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Zambie : Vague de répression suite aux élections d’août

Des opposants et des détracteurs du gouvernement ont subi des disparitions forcées, des arrestations arbitraires et des passages à tabac

Un char de de police patrouillait dans la banlieue de Lusaka, la capitale de la Zambie, le 14 août 2026, au lendemain des élections tenues dans ce pays. © 2026 Alfonso Nqunjana/AP Photo
  • La police et l’armée zambiennes ont procédé à des disparitions forcées, à des détentions arbitraires, à des passages à tabac et à des menaces à l’encontre de membres de l’opposition, d’avocats, de journalistes et de détracteurs du gouvernement dans les jours qui ont précédé et suivi les élections d’août dernier.
  • Le climat d’intimidation, de harcèlement et de répression qui sévit depuis les élections a eu un effet dissuasif sur les organisations civiques et politiques, en particulier sur les voix dissidentes.
  • Les autorités devraient immédiatement mettre fin à cette vague de répression, permettre aux détenus d’avoir accès à un avocat et à des soins médicaux, libérer toutes les personnes détenues arbitrairement, et veiller à ce que les auteurs d’abus répondent de leurs actes.

(Johannesburg) – La police et l’armée zambiennes ont procédé à des disparitions forcées, à des détentions arbitraires, à des passages à tabac et à des menaces à l’encontre de membres et de sympathisants de l’opposition, ainsi que d’avocats, de journalistes et de détracteurs du gouvernement, dans les jours qui ont précédé et suivi les élections d’août dernier, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. En outre, les autorités n’ont toujours pas fourni d’explications crédibles ni mené d’enquête sur le meurtre d’un dirigeant de l’opposition dans des circonstances controversées.

« Le gouvernement zambien devrait casser ce dangereux cycle de répression », a déclaré Ashwanee Budoo-Scholtz, directrice adjointe de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les autorités devraient immédiatement mettre fin à la répression post-électorale qui se poursuit encore, permettre aux personnes détenues de consulter un avocat et d’obtenir des soins médicaux, libérer celles qui sont détenues arbitrairement, et tenir les forces de sécurité responsables des abus commis. » 

Le président Hakainde Hichilema a été réélu lors du scrutin du 13 août, qui, selon des observateurs internationaux, a été entaché d’irrégularités telles que la suspension temporaire du dépouillement de votes et la restriction des libertés fondamentales. Du 24 au 28 août, les autorités zambiennes ont en outre suspendu les services judiciaires et empêché tout recours juridique contre les résultats de l’élection présidentielle, en ordonnant la fermeture des tribunaux et en bouclant les zones autour de ces bâtiments. La police zambienne a déclaré qu’il s’agissait d’une « mesure préventive fondée sur des renseignements », sans toutefois fournir de détails à ce sujet.

Human Rights Watch a recensé 14 incidents s’apparentant à des disparitions forcées, survenus en août ; les autorités zambiennes ont d’abord refusé de fournir des informations sur le sort de ces personnes, ou de divulguer leur lieu de détention. Dans de nombreux cas, ces personnes ont subi une disparition forcée qui a duré plusieurs jours. Certaines d’entre elles étaient détenues par l’armée, selon leurs propres témoignages, ainsi que des déclarations faites par leurs proches ou par leurs avocats.  

Human Rights Watch a également recensé 61 cas de détenus qui ont été battus ou ont subi d’autres formes de violences lors de leur arrestation et/ou détention, selon les témoignages des des détenus eux-mêmes, ainsi que les déclarations de leurs avocats ou de leurs proches. Parmi ces 61 personnes, 18 ont été inculpées de trahison, et deux font également l’objet d’accusations de sédition. Dans plusieurs cas, les accusations semblent avoir été motivées par des considérations politiques ; dans de nombreux autres cas, les personnes détenues n’ont été inculpées d’aucun crime. Le gouvernement n’a pas révélé le nombre total de personnes arrêtées au cours de la vague de répression, ni la nature des accusations portées contre elles, ce qui laise craindre que le nombre réel de personnes détenues soit plus élevé que le nombre actuellement connu.

Human Rights Watch a en outre recensé deux cas de personnes résidant en Zambie, qui affirment avoir été harcelés et menacés par les autorités gouvernementales, vraisemblablement en raison de leurs liens de parenté avec des détracteurs du gouvernement vivant à l’étranger.

Le climat d’intimidation, de harcèlement et de répression qui sévit en Zambie depuis les élections a eu un effet dissuasif sur les organisations civiques et politiques, en particulier sur les voix dissidentes, a déclaré Human Rights Watch. Le 11 septembre, le gouvernement a annoncé l’annulation des passeports de six détracteurs du gouvernement, dont celui de l’universitaire Sishuwa Sishuwa, invoquant des « raisons de sécurité ». 

