Sur l'affaire Hissène Habré

Pour notre pays, M. Habré est un chef d'Etat qui, sous la menace d'invasion de la capitale du Tchad par l'adversaire contre lequel il était en guerre, s'est enfui et est venu demander l'hospitalité du Sénégal.

Par la suite, des centaines, voire des milliers de Tchadiens, alléguant de la qualité de victimes, ont accusé leur ancien chef d'Etat des crimes les plus odieux d'assassinats et de tortures.

Le Sénégal, conscient que la présence de M. Habré au Tchad pourrait y entraîner des conséquences graves qui ne permettraient pas l'exercice d'une justice sereine, avait écarté l'option du renvoi.

Statuant sur une requête d'extradition formulée par les autorités judiciaires belges qui se considèrent compétentes en matière de crimes contre l'Humanité, la Chambre d'Accusation de la Cour d'Appel de Dakar s'est déclarée incompétente par arrêt numéro 138 du 25 novembre 2005.

Dès lors, la question se pose de savoir ce qu'il faut faire de M. Hissène Habré.

Suite à un entretien entre Son Excellence Maître Abdoulaye Wade, président du Sénégal, et Son Excellence Olusegun Obasanjo, président de la République fédérale du Nigeria et président de l'Union africaine, il avait été convenu de porter devant le prochain sommet des chefs d'Etat de l'Union africaine prévu à Khartoum (Soudan) du 23 au 24 janvier 2006 cette affaire qui n'est pas une affaire sénégalaise, mais bien une affaire africaine.

C'est ainsi que l'idée de confier M. Habré à la garde du président de l'Union africaine en attendant le sommet de khartoum avait été envisagée. C'est pourquoi le ministre de l'Intérieur du Sénégal avait pris un arrêté mettant M. Habré à la disposition du président de l'Union africaine.

Prenant en considération les arguments de M. Habré et de ses avocats, notre pays, tout en maintenant la saisine du sommet de Khartoum a décidé de permettre à M. Habré de continuer à séjourner au Sénégal en attendant la décision de l'Union africaine.

L'arrêté du ministre de l'Intérieur numéro numéro 007739 du 25 novembre 2005 a été rapporté.

S'agissant d'une personne accusée de crimes odieux, voire de crimes contre l'Humanité, l'Etat du Sénégal, sensible aux plaintes des victimes qui demandent justice, s'abstiendra de tout acte qui pourrait permettre à M. Hissène Habré de ne pas comparaître devant la justice. Il considère, en conséquence, qu'il appartient au sommet de l'Union africaine d'indiquer la juridiction compétente pour juger cette affaire. »

Fait à Dakar, le 27 novembre 2005

Cheikh Tidiane Gadio