Skip to main content

Le Soudan interdit toute forme d'aide au Sud

Interdire l'aide, c'est " la recette de la famine "

Afin d'empêcher qu'une crise humanitaire ne se transforme en famine, le Soudan doit revenir sur sa décision, annoncée le 26 septembre, d'interdire tout vol transportant des secours, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. L'interdiction porte sur tous les vols et véhicules transportant de l'aide au sud Soudan à partir des principaux postes de secours situés au Kenya et en Ouganda.

" Empêcher que plus d'un million de civils au sud Soudan aient accès à des secours entraînera certainement une catastrophe ", a déclaré Jemera Rone, spécialiste du Soudan à Human Rights Watch. Décidée au moment où le gouvernement intensifie les bombardements sur les zones civiles dans le sud Soudan, cette interdiction des secours représente un abus supplémentaire dans une série déjà bien longue. "

La durée de l'interdiction n'est pas claire ; une source affirme que cette interdiction durera du 27 septembre au 6 octobre 2002, d'autres affirment qu'elle est illimitée. L'interdiction sur les transports par avions et véhicules concerne les régions de l'Equatoria Oriental et Occidental, limitrophes du Kenya et de l'Ouganda. Il est impossible d'atteindre, depuis ces régions, le reste des zones du sud Soudan affectées par la guerre sans faire des détours aériens de plusieurs centaines de kilomètres, ce que ne peuvent se permettre la plupart des avions de secours qui n'ont pas la capacité en carburant nécessaire.

L'interdiction gouvernementale sur les vols de secours arrive à un moment où des abus de plus en plus nombreux sont dénoncés, dans la guerre civile au sud Soudan qui oppose le gouvernement soudanais et le mouvement rebelle du Sudan People's Liberation Movement/Army (SPLM/A).

Les agences humanitaires au sud Soudan ont rapporté qu'en septembre 2002 seulement, les bombardements gouvernementaux ont frappé des civils à Mundri (11 personnes tuées, 10 blessés dans un camp pour populations déplacées) et à Yei en Equatoria Occidental ; à Torit et Kapoeta en Equatoria Oriental ; à Wunrok (un jeune garçon de 13 ans tué, sept blessés) dans Bahr El Ghazal ; à Atar (neuf tués) dans le Haut Nil ; à Gar, Kawer et Tanger (Haut Nil Occidental) ; à Lualdit, Kanawer, Ajajer, Padak et Matiang (trois tués) et à Lui (13 tués dans un campement à bestiaux dont quatre enfants), dans la région de Jonglei ; à Ganga dans le comté d'Abyei (6 personnes d'une même famille tuées). Cette liste ne comprend pas tous les cas de bombardements survenus en septembre, dans cette guerre mais représente de façon claire une escalade des bombardements aériens.

Certaines sources ont affirmé qu'en septembre, le SPLA avait attaqué des villages au sud de Mayom (trois personnes tuées) et avait utilisé une mine anti personnel à Thar Jath (quatre ou cinq personnes tuées), dans le Haut Nil Occidental. Ces mêmes sources rapportaient aussi que le SPLA avait bombardé la ville et sommairement exécuté un nombre inconnu de soldats capturés à Torit, en Equatoria Oriental.

Ces abus se sont produits en dépit de l'accord intervenu en mars 2002 entre le gouvernement soudanais et le SPLM/A (encouragé par l'envoyé spécial des Etats Unis pour la paix au Soudan, l'ancien sénateur John Danforth) dans lequel chaque partie s'engageait à ne pas prendre de civils, ni d'installations civiles pour cibles dans cette guerre. Selon ces accords, le gouvernement américain a mis en place une équipe de surveillance de la protection des civils (Civilian Protection Monitoring Team), basée à Khartoum et dans la ville méridionale de Rumbek tenue par les rebelles. Cette équipe a pour mission d'enquêter sur les attaques militaires visant les civils, lancées par chaque partie ainsi que sur d'autres violations des Conventions de Genève. Le gouvernement soudanais et le SPLA ont accepté de permettre à cette équipe de voyager librement au sud Soudan.

" Il est temps maintenant que l'équipe de surveillance de la protection des civils enquête sur les abus que continuent de commettre les deux camps alors qu'ils se livrent une guerre dans des régions susceptibles d'être frappées par la famine ", a déclaré Rone. " Cette équipe devrait au minimum enquêter sur les récits faits par du personnel, sur le terrain, selon lesquels des civils ont été tués ou blessés lors des affrontements de septembre 2002 ainsi que sur les abus qu'aurait commis le SPLA, à Torit, en août-septembre 2002. "

Le gouvernement soudanais s'est retiré des négociations de paix avec les rebelles le 2 septembre à Machakos, au Kenya, pour protester contre la prise de Torit par le SPLA, même si à la même époque, aucun cessez-le-feu n'était en vigueur et que le gouvernement attaquait et prenait des bastions SPLA. Le gouvernement a promis de reprendre Torit.

" L'interdiction des vols humanitaires signifie qu'aucune agence humanitaire ne sera présente au sud pour assister aux bombardements et autres attaques et en témoigner alors que le gouvernement poursuit son offensive ", a déclaré Rone.

Les Nations Unies et d'autres agences basées dans le nord du Kenya disposent à tout moment d'environ 600 travailleurs humanitaires dans le sud Soudan et accomplissent environ 20 vols journaliers dans la région. Avec cette interdiction, la simple évacuation de tout ce personnel poserait d'énormes problèmes logistiques.

Le gouvernement soudanais continue également sa campagne militaire contre les gisements pétroliers situés au sud du Haut Nil Occidental. Cette campagne a entraîné le déplacement de centaines de milliers de civils depuis 1999. La situation en matière de sécurité alimentaire est " précaire " dans le Haut Nil Occidental à cause de ces attaques gouvernementales de plus en plus fréquentes contre les rebelles et leurs supposés alliés civils, dans les gisements de pétrole. Le Famine Early Warning System Networks (FEWS Net) estime que des milliers de personnes déplacées par ces combats en 2002 ont récemment accru la pression pesant sur les communautés d'accueil, dans les régions voisines de Bahr El Ghazal et Jonglei. Ces communautés d'accueil auront également besoin d'aide à cause d'une faible production céréalière due à des pluies sporadiques.

" On a là la recette de la famine de 1998 : déplacement massif de civils à cause de la guerre vers des régions où la nourriture devrait manquer, plus une soudaine interdiction gouvernementale de toute aide humanitaire aux zones sinistrées ", a déclaré Rone.

Human Rights Watch a étudié la famine de 1998 dans un rapport rédigé par Rone, Famine in Sudan, 1998 : The Human Rights Causes.

Your tax deductible gift can help stop human rights violations and save lives around the world.

Région/Pays