Olusegun Obasanjo, Président de l’Union africaine et du Nigéria, devrait faire en sorte que la protection de la population civile au Darfour soit la priorité dans les pourparlers qui auront lieu lundi entre le gouvernement soudanais et les deux mouvements rebelles du Darfour, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les différentes entités participant aux négociations qui se dérouleront dans la capitale nigériane Abuja, devraient approuver l’augmentation du nombre de troupes de l’Union africaine et leur donner un mandat clair consistant à protéger la population civile.

Le gouvernement soudanais et les deux mouvements rebelles au Darfour (le Mouvement/Armée de libération du Soudan ou SLM/A et le Mouvement pour la justice et l’égalité ou JEM), mèneront des négociations sous la médiation de l’Union africaine pour trouver un règlement politique au conflit au Darfour.

« La population civile du Darfour a besoin de toute urgence de cette protection et elle devrait pouvoir en bénéficier dès maintenant. L’Union africaine devrait donner à ses troupes comme mandat précis la protection de la population civile contre tout abus » a déclaré Peter Takirambudde, Directeur exécutif de la Division Afrique de Human Rights Watch. « Le Président Obasanjo devrait faire en sorte que la taille et le mandat de la Force de Protection de l’Union africaine soient débattus à Abuja. »

Le gouvernement rwandais a indiqué que ses 154 soldats présents au Darfour interviendraient si des civils étaient menacés, geste positif. Le contingent rwandais est toutefois sérieusement limité par son nombre et l’absence de mandat officiel l’autorisant à protéger les civils attaqués. Le Nigéria devrait déployer la semaine prochaine 153 de ses soldats au Darfour pour protéger les observateurs envoyés par l’Union africaine pour surveiller le cessez-le-feu. Le gouvernement nigérian a aussi accepté de déployer 1500 soldats supplémentaires. Mais ce déploiement doit tout d’abord être approuvé à la fois par l’Union africaine et par le gouvernement soudanais.

L’Union africaine devrait rapidement accroître le nombre des troupes déployées et leur donner comme mandat la protection de la population civile, comme l’avait proposé le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine dans son communiqué du 27 juillet. Elle devrait aussi faire en sorte que de telles forces soient déployées dans les petites agglomérations dans les zones rurales et qu’elles fassent preuve d’initiative en patrouillant, en menant des enquêtes, en récoltant des renseignements, en signalant les violations du cessez-le-feu ainsi que les attaques contre la population civile et en protégeant cette population dans ces zones.

Human Rights Watch exprime aussi son inquiétude au sujet du « Plan d’action » de l’Organisation des nations unies selon lequel le gouvernement créerait des « zones de sécurité » dans lesquelles les personnes déplacées seraient concentrées. Selon ce plan, ces « zones de sécurité » devraient être protégées par la police et les forces de sécurité soudanaises. Or, le gouvernement soudanais est en train d’incorporer des membres des milices Janjawids (qu’il a soutenues) au sein de ses forces de police, alors que ces mêmes milices sont responsables de certaines des atrocités commises au Darfour.

Il est évident que les personnes vivant dans plus de 140 camps disséminés dans le Darfour et le Tchad voisin doivent être protégées. Mais les forces de sécurité internationales devraient aussi être déployées dans les zones rurales de façon à assurer la sécurité, à faciliter le retour volontaire et sans risque des personnes déplacées et à empêcher que l’épuration ethnique qui a déjà commencé au Darfour ne se poursuive.

« Si le gouvernement soudanais est incapable ou réticent à respecter l’obligation qu’il a de protéger ses citoyens et qu’il refuse l’aide de l’Union africaine ou de l’Organisation des nations unies pour protéger la population civile, les autorités soudanaises porteront personnellement la responsabilité pénale des atrocités commises » a déclaré M. Takirambudde.