guerre et crimes contre l'humanité. La nomination la plus récente date du 17 juillet, le gouvernement a alors nommé au poste de colonel dans l'armée nationale, Peter Karim, un commandant du Front Nationaliste and Intégrationniste (FNI), un groupe armé meurtrier de l'Ituri.  
 
Des responsables des Nations Unies ont fourni au gouvernement Congolais de nombreuses informations sur les violations des droits de l'homme commises par les membres de groupes armés et les soldats de l'armée nationale, y compris un dossier d'abus militaires soumis au gouvernement en janvier.  
 
« Si le président Kabila et les autres ministres du gouvernement participants à la course électorale sont sérieux quant à leur promesse d'engagement en faveur de la justice, ils ne devraient pas nommer des criminels de guerres présumés aux plus hautes fonctions de l'armée et devraient traduire en justice leurs propres soldats accusés de tels crimes » remarque Des Forges. « Une armée nationale entièrement composée de criminels de guerre est incapable de mettre en œuvre une atmosphère de sécurité à ses citoyens durant, et même après les élections. »