Le cessez-le-feu dans le Darfour, Soudan occidental, est un premier pas bienvenu mais requiert une surveillance immédiate et rigoureuse afin de prévenir un désastre humanitaire et un déplacement continu de civils, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Le cessez-le-feu humanitaire vise à mettre fin à un conflit long de 15 mois entre le gouvernement du Soudan et deux groupes rebelles connus sous les noms du Mouvement/l’Armée de libération du Soudan (M/ALS) et du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE). Le gouvernement tchadien a servi d’intermédiaire dans cet accord portant sur 45 jours, automatiquement renouvelable et signé sous observation internationale à N’djamena, Tchad, le 8 avril 2004. Les parties se sont également entendues pour tenter d’atteindre un accord politique à une date ultérieure.

« S’il n’est pas soumis à une surveillance internationale, le gouvernement soudanais s’abstiendra très certainement de désarmer et démanteler ses milices arabes, de rétablir la sécurité dans les zones rurales ou d’assurer la sécurité des personnes déplacées qui désirent rentrer chez elles pour la saison agricole, critères cruciaux pour toute amélioration de la situation », a déclaré Jemera Rone, spécialiste du Soudan à Human Rights Watch. « Le gouvernement ne remédiera au phénomène de déplacement qu’il a causé que s’ils est soumis à une pression internationale intense et soutenue. »

Les milices et l’armée du Soudan ont brûlé des villages, tué, violé et enlevé des centaines de civils. Ils ont expulsé des centaines de milliers d’autres hors de leurs foyers, un ensemble d’abus considérés comme des crimes contre l’humanité. Malgré ces violations généralisée et systématiques, l’accord de cessez-le-feu est dépourvu d’un mécanisme international clair pour surveiller les attaques incessantes contre les civils et l’accès des agences fournissant d’assistance humanitaire; en fait, l’accord ne mentionne pas du tout la surveillance des droits humains.

« L’absence de surveillance est une imperfection frappante, compte tenu que la crise humanitaire imminente est le résultat direct des violations caractérisées des droits humains commises par le gouvernement et ses milices arabes janjaweed », a déclaré Jemera Rone.

Human Rights Watch a déclaré que la campagne de la terre brûlée du gouvernement soudanais est devenue de plus en plus brutale au cours des trois derniers mois. Des attaques conjointes commises par les forces du gouvernement et les milices janjaweed ont été bien documentées. Des centaines de milliers de civils déplacés, provenant du même groupe ethnique dont la plupart des membres du groupe rebelles sont issus (Fur Africains, Masaalit et Zaghawa), ont été expulsés de leurs foyers en direction de camps et baraquements autour des villes principales du Darfour et des zones de réfugiés à l’est du Tchad.

Les recherches et rapports de Human Rights Watch provenant du Darfour indiquent que même après que la fuite des civils vers les camps et des villes plus importantes, les milices ont continué à les harceler. Des incidents, y compris des exécutions sommaires, viols et pillages de civils déplacés, ont été rapportés depuis que les milices contrôlent les camps.

« Sans protection et sans un accroissement significatif de l’assistance humanitaire, les civils déplacés risquent de mourir à cause des épidémies et une famine créée par l’homme », a déclaré Jemera Rone. « La communauté internationale doit s’assurer que son aide humanitaire ne renforce pas le phénomène de déplacement et ne le rende pas permanent ».

Human Rights Watch a déclaré que le refus absolu du gouvernement soudanais de donner accès aux agences humanitaires, en violation ses obligations envers le droit international, ainsi que l’imposition de règles délibérément pesantes pour les secours ont déjà contribué à la détérioration de la santé et de la condition nutritionnelle des personnes déplacées. Les chiffres estimés de personnes ayant besoin de nourriture et d’autre aide d’urgence s’élèvent au dessus d’un million pour 2004-2005, un chiffre qui inclut les réfugiés, les personnes déplacées et les autres victimes du conflit..

Human Rights Watch craint que le gouvernement soudanais n’ait accepté le cessez-le-feu seulement que parce qu’il a en grande partie achevé le déplacement forcé des zones rurales des groupes ethniques visés. Il est à craindre que le gouvernement va manipuler l’aide humanitaire de manière à ce que les personnes déplacées soient forcées de rester dans les camps mis en place par le gouvernement et soient empêchées de retourner chez elles pour cultiver leurs terres. Des rapports indiquent que les groupes ethniques rivaux d’origine arabe s’installent dans les villages et les terres dont les résidents africains ont été brutalement expulsés.

Human Rights Watch a confirmé le fait que les milices janjaweed du gouvernement continuent de contrôler la majeure partie des zones rurales, imposant des points de contrôle et faisant payer les civils où ils leur refusent le passage vers leur village. Ils empêchent également le passage des civils essayant pour leur sécurité de se réfugier au Tchad.

Alors que l’accord de cessez-le-feu exige du gouvernement soudanais qu’il “neutralise” les milices au Darfour, le sens de cet engagement reste flou. Plutôt que de désarmer et démanteler les groupes, il semblerait que le gouvernement du Soudan pourrait les incorporer dans les forces armées soudanaises, démarche qui mettrait simplement en évidence leur impunité et leur contrôle de facto sur les régions du Darfour.

Depuis février 2003, le gouvernement a recruté et armé des milliers de milices arabes de la région pour combattre une révolte principalement composée des groupes ethniques Zaghawa, Fur, et Masaalit. L’accord, effectif depuis le 11 avril 2004, requiert « un accès humanitaire rapide et absolu aux populations nécessiteuses de Darfour », et doit être suivi par de plus amples négociations pour un « réglement définitif du conflit ».