- Le gouvernement ouzbek viole les droits humains et les droits du travail de cultivateurs de coton et de blé par le biais d'un système de production étatique coercitif, qui prévoit notamment des sanctions telles que la confiscation des terres en cas de non-respect des quotas.
- Bien que le gouvernement ait mis fin au travail forcé imposé par l'État aux cueilleurs de coton pendant la récolte et se soit engagé à mener des réformes plus larges, l’actuel système de culture et de production agricoles en Ouzbékistan continue de créer un risque de travail forcé pour les producteurs de coton et de blé.
- Le gouvernement devrait veiller au respect des lois et décrets récents qui offrent aux agriculteurs une meilleure protection de leurs droits, mettre fin au système de quotas et inviter les agriculteurs à participer aux discussions politiques sur les réformes agricoles.
(Berlin, 17 février 2026) – Le gouvernement ouzbek viole le droit du travail ainsi que d’autres droits de cultivateurs de coton et de blé par le biais d'un système de production étatique coercitif, ont conjointement déclaré Human Rights Watch et le Forum ouzbek pour les droits humains dans un rapport publié aujourd'hui. Ces abus persistent malgré de récentes réformes dans le domaine agricole.
Le rapport de 85 pages, intitulé « Farmers Have no Freedom: Abuse and Exploitation of Cotton and Wheat Farmers in Uzbekistan » (« Des agriculteurs privés de liberté : Les producteurs de coton et de blé soumis à l’exploitation et aux abus en Ouzbékistan »), documente les conditions abusives dans lesquelles travaillent ces agriculteurs, notamment les quotas obligatoires pour les récoltes sur les terres qu'ils louent au gouvernement, qui doivent être vendues à des prix fixés de manière centralisée, et qui sont appliqués par le biais de sanctions en cas de non-respect des quotas, même si les rendements exigés ne sont pas réalisables. Les autorités recourent à des menaces et à la violence contre les agriculteurs qui ne respectent pas les quotas, et les sanctions peuvent aller jusqu'à la saisie des terres. Les agriculteurs sont confrontés à des retards de paiement ou à des impayés de la part des entreprises textiles et céréalières, tandis que les autorités ne font pas respecter les décisions de justice obligeant ces entreprises à payer.
« Le gouvernement ouzbek devrait mettre fin aux conditions coercitives et abusives imposées aux cultivateurs de coton et du blé qui travaillent dans de dures conditions », a déclaré Umida Niyazova, directrice du Forum ouzbek pour les droits humains (Uzbek Forum for Human Rights). « Les autorités devraient s'engager à mener des réformes agricoles qui offrent une protection réelle à ces agriculteurs, en tenant compte de leurs conseils quant aux changements nécessaires. »
Les chercheuses des deux organisations ont mené des entretiens avec 75 agriculteurs et experts dans cinq régions d'Ouzbékistan. Elles ont également examiné des documents judiciaires, des textes législatifs et d'autres documents officiels, des articles dans les médias et des publications sur les réseaux sociaux, ainsi que des déclarations de responsables gouvernementaux entre octobre 2023 et décembre 2025.
Ces dernières années, le gouvernement ouzbek a mis fin au travail forcé imposé par l'État aux cueilleurs de coton pendant la récolte et s'est engagé à entreprendre des réformes plus larges du secteur agricole. Bien que des améliorations notables aient été observées, le système actuel de culture et de production agricoles en Ouzbékistan continue de présenter un risque de travail forcé.
Le système agricole ouzbek empêche les producteurs de coton et de blé d'exercer leur activité de manière indépendante ou de contrôler leurs conditions de travail, et les rend dans la pratique subordonnés à l'État, ont constaté les deux organisations.
« C'est comme si nous étions devenus des ouvriers agricoles pour quelqu'un d'autre, et non plus des propriétaires terriens », a déclaré un producteur de coton de la région de Khorezm.
