Au Tadjikistan, un tribunal a condamné Asadullo Boboev, un activiste de l’opposition expulsé d’Allemagne en juin dernier, à 17 ans de prison. Human Rights Watch et d’autres organisations avaient précédemment averti les autorités allemandes que des activistes comme Asadullo Boboev risquaient de subir des mauvais traitements et de faire l’objet de poursuites pénales pour des motifs politiques, s’ils étaient renvoyés au Tadjikistan.
Âgé de 54 ans, Asadullo Boboev vivait en Allemagne avec sa famille depuis 2017. Il était impliqué dans le mouvement « Réformes et développement du Tadjikistan », un groupe d’opposition critique à l’égard du gouvernement du président Emomali Rahmon. Le 21 septembre, un tribunal tadjik l’a reconnu coupable d’accusions dont « extrémisme via Internet » en vertu de trois articles du code pénal, selon les médias. Les autorités tadjikes n’ont publié aucune information sur cette affaire.
Asadullo Boboev, qui a été expulsé d’Allemagne le 20 juin, avait précédemment déclaré aux médias que les autorités tadjikes avaient ouvert une procédure pénale pour extrémisme à son encontre en raison de publications sur les réseaux sociaux critiquant les autorités tadjikes. Il a indiqué que le tribunal allemand lui avait donné jusqu’au 1er juillet pour prouver l’existence d’une telle procédure, mais qu’il avait été expulsé avant cette date limite.
Asadullo Boboev et son fils Muhammad, un adulte, ont été expulsés vers Douchanbé. Asadullo a été placé en détention dès son arrivée.
Ce n’est pas la première fois que l’Allemagne expulse un citoyen tadjik, malgré les inquiétudes exprimées par des organisations de défense des droits humains. Trois autres activistes de l’opposition expulsés d’Allemagne depuis 2023 ont également été emprisonnés après leur retour au Tadjikistan. Abdullohi Shamsiddin, Bilol Qurbonaliev et Dilmurod Ergashev ont été condamnés respectivement à 7, 10 et 8 ans de prison, sur la base d’accusations apparemment fallacieuses.
Le droit international interdit le refoulement, c'est-à-dire le renvoi de toute personne vers un pays où elle court un risque réel de préjudice irréparable en raison de violations graves des droits humains. Bien que le gouvernement allemand se soit engagé à lutter contre la répression transnationale exercée par divers gouvernements, d'importantes lacunes subsistent dans la mise en œuvre de cet engagement.
L’Allemagne a continué à renvoyer des ressortissants tadjiks vers leurs pays, bien que ces renvois livrent des détracteurs du gouvernement directement aux mains des services de sécurité répressifs qu’ils avaient fui, dans plusieurs cas.
Les tribunaux et les autorités allemandes chargées de l’immigration ne devraient pas expulser sans autre forme de procès des dissidents vers le Tadjikistan. Les autorités allemandes devraient expliquer pourquoi Asadullo Boboev a été expulsé malgré les avertissements concrets concernant de graves risques en matière de droits humains ; elles devraient aussi faire pression sur le Tadjikistan pour qu’il divulgue des informations sur sa condamnation et sur le traitement qu’il subit, et veiller à ce qu’il ait accès à un avocat indépendant.
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