La mission Danforth pour la paix a eu pour conséquences des pas décisifs en direction de l'amélioration de la crise des droits humains au Soudan, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Un rapport préparé pour le Président Bush par l'ancien sénateur américain, John Danforth, envoyé spécial des Etats Unis pour la paix au Soudan, a été publié aujourd'hui à Washington.

Le rapport affirme que les différentes parties impliquées dans cette longue guerre au Soudan ont exprimé des motivations suffisamment sérieuses en faveur de la paix pour justifier une participation énergique des Etats Unis dans un processus de paix à long terme. La guerre ne peut être gagnée par aucune des parties et la situation est mûre pour une poussée majeure dans le sens d'un accord de compromis, conclut le rapport.

"Ce rapport, attendu depuis longtemps, formule des recommandations en matière de droits humains qui sont décisives pour le futur du Soudan," a déclaré Jemera Rone, chercheuse sur le Soudan à Human Rights Watch.

Human Rights Watch a accueilli avec satisfaction la reconnaissance implicite, dans le rapport, que les violations des droits humains occupent une place centrale parmi les causes expliquant cette guerre civile de dix-neuf ans au Soudan et que les accords récemment conclus exigeront un contrôle international continu pour pouvoir fonctionner au mieux. Human Rights Watch approuve également l'accent mis par le rapport sur la nécessité d'une vigilance constante et d'un contrôle international concernant la façon dont le gouvernement et les forces rebelles se plient aux récents accords qu'ils ont conclus.

"Les Etats Unis peuvent jouer un rôle clef dans les efforts entrepris pour sécuriser la paix et les droits humains au Soudan," a déclaré Rone. "Le Sénateur Danforth a apporté une contribution utile et le Président Bush doit maintenant engager les Etats Unis à soutenir fermement les droits humains comme un élément clef du processus de paix."

Depuis sa nomination par le Président Bush, en septembre 2001, le Sénateur Danforth a négocié avec succès quatre accords importants entre le gouvernement soudanais et le groupe rebelle du Sudan People's Liberation Movement/Army (SPLM/A). Le gouvernement et le SPLA ont accepté un cessez-le-feu dans la zone centrale des montagnes Nuba. Ils ont également accepté de cesser de prendre des civils et des objectifs civils pour cibles, dans la guerre civile au sud du pays. S'assurer du respect de ces deux accords passe par l'envoi d'observateurs du cessez-le-feu pour les montagnes de Nuba et d'observateurs internationaux pour vérifier la clause "pas de cibles civiles". De plus, les deux parties ont accepté le principe d'une enquête sur la question de l'esclavage conduite par une commission internationale et celui de "trois jours de tranquillité" pour que puissent être menés à bien trois programmes médicaux à court terme, dans le sud.

Des observateurs internationaux du cessez-le-feu sont déjà en place dans les montagnes de Nuba où le cessez-le-feu est respecté. Au sud, cependant, la mission de vérification n'est pas encore en place. Dans l'intervalle, la situation des civils reste désespérée, en particulier dans le Haut Nil occidental, zone d'exploration pétrolière la plus active du Soudan. Des milices gouvernementales appuyées par des hélicoptères continuent de déplacer, par la force, des gens de chez eux et de leurs zones de pâturage. Les milices gouvernementales à cheval ont utilisé un pont construit par une compagnie pétrolière, à Bentiu, pour se rendre dans un territoire auparavant protégé contre leurs raids par une rivière profonde et pour attaquer des gens qui de nombreuses années auparavant avaient cherché refuge de l'autre côté de cette rivière.

Human Rights Watch a appelé au déploiement le plus rapide possible de la mission de vérification dans le sud. L'organisation recommande également que cette mission soit renforcée et que d'autres personnes rejoignent les quinze membres initialement envisagés afin de pouvoir couvrir la vaste zone géographique du sud, où les infrastructures de transport et de communications sont primitives, voire inexistantes.

"Les Etats Unis, ayant convaincu les différentes parties d'accepter d'honorer certaines obligations en matière de droits humains, ne devraient épargner aucun effort pour s'assurer que ces parties se montrent à la hauteur de ces obligations. Les Etats Unis devraient veiller à ce que chaque partie tienne l'engagement pris de mettre en œuvre et d'honorer ces accords," a déclaré Rone.

Human Rights Watch a applaudi la ferme condamnation américaine du bombardement, par le gouvernement, d'un site de distribution de nourriture, à Bieh, dans le Haut Nil occidental, au sud Soudan, le 20 février 2002. Cette attaque gouvernementale, conduite par deux hélicoptères armés qui volaient si bas que les visages des pilotes étaient identifiables, a entraîné la mort de vingt-quatre civils qui attendaient que leur soit distribuée une ration de nourriture d'urgence. Les Etats Unis ont immédiatement suspendu les négociations avec Khartoum. Le gouvernement soudanais a présenté ses excuses pour ces morts, a accepté d'abord en principe puis par écrit de ne plus prendre pour cibles des civils ou des objectifs civils dans la guerre au sud et les négociations ont repris.

Selon Human Rights Watch, le rapport Danforth présente une faiblesse : en discutant des stratégies pour l'avenir, il met la liberté de religion au-dessus des autres droits fondamentaux. Cette approche échoue à prendre véritablement en compte la nature plus large des violations des droits humains qui sont aux origines de cette guerre civile de dix-neuf ans. Le recours à la torture, aux détentions arbitraires prolongées, aux exécutions extrajudiciaires, la négation des droits à la liberté d'expression, d'association et de rassemblement et en particulier l'établissement d'une citoyenneté de seconde classe et la pratique d'une discrimination fondée sur la race et l'ethnicité à l'encontre de nombreux Soudanais - et pas seulement de ceux du sud - sont autant de phénomènes qui ont contribué au conflit actuel. Le gouvernement a continuellement attaqué des habitants du sud, dans les zones de guerre - dont la majorité sont de religions traditionnelles africaines - leur a fait quitter leur maison, détruisant et pillant habitations et bétail puis empêchant l'assistance d'urgence de leur parvenir.

Human Rights Watch ne prend pas position sur la question de l'autodétermination. L'organisation a mis en garde contre le fait que la préférence exprimée par le rapport pour l'unité plutôt que pour l'autodétermination ne devrait pas dominer la discussion sur ce rapport.

"Le rapport Danforth n'est pas la politique actuelle des Etats Unis," a déclaré Rone. "La controverse sur la question de l'autodétermination a détourné l'attention des réels acquis en matière de droits humains apportés par les accords Danforth et de la nécessité de fournir des ressources substantielles pour que leur mise en œuvre soit possible."