Le 14 août, les forces de sécurité ont mené une descente au domicile du chef de file de l’opposition, Brian Mundubile, candidat de l’Alliance Tonse, dans une banlieue de Lusaka, la capitale. Selon les membres de l’opposition présents, les forces de sécurité ont tué Mutotwe Kafwaya, un ancien ministre, au cours de cette descente. Le 19 août, l’inspecteur général de la police zambienne, Graphel Musamba, a déclaré que les membres d’une « opération conjointe menée par les services de renseignement » avaient été confrontés à « des coups de feu et à la résistance d’individus non identifiés », ce qui avait « poussé les agents à riposter », et que Mutotwe Kafwaya avait été tué au cours de l’intervention. Le sort de Mutotwe Kafwaya n’a été révélé officiellement que le 19 août ; précédemment, son épouse avait déposé une requête juridique en habeas corpus, afin de contraindre les autorités à divulguer où il se trouvait, à le présenter devant un tribunal et à justifier les motifs de son éventuelle détention. 

Les autorités zambiennes ont fait des déclarations contradictoires concernant le raid et qui en était responsable. Le 15 août, l’Autorité zambienne des technologies de l’information et de la communication (Zambia Information and Communications Technology Authority, ZICTA) a envoyé un SMS à tous les numéros de téléphone enregistrés en Zambie, avec ce message : « Méfiez-vous des fausses informations faisant état de tirs et d’enlèvements. Restez calmes et pacifiques. » Le ministère zambien de l’Information et des Médias a rejeté les informations circulant au sujet du raid et de la fusillade, les qualifiant de « désinformation visant à alarmer et à induire le public en erreur ».

Le 14 août, ce ministère a diffusé un communiqué publié par la police zambienne, réfutant « les allégations circulant sur les réseaux sociaux selon lesquelles M. Brian Mundubile aurait été arrêté [lors d’un raid] et détenu ». Toutefois, le 19 août, l’inspecteur général de la police, Graphel Musamba, a admis qu’une « opération conjointe menée par les forces de sécurité et les services de renseignement » avait eu lieu au domicile de Mundubile. 

Brian Mundubile, qui a ensuite été arrêté et inculpé de trahison, a déclaré dans une requête adressée à la Haute Cour qu’il a vu un militaire zambien abattre Mutotwe Kafwaya.

Compte tenu des déclarations contradictoires des responsables gouvernementaux quant à l’identité des responsables de la perquisition au domicile de Brian Mundubile et aux circonstances entourant le meurtre de Mutotwe Kafwaya, les autorités zambiennes devraient ouvrir une enquête indépendante, impartiale et approfondie sur cette affaire, a déclaré Human Rights Watch.

Des détenus ont impliqué l’armée zambienne dans des détentions arbitraires et des disparitions forcées. Le 14 août, 43 membres de l’opposition ont été arrêtés alors qu’ils agissaient en tant qu’observateurs électoraux. L’un de leurs avocats a indiqué que durant huit jours, aucune information à leur sujet n’était disponible, et la police niait les détenir. Un avocat a enfin pu les voir après huit jours. Il a déclaré ceci à Human Rights Watch : « La plupart d’entre eux avaient des enflures sur leurs corps, et de terribles blessures, notamment des fractures. Ils ont affirmé avoir été brutalisés par les militaires ». Leurs avocats ont déposé une requête en habeas corpus et, le 10 septembre, un tribunal de Lusaka a ordonné leur libération immédiate. 

En vertu de la législation zambienne et du droit international relatif aux droits humains, tous les détenus ont droit à une procédure régulière, notamment à être informés sans délai des charges retenues contre eux, à avoir accès à un avocat s’ils sont inculpés d’un crime, à l’examen par un juge des motifs de leur détention, ainsi qu’à la présomption d’innocence. Les détenus devraient également avoir accès à des soins médicaux adéquats, et pouvoir communiquer avec leurs familles.

Le 2 septembre, la Rapporteure spéciale des Nations Unies sur les droits à la liberté de réunion et d’association a appelé les autorités zambiennes à « libérer tous les détenus politiques, respecter les libertés fondamentales et rétablir la responsabilité démocratique ». Le ministère zambien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a répondu que cette déclaration était « inexacte, peu diplomatique et ne répondait pas aux normes d’objectivité, de modération et de discrétion attendues des titulaires d’un mandat des Nations Unies ».

Le ministère zambien a ajouté qu’appartenir à un parti d’opposition « ne place pas une personne hors de portée de la loi, ni ne transforme un suspect d’infraction pénale en détenu politique… Le gouvernement s’engage à veiller à ce que ces protections soient respectées dans tous les cas, et les tribunaux zambiens sont compétents pour en vérifier le respect ».

La Zambie siégera au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies durant la période 2027-2029. En tant que membre élu du Conseil, la Zambie est tenue de respecter « les normes les plus strictes en matière de promotion et de défense des droits [humains] ».

« Le gouvernement zambien devrait mettre fin à sa répression éhontée des droits humains », a conclu Ashwanee Budoo-Scholtz. « Les dirigeants d’Afrique australe et les partenaires économiques de la Zambie devraient inciter le président Hichilema à rétablir l’état de droit, et à protéger les espaces civiques et politiques de ce pays. »

Suite détaillée en anglais.

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