Si les censeurs du gouvernement obtiennent le dernier mot lors de la Conférence des Nations Unies sur le VIH/SIDA qui doit se tenir la semaine prochaine, le refus de regarder la maladie en face et la discrimination qui ont contribué à sa propagation demeureront inchangés, a accusé aujourd'hui Human Rights Watch.

Plusieurs délégations gouvernementales dont celles des Etats Unis, de l'Egypte, de la Libye et du Vatican essaient actuellement d'éliminer de la version provisoire de la déclaration proposée par la Session Spéciale de l'Assemblée Générale des Nations Unies sur le VIH/SIDA, toute mention au fait que certains groupes courent un risque accru d'être contaminés par le VIH, à savoir les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes, les travailleurs sexuels et leurs clients, les consommateurs de drogues injectables et leurs partenaires sexuels.

"La recherche de solutions à cette terrible crise ne devrait pas se heurter à des pudibonderies morales," a déclaré Kenneth Roth, Directeur Exécutif de Human Rights Watch. "Dans une conférence consacrée à la lutte contre le SIDA, les gouvernements ne doivent pas reproduire une attitude basée sur le silence et le refus de regarder la maladie en face, deux éléments qui ont conduit à sa propagation."

Dans une formulation acceptée par le Canada, l'Australie et plusieurs pays d'Amérique Latine et d'Europe, la déclaration provisoire affirme explicitement l'objectif de réduction de l'incidence de la maladie parmi "les hommes ayant des relations sexuelles avec des autres hommes, les travailleurs sexuels [et] les consommateurs de drogues injectables ainsi que leurs partenaires sexuels", tout comme chez les prisonniers et les réfugiés. Les Etats Unis proposent de supprimer cette liste et de la remplacer par la phrase vague et anodine, "individus vulnérables," notamment ceux qui se livrent à "des comportements sexuels à risque". Le Vatican préfère une référence tout aussi euphémique aux "personnes ayant des partenaires sexuels multiples". L'Egypte suggère d'adopter plutôt une formulation porteuse d'un jugement critique : "homosexualité entre hommes, prostitution et autres formes de comportements sexuels irresponsables."

"Le VIH/SIDA découle en bonne part de la discrimination contre les femmes, les homosexuels hommes, les consommateurs de drogues, les travailleurs sexuels et d'autres personnes dont le statut est un obstacle à l'accès à des services, une information et un appui social," a déclaré Joanne Csete, expert en santé publique et SIDA à Human Rights Watch. "Prétendre que ces groupes n'existent pas ou renforcer la discrimination à leur encontre ne fera qu'accélérer la propagation de l'épidémie en les poussant encore davantage dans la clandestinité et hors d'atteinte des services dont ils ont terriblement besoin pour contenir la maladie."

Csete est l'auteur d'un rapport sur les violations des droits des orphelins du SIDA au Kenya qui doit être publié la semaine prochaine.

La violation des droits civils et politiques est le moteur de la propagation du VIH/SIDA dans de nombreuses parties du monde. Quand les femmes ne sont pas en mesure de négocier les termes de leurs relations sexuelles, quand les homosexuels hommes et les travailleurs sexuels sont marginalisés et exclus des services et quand la violence sexuelle prévaut, le VIH/SIDA se développe. Lors de négociations plus tôt ce mois-ci, les Etats Unis ont néanmoins rejeté une proposition de l'Union Européenne et du Groupe de Rio favorable à une déclaration qui adopterait une "approche basée sur les droits" afin de combattre le VIH/SIDA.

"Si les gouvernements tentent de lutter contre le VIH/SIDA sans prendre en considération les violations qui alimentent l'épidémie et qui en découlent, ils ne feront que la moitié du travail ou même moins encore," a déclaré Csete.

La déclaration provisoire de la conférence sur le SIDA devait être bouclée lors de réunions préparatoires se terminant le 25 mai auxquelles des organisations issues de la société civile ont participé. Cependant, depuis lors, les discussions ont continué sur des points de désaccord lors de réunions à huit-clos auxquelles ne participaient que les gouvernements.

"Les voix indépendantes les plus susceptibles de souligner le rôle des atteintes aux droits humains dans la propagation du VIH/SIDA ont été exclues de ces délibérations," a déclaré Roth. "Il est triste de constater que les gouvernements semblent déterminés à faire la sourde oreille face à des messages dérangeants, même au risque d'une stratégie moins efficace de lutte contre cette maladie mortelle."