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Arabie saoudite : Condamné à mort pour un post Facebook

Les autorités saoudiennes devraient annuler la sentence prononcée contre un travailleur migrant sri-lankais, et le libérer

Anojan Sivarasa. © Privé

(Beyrouth) – Un tribunal saoudien acondamné à mort un travailleur migrant sri-lankais pour un commentaire publié sur Facebook et jugé blasphématoire, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités saoudiennes devraient annuler ce jugement et le libérer immédiatement.

La Cour d’appel saoudienne de la Province de l’Est a prononcé la peine de mort à l’encontre d’Anojan Sivarasa, 24 ans, le 17 septembre 2026, à l’issue de deux audiences. Un premier jugement l’avait précédemment condamné à cinq ans de prison.

« Condamner à mort un travailleur migrant pour un commentaire publié sur Facebook, et pour lequel il s’est déjà excusé publiquement, constitue une réaction excessive et aberrante de la part des autorités saoudiennes, dans un contexte de recrudescence des exécutions », a déclaré Joey Shea, chercheuse senior sur l’Arabie saoudite à Human Rights Watch. « Personne ne devrait être condamné à mort pour un commentaire sur une religion. »

Le 28 juin, Anojan Sivarasa a répondu à une vidéo diffusée sur Facebook par un commentaire en tamoul, qui a été jugé offensant envers le prophète Mahomet par certains internautes. Ce commentaire a rapidement attiré l’attention, et une capture d’écran aurait été transmise aux autorités saoudiennes ainsi qu’à l’employeur d’Anojan Sivarasa, a indiqué un membre de sa famille à Human Rights Watch. Anojan Sivarasa a supprimé le commentaire, et a publié une vidéo présentant ses excuses sur son compte Facebook. Son employeur l’a retenu dans ses locaux pendant au moins 24 heures, puis l’a conduit au commissariat de Dammam (Province de l’Est), où il a été arrêté le 1er juillet, a précisé ce membre de la famille. 

Anojan Sivarasa travaillait dans le bâtiment et était arrivé en Arabie saoudite à peine dix mois auparavant. Il soutient financièrement sa famille au Sri Lanka, a précisé son proche.

Le parquet d’Al-Ahsa a inculpé Anojan Sivarasa d’« insultes verbales et d’offenses à l’encontre de notre prophète Mahomet » et de « production et diffusion, via les réseaux d’information, de contenus portant atteinte aux valeurs religieuses et à la morale publique, en publiant un commentaire sur un réseau social contenant des propos contraires aux valeurs religieuses et à la morale publique », selon des documents judiciaires obtenus par Human Rights Watch.

Le 27 juillet, le tribunal pénal d’Al-Ahsa a rendu un jugement condamnant Anojan Sivarasa en vertu de l’article 6 de la loi contre la cybercriminalité et l’a condamné à cinq ans de prison et à une amende de 3 millions de riyals saoudiens (environ 800 000 dollars US), selon les documents judiciaires. Le tribunal a également ordonné la confiscation de son ordinateur et la fermeture de son compte Facebook. 

Le parquet d’Al-Ahsa a interjeté appel du jugement initial. L’avocat d’Anojan Sivarasa a également fait appel du jugement et de la peine initialement prononcés. 

Le 17 septembre, Anojan Sivarasa a informé sa famille qu’il avait été condamné à mort, a déclaré un membre de sa famille. Les documents judiciaires examinés par Human Rights Watch montrent que la Cour d’appel de la Province de l’Est l’a reconnu coupable d’avoir insulté verbalement le prophète Mahomet dans une publication sur les réseaux sociaux, et l’a condamné à mort. 

« Nous ne nous attendions pas du tout à cette situation », a déclaré le proche d’Anojan Sivarasa. « Notre maison est en deuil. La famille est sous le choc et peine encore à s’en remettre. »

Le 5 octobre, un autre détenu a attaqué Anojan Sivarasa en prison, avec une petite arme, le blessant à la tête et au visage, a ajouté son proche. Il a reçu des soins médicaux et a été transféré dans une autre cellule. 

L’Arabie saoudite a exécuté plus de 2 000 personnes au cours de la dernière décennie, en violation, dans de nombreux cas, du droit saoudien et du droit international. Les autorités ont exécuté au moins 356 personnes en 2025, ce qui constituait un triste record annuel depuis le début du recensement de statistiques à cet égard dans ce pays.

Le droit international relatif aux droits humains, y compris la Charte arabe des droits de l’homme que l’Arabie saoudite a ratifiée, oblige les pays qui recourent à la peine de mort à ne l’appliquer que pour les « crimes les plus graves », et dans des circonstances exceptionnelles. Human Rights Watch s’oppose à la peine de mort en toutes circonstances, en raison de sa cruauté inhérente. 

« L’Arabie saoudite devrait immédiatement annuler la condamnation à mort d’Anojan Sivarasa, et et libérer », a conclu Joey Shea. « Les autorités saoudiennes devraient cesser de recourir à des lois abusives pour prononcer des peines exceptionnellement dures pour des délits d’expression, en particulier à l’encontre des travailleurs migrants qui se trouvent déjà dans une situation vulnérable et ne bénéficient que de protections limitées. »

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