Human Rights Watch a appelé aujourd'hui au lancement d'une enquête indépendante sur les morts récentes de civils tués lors d'une attaque par hélicoptère, au sud du Soudan.

Le 20 février 2002, une attaque conduite par un hélicoptère du gouvernement soudanais a causé la mort de dix-sept civils et blessé beaucoup d'autres, dans un site des Nations Unis assurant secours et distribution de vivres, dans la zone pétrolifère de Bieh, dans le haut Nil occidental, au sud Soudan. Le gouvernement soudanais avait donné son accord pour que cette zone accueille secours et vivres. Des observateurs des Nations Unies en charge de la distribution de nourriture et des civils ont été les témoins de cette attaque et d'autres responsables des Nations Unies ont compté les morts.

"Ceci est la dernière et la plus meurtrière des attaques menées par hélicoptère contre des civils au Soudan, au cours des dix-huit années de guerre civile," a déclaré Jemera Rone, chargée de recherches sur le Soudan à Human Rights Watch. "Apparemment, civils et travailleurs humanitaires ont délibérément été pris pour cibles."

Cette attaque conduite par deux hélicoptères n'est pas le résultat d'une erreur. Selon les Nations Unies, les hélicoptères ont survolé le site des Nations Unies et ont tiré au moins cinq roquettes sur des civils qui attendaient une distribution de nourriture, à côté de tonnes de vivres stockées sous forme de sacs de grains de cinquante kilos, clairement visibles en plein milieu de l'après-midi. Aucune force rebelle ne se trouvait dans cette zone à ce moment-là.

En raison de cette grave violation des droits humains, le 21 février, le gouvernement américain a suspendu sa participation aux efforts de paix jusqu'à ce que le gouvernement soudanais rende compte de cet incident.

"Le gouvernement soudanais doit apporter une ferme réponse au meurtre, par ses forces, de dix sept personnes et aux blessures infligées à de nombreuses autres victimes," a déclaré Rone. "L'offre du gouvernement consistant à nommer ses propres enquêteurs militaires n'est tout simplement pas appropriée."

Human Rights Watch a appelé le gouvernement soudanais à soutenir la proposition américaine en faveur d'une équipe internationale chargée de surveiller de supposées violations des Conventions de Genève. L'organisation a également pressé le gouvernement soudanais d'inviter cette équipe à enquêter sur le bombardement de Bieh.

Une fois les faits établis par des observateurs internationaux indépendants, le gouvernement devrait prendre des mesures fermes pour traduire en justice les responsables, en remontant la chaîne de commandement afin d'empêcher que de tels abus ne se reproduisent, a déclaré Rone.

Le gouvernement soudanais était en cours de négociations avec les Etats Unis avec de forts espoirs de voir les relations entre les deux pays se régulariser. Dans le cadre de ces négociations, le Sénateur John Danforth, l'envoyé spécial des Etats Unis pour la paix au Soudan, a proposé que le gouvernement et les forces rebelles passent quatre tests avant que les Etats Unis ne poursuivent leur action de médiation dans ce conflit. L'équipe internationale de surveillance des Conventions de Genève devait être associée à l'engagement du gouvernement et des rebelles de mettre un terme aux attaques contre les civils, ce qui représente le quatrième test proposé par Danforth et le plus difficile.

Des responsables du Département d'Etat ont déclaré que Danforth avait insisté auprès du gouvernement soudanais sur la nécessité de répondre aux exigences des quatre tests. Cependant, la récente attaque sur le haut Nil occidental a conduit le gouvernement américain à suspendre son travail sur l'initiative Danforth.