Les dirigeants du G8 qui se réuniront à Saint-Pétersbourg du 15 au 17 juillet devraient notifier avec fermeté au gouvernement soudanais qu'il doit immédiatement accepter le déploiement d'une force des Nations Unies afin de protéger les civils au Darfour, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Le Président soudanais Omar El Bashir s'obstine à refuser la présence d'une force onusienne au Darfour en dépit des demandes répétées émanant du Conseil de Sécurité de l'ONU, de l'Union africaine et de la Ligue arabe.

« Le Darfour sera l'un des points au programme de la rencontre du G8 pour la troisième année consécutive, » a expliqué Peter Takirambudde, directeur de la Division Afrique de Human Rights Watch. « Cette année, le G8 doit faire une déclaration publique probante. Les tueries se poursuivent; il faut donc que les dirigeants du G8 fassent comprendre à Khartoum qu'il n'a pas d'autre alternative que d'accepter le déploiement d'une force de l'ONU au Darfour. »

Human Rights Watch a également appelé le Président russe Vladimir Poutine, en sa qualité de président du sommet du G8, à informer Omar El Bashir que les dirigeants du G8 veulent qu'il accepte le déploiement urgent d'une force de l'ONU au Darfour. La Russie a agi en alliée du gouvernement soudanais en faisant obstacle à l'imposition par le Conseil de Sécurité de l'ONU de mesures plus rigoureuses à l'encontre de Khartoum, car elle est un important fournisseur d'armes du Soudan avec, par ailleurs, des intérêts pétroliers dans le pays. Le gouvernement russe s'est en outre discrètement fait l'écho de la résistance soudanaise à la présence de troupes onusiennes au Darfour.

« La Russie doit cesser de défendre le gouvernement soudanais et commencer à protéger les civils du Darfour en persuadant Khartoum de respecter l'engagement qu'il avait pris antérieurement d'accepter une force de l'ONU, » a indiqué Takirambudde. « Le Président Poutine doit proclamer clairement et publiquement son soutien à l'idée d'une solide force de l'ONU au Darfour. La Russie devrait également appuyer l'imposition de sanctions sévères à l'égard des dirigeants soudanais s'ils continuent d'empêcher la présence d'une force de l'ONU. »

L'effroyable situation qui règne au Darfour ne cesse de dégénérer. Deux millions d'habitants de cette région ont été chassés de chez eux suite à la campagne de terre brûlée et de « nettoyage ethnique » menée par le gouvernement soudanais; ils vivent actuellement dans des camps, tels des prisonniers. Ils ne peuvent rentrer chez eux en raison des attaques incessantes lancées principalement par les milices « Janjaweed » soutenues par le gouvernement. Dernièrement, certains rebelles impliqués dans des luttes internes pour le pouvoir au Darfour ont attaqué des villages, déplacé des milliers de personnes et détérioré davantage encore la situation sur le plan de la sécurité.

Le 27 juin, le Conseil de l'Union africaine pour la Paix et la Sécurité a décidé que la Mission de l'Union africaine au Soudan (AMIS) retirerait du Darfour sa force de 7000 hommes dépourvue de moyens. Son retrait est prévu pour le 30 septembre. Lorsque son mandat expirera, à moins que le Soudan ne convienne avec les Nations Unies d'une transition qui verrait l'AMIS se transformer en une force de l'ONU plus importante. Le Représentant spécial de l'UA au Soudan, l'Ambassadeur Baba Kingibe, a déclaré le 6 juillet que l'UA n'envisagerait d'étendre sa mission de maintien de la paix jusqu'à janvier 2007 qu'à deux conditions: premièrement, donner aux Nations Unies le temps nécessaire à un déploiement total si Khartoum accepte la présence de la force de l'ONU; deuxièmement, que les bailleurs de fonds internationaux fournissent dans l'intervalle un soutien financier et technique plus large à l'AMIS. Il a indiqué que l'UA n'avait pas versé aux soldats de l'AMIS leur traitement de juin en raison d'un manque de fonds.

« Une force de l'ONU puissante, qui dispose d'un mandat prévu au Chapitre VII l'autorisant à recourir à 'toutes les mesures nécessaires' pour protéger les civils au Darfour, est plus que jamais urgente, » a déclaré Takirambudde. « Cette force doit être déployée rapidement afin de veiller à ce qu'aucune interruption n'ait lieu au niveau de la protection des civils. »

Quelque 3 millions de personnes, soit la moitié de la population du Darfour, dépendent de l'aide alimentaire internationale actuellement en recul. Suite à la multiplication des attaques perpétrées contre le personnel et les convois humanitaires, les agences humanitaires n'ont plus accès à des centaines de milliers de personnes dans le besoin. Des raids, menés récemment au Tchad à partir du Darfour par les milices « Janjaweed » et les rebelles tchadiens, ont déplacé plus de 50 000 Tchadiens et menacent quelques 208 000 Darfouriens réfugiés au Tchad.

L'Accord de Paix sur le Darfour signé le 5 mai entre Khartoum et la plus grande faction rebelle de la région risque d'échouer car les parties ne respectent pas leurs engagements et le soutien international nécessaire à sa mise en œuvre fait cruellement défaut. Le 6 juillet, Jan Pronk, Représentant spécial au Soudan du Secrétaire général de l'ONU, a révélé que la violence au Darfour s'était intensifiée depuis la signature de l'accord et que les violations dudit accord étaient légion.

« Le gouvernement soudanais a promis que dès qu'un accord de paix sur le Darfour serait signé, il accepterait la présence de forces onusiennes dans cette région, » a indiqué Takirambudde. « Mais il n'a pas tenu parole: cela fait deux mois que l'accord a été conclu et Khartoum refuse toujours d'autoriser une force de l'ONU dont le Darfour a pourtant besoin de toute urgence. »