Le Président George W. Bush devrait fermer les installations pénitentiaires de Guantanamo immédiatement, sans attendre une décision de la Cour suprême, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Dans une interview à la chaîne publique de télévision allemande ARD qui a été diffusée dimanche soir, le Président Bush a dit pour la première fois qu’il aller fermer les installations de Guantanamo. Mais Bush a réduit la portée de ses propos en faisant allusion à une affaire en instance à la Cour suprême des Etats-Unis, déclarant que la Cour suprême devait d’abord décider si les détenus de Guantanamo devaient être traduits devant des tribunaux civils ou des commissions militaires.

« Il n’y a aucune raison que l’administration Bush attende une décision de justice pour fermer Guantanamo, » a affirmé Joanne Mariner, directrice du programme terrorisme et contre-terrorisme à Human Rights Watch. « Tout détenu impliqué dans des actions criminelles peut et doit être mis en accusation maintenant. Les autres devraient être relâchés. »

Dans le cas Hamdan contre Rumsfeld, une affaire actuellement devant la Cour suprême, les juges devront se prononcer sur la légalité des commissions militaires établies par l’administration Bush pour juger les prétendus combattants ennemis détenus à Guantanamo. Une décision dans cette affaire est attendue en juin. Mais Human Rights Watch a déclaré que l’administration peut et doit remédier aux problèmes de Guantanamo avant la décision de la cour dans l’affaire Hamdan.

Les déclarations du Président Bush à la télévision allemande étaient importantes à plusieurs égards. Premièrement, elles étaient une reconnaissance implicite que Guantanamo a été un échec. Deuxièmement, et tout aussi important, c’était la première fois que Bush reconnaissait que les détenus devraient être traduits en justice, plutôt que gardés indéfiniment en détention.

En reconnaissant que Guantanamo devrait être fermé, Bush se joint tardivement à nombre d’autres dirigeants mondiaux, dont certains de ses plus proches alliés. Parmi ceux qui ont appelé à la fermeture de Guantanamo, on peut citer le Premier ministre britannique Tony Blair, la Chancelière allemande Angela Merkel, et le Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan.

Parmi les problèmes qui ont conduit à la triste notoriété internationale de Guantanamo, il y a les mauvais traitements des détenus. Au moins 60 détenus ont fait des allégations crédibles de graves abus à Guantanamo, comme documenté dans un rapport collectif récent de plusieurs groupes de droits humains, dont Human Rights Watch. (Voir : https://www.hrw.org/english/docs/2006/04/26/usint13268.htm)

Un détenu, Mohammed Al-Qahtani, aurait été soumis à des semaines de privation de sommeil, d’isolation et d’humiliation sexuelle à la fin de 2002 et au début de 2003. Human Rights Watch a obtenu une copie non rédigée du carnet d’interrogatoire de Al-Qahtani, et pense que les techniques utilisées au cours de l’interrogatoire de Al-Qahtani étaient si abusives qu’elles équivalaient à de la torture. Un autre détenu, Mohamedou Slahi, a fait des allégations similaires d’interrogatoires abusifs.

Les techniques d’interrogatoire coercitives pratiquées à Guantanamo ont gravement compliqué la possibilité de procès futurs. Quand des aveux sont extorqués à un criminel présumé, il peut être difficile de prouver, comme l’exige une procédure en bonne et due forme, que les poursuites postérieures contre lui ne sont pas fondées sur les fruits de cette coercition.

« Les méthodes coercitives utilisées à Guantanamo ont non seulement été abusives mais aussi contreproductives en ce qui concerne la traduction des détenus en justice, » a dit Mariner.

Bien que les propos de Bush suggèrent que les détenus de Guantanamo devraient finalement arriver devant un tribunal, l’administration a indiqué jusqu’à présent que seule une fraction des détenus seraient poursuivis. Seuls 10 sur les 480 détenus actuellement à Guantanamo ont été mis en accusation devant des commissions militaires. Le Procureur général, le Colonnel de l’Armée de l’air Morris Davis, a déclaré il y a deux semaines que des mises en accusation étaient attendues bientôt contre une vingtaine d’autres détenus. Des responsables de l’administration ont déclaré par le passé qu’ils attendaient la mise en accusation de 70 à 80 détenus.

Des centaines d’autres détenus ne sont apparemment pas susceptibles de poursuites. En fait, ils sont détenus parce qu’ils seraient suspectés d’être impliqués dans des actes hostiles ou d’être liés à des groupes tels que les Talibans ou Al-Qaïda.

Human Rights Watch est aussi préoccupé par le fait que certains détenus doivent retourner dans des pays où ils pourraient être soumis à la torture ou autres mauvais traitements. Pour le moment, il n’existe aucun mécanisme significatif permettant aux détenus de faire face à leur possible retour dans un pays où ils seraient soumis à de mauvais traitements.

La prison de Guantanamo contient actuellement près de 500 détenus, dont beaucoup sont originaires d’Arabie Saoudite, du Yémen et d’Afghanistan. On pense que les Etats-Unis détiennent trente à quarante prisonniers ou plus en détention prolongée en isolement total dans des centres de détention secrets hors des Etats-Unis, en violation des interdictions internationales légales contre les disparitions forcées.