Le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD-Goma), un groupe rebelle basé dans l'est du Congo intensifie ses attaques contre les militants de la société civile, a dénoncé aujourd'hui Human Rights Watch.

Les leaders de la société civile sont prêts à jouer un rôle important dans le dialogue inter-congolais destiné à ramener la paix en République Démocratique du Congo ravagée par la guerre. Alors que les discussions préparatoires au dialogue se sont ouvertes hier à Gaborone, Human Rights Watch a dénoncé la détention, les coups et les menaces contre les leaders de la société civile exercés par les autorités rebelles. Le RCD-Goma a aussi initialement retardé, puis ensuite autorisé le départ de Gervais Chirhalirwa, chef d'une coalition de groupes représentatifs de la société civile à Bukavu qui devait assister à cette réunion.

" Au moment où la communauté internationale invite les leaders congolais de la société civile à s'exprimer sur ce qu'ils estiment nécessaire à la construction de la paix, le RCD essaye de les faire taire. ", a déclaré Alison Des Forges, Conseillère principale pour la région des grands lacs à la division Afrique de Human Rights Watch.

Le 9 août, des agents du Département Sécurité et Intelligence du RCD ont enlevé le Pasteur Claude Olenga, qui préside la Commission Justice et Paix de l'archevêché de Kisangani. Ils l'ont conduit dans leurs bureaux où ils l'ont forcé à se dévêtir et l'ont violemment battu. Ils l'ont questionné sur le contenu de programmes de radio et de télévision qu'il avait diffusés sur Amani, une station de radio appartenant à l'église catholique ainsi que sur ses contacts avec d'autres militants et l'archevêque de Kisangani. Lorsqu'il fut libéré un peu plus tard cette même journée, Olenga reçut l'ordre de ne pas parler de ce qu'il avait subi.

Les militants congolais ont mené campagne pour la démilitarisation de Kisangani, la deuxième ville du pays en population. Les troupes du RCD ont jusqu'à maintenant refusé de quitter la ville, ce qu'avait demandé le Conseil de Sécurité des Nations Unies, retardant ainsi l'arrivée sur place des forces de maintien de la paix des Nations Unies connues sous le nom de MONUC. Kisangani pourrait servir de site au dialogue inter-congolais. En 2000, le Rwanda qui soutient le RCD et l'Ouganda ont combattu pour le contrôle de Kisangani, tuant des centaines de civils et causant de nombreux dégâts matériels. Les militants de Kisangani demandent que les deux gouvernements impliqués paient des réparations. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies fait également pression en ce sens.

Les militants ont aussi confié des informations sur les violations des droits humains, par le RCD, à des dignitaires étrangers en visite, dont notamment le Rapporteur Spécial des Nations Unies pour la République Démocratique du Congo et le Premier Ministre belge. De plus, ils adressent des appels répétés en faveur d'une cour internationale chargée de juger les crimes de guerre commis lors de la guerre en RDC.

Pour faire taire et isoler ces militants critiques, les autorités locales du RCD les ont dénoncés à la radio et lors de rassemblements publics comme des informateurs et agents de puissances étrangères hostiles. Ils ont également interdit à ces militants de voyager et ont envoyé des soldats pour les intimider par des visites nocturnes chez eux. Parmi les personnes ainsi harcelées, se trouvent Dismas Kitenge, président du Groupe Lotus, Jean-Pierre Badideke de Justice et Libération, Firmin Yangambi Libote, qui dirige Paix et Terre, Floribert Ngongo, journaliste proche de Lotus et Abisa Bokanga, coordonnateur d'une coalition de groupes représentatifs de la société civile.

Les autorités de la RDC à Uvira, au sud-Kivu ont aussi détenu, battu et menacé des leaders locaux qu'ils accusent d'apporter un appui aux Mai-Mai, une milice locale luttant pour expulser les étrangers du Congo. Lorsque les opposants au RCD ont perturbé un rassemblement célébrant le troisième anniversaire du début de la rébellion du 2 août, les autorités locales ont détenu un grand nombre de supposés complices des Mai-Mai, parmi lesquels des employés de Elimu et du Comité d'Action pour le Développement Intégré, groupes locaux issus de la société civile. Au moins deux des détenus ont été battus, l'un si sérieusement qu'il dut être hospitalisé. Les militants les plus en vue furent rapidement libérés mais les autres sont restés détenus dans des conditions difficiles.

" Si l'on veut que le dialogue inter-congolais fonctionne, " a déclaré Des Forges, " des militants tels que les leaders de l'opposition politique, doivent être libres de se parler les uns aux autres, d'exprimer leurs idées publiquement et de se déplacer d'un endroit à un autre. Le RCD-Goma doit garantir ces droits minimaux, y compris à ceux qui expriment des opinions divergentes des leurs. "

Human Rights Watch a appelé aujourd'hui le RCD-Goma à cesser immédiatement le harcèlement et les menaces contre les militants des droits humains et de la société civile et en particulier, à relâcher immédiatement les personnes encore détenues sans autre motif que les opinions et les activités qu'elles ont mises en œuvre dans l'exercice de leurs mandats, au sein de leurs organisations respectives. Le RCD-Goma devrait mener une enquête sur tous les cas rapportés de torture et de mauvais traitement des détenus et tenir pour responsables leurs auteurs.