Human Rights Watch a aujourd'hui exprimé son inquiétude face au recours croissant, par des dirigeants de la République Démocratique du Congo (RDC), à des messages de propagande incitant à la haine ethnique. Ces dirigeants, par le biais de messages de haine transmis par les stations de radio, cherchent en effet à encourager la population à lutter contre la rébellion qui vient de se déclarer dans le pays et à perpetuer également une véritable chasse aux sorcières dans la capitale, Kinshasa. Human Rights Watch juge également très alarmantes des informations faisant état d'abus à grande échelle, de pillages et de vols à main armée perpétrés à Bukavu, ville aujourd'hui contrôlée par les rebelles.

Le huit août dernier, à Bunia, dans l'est du pays, une radio gouvernementale, captée par la BBC, appelait la population à utiliser "machettes, lances, flèches, houes, pelles, râteaux, clous, matraques, fers à repasser, fil de fer barbelé, pierres et autres outils afin, chers auditeurs, de tuer les tutsis ruandais." Le mercredi douze août, le commandant d'une division régionale de l'armée congolaise appelait, lui, les résidents de Bunia à "se venger" des ruandais et à "les massacrer sans pitié".

Le gouvernement de la RDC a accusé la petite minorité de congolais d'origine tutsie d'être à la tête de la rébellion en cours et prétend, affirmation soutenue par des sources crédibles, que le Ruanda a envahi son territoire et soutient les rebelles. La campagne d'incitation à la haine ethnique actuellement menée par les dirigeants congolais soulève de multiples inquiétudes en matière des droits de l'homme, le passé ayant démontré que des messages de haine peuvent effectivement provoquer des massacres à grande échelle.Des campagnes similaires avaient, en effet, au Ruanda, précédé le génocide perpétré en 1994 par les hutus à l'encontre de la minorité tutsie, génocide qui s'était soldé par au moins un demi-million de victimes tutsies. Le conflit s'était étendu au Congo voisin, contribuant ainsi à la déstabilisation du pays et à la multiplication depuis lors, dans les provinces de l'est, des actes de violence politique.Les massacres ethniques s'étaient poursuivis tout au long de la campagne militaire qui, en 1996-1997, avait permis à l'actuel Président Kabila de s'emparer du pouvoir. Pendant cette campagne, ceux qui sont aujourd'hui ses anciens alliés avaient, selon les informations disponibles, massacré des milliers de réfugiés hutus sans défense, apparemment dans le but de venger les victimes du génocide ruandais de 1994.

D'autre part, Human Rights Watch juge extrêmement inquiétante la chasse aux sorcières qui se poursuit actuellement dans la capitale du pays, Kinshasa. Des centaines de tutsis sont toujours emprisonnés au camp militaire de Kokolo, à Kinshasa, et des centaines d'autres le sont dans lieux encore inconnus aujourd'hui. La diffusion accrue de messages de haine par les dirigeants congolais expose ces détenus et d'autres tutsis à de potentiels mauvais traitements et en fait des individus dont la vie même est menacée. En effet, le public est susceptible d'interpréter ces messages comme leur donnant toute liberté de commettre des atrocités ou leur garantissant l'impunité si de tels actes étaient perpétrés.

D'autre part, Human Rights Watch a reçu de sources crédibles des informations faisant état d'atrocités commises par des soldats rebelles dans la ville de Bukavu. Les faits se seraient déroulés alors que les soldats fouillaient des habitations, dans le quartier Essence, à la recherche d'infiltrateurs membres des groupes anti-rebelles Mayi-Mayi. Selon des résidents et des membres d'organisations humanitaires, qui quittaient la ville, les soldats se seraient également livré à de nombreux pillages et attaques à main armée. Les bureaux et entrepôts de Bukavu d'une agence humanitaire ont ainsi été mis à sac par des soldats qui, pendant les faits, se sont servis de leurs armes pour tenir en respect les personnes présentes et ont menacé de les tuer.

Human Rights Watch appelle le gouvernement de la RDC à garantir la sécurité et le respect des droits des tutsis maintenus en détention ou vivant dans des régions qu'il contrôle. Nous demandons également avec la plus grande insistance que le gouvernement, conformément aux normes internationales, accorde au Comité International de la Croix-Rouge (CICR) et au Bureau en RDC du Haut Commissariat des Nations unies pour les Droits de l'Homme l'accès plein et entier aux individus détenus. Le gouvernement devrait également faciliter le départ des tutsis qui exprimeraient le désir de quitter le pays. Nous demandons avec la plus grande insistance aux autorités rebelles de garantir la sécurité et le respect des droits des populations civiles vivant dans les régions sous son contrôle, et de s'abstenir de toute attaque à l'encontre, à la fois, de ceux qui luttent pour que ces droits soient respectés et de ceux qui dirigent les communautés dans ces mêmes régions.

Human Rights Watch appelle la communauté internationale à assumer pleinement ses responsabilités en prenant des mesures fermes afin de dénoncer les abus commis à l'encontre de civils par toutes les parties impliquées dans le présent conflit et afin de tenir pour responsables de leurs actes ceux qui ont commis de tels abus.