Human Rights Watch et Uzbek Forum for Human Rights ont également constaté que les contrats de location de terres agricoles ne protègent pas les agriculteurs contre les saisies illégales et arbitraires de terres par les autorités locales, et que ces dernières menacent régulièrement de saisir les terres si les agriculteurs n'ont pas rempli leurs quotas.
Les agriculteurs qui ont intenté des poursuites judiciaires pour contester la saisie de leurs terres par le gouvernement obtiennent rarement réparation devant les tribunaux ouzbeks et, dans les rares cas où ils y parviennent, les autorités locales ne font pas appliquer les décisions de restitution des terres aux agriculteurs.
« Le juge fait ce que dit le gouverneur », a déclaré un agriculteur dont les terres ont été saisies. « Le tribunal ne peut pas nous aider quand il s’agit de questions foncières. »
Des agriculteurs ont également déclaré que les entreprises privées de production de coton et de blé ont retardé le paiement du coton brut et du blé ou n'ont pas payé intégralement les agriculteurs pour leurs produits, ce qui leur a valu des amendes fiscales. Dans certains cas, les retards ou les défauts de paiement les ont mis dans une situation financière désastreuse et peuvent les contraindre à déclarer faillite. Dans certains cas, les autorités n'ont pas fait respecter les contrats ou n'ont pas exigé des entreprises qu'elles paient les agriculteurs, même lorsque les tribunaux leur ont ordonné de le faire.
Un environnement hostile et déshumanisant persiste dans le secteur agricole ouzbek. Les agriculteurs ont déclaré avoir été giflés ou battus, ou s'être fait jeter des objets lors de réunions avec des responsables locaux. Les responsables ont qualifié les agriculteurs d'« ânes », de « salauds » ou de « porcs », simplement parce qu'ils n'avaient pas encore rempli leur quota de coton ou de blé. Dans un nombre limité de cas plus extrêmes, la police a arbitrairement détenu des agriculteurs pendant plusieurs jours sans inculpation pour ne pas avoir rempli leurs quotas.
Human Rights Watch et Uzbek Forum for Human Rights ont également documenté de nombreux cas dans lesquels la police a menacé ou arrêté des blogueurs locaux qui rendaient compte des problèmes liés aux droits des agriculteurs, les tribunaux leur infligeant ensuite des peines d'emprisonnement de courte durée.
Dans sa correspondance avec les deux organisations, le gouvernement ouzbek a largement rejeté ces conclusions, soulignant les changements législatifs et les nouveaux décrets qui, sur le papier, offrent une meilleure protection juridique des droits des agriculteurs.
Les agriculteurs ouzbeks ont droit à des conditions de travail justes et favorables et à la liberté d'association, entre autres, qui sont garanties par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, tous deux ratifiés par l'Ouzbékistan en 1995, ainsi que par la Convention internationale du travail n° 87, ratifiée par l'Ouzbékistan en décembre 2016.
Le gouvernement ouzbek devrait veiller au respect des lois et décrets récents qui offrent aux agriculteurs une meilleure protection de leurs droits, ont déclaré les deux organisations. Le gouvernement devrait veiller à ce que les réformes remédient véritablement aux conditions de travail hautement abusives et exploitantes dans lesquelles sont contraints de travailler les producteurs de coton et de blé en Ouzbékistan, notamment en mettant fin au système de quotas.
Le gouvernement ouzbek devrait inviter les agriculteurs à participer aux discussions politiques sur les réformes agricoles et tenir compte sérieusement de leurs commentaires et recommandations, ont ajouté Human Rights Watch et Uzbek Forum for Human Rights.
Les partenaires internationaux de l'Ouzbékistan et les institutions financières internationales travaillant dans ce pays devraient exhorter le gouvernement à mettre fin à l'ingérence arbitraire et coercitive de l'État dans le secteur du coton et du blé. L'Union européenne, en particulier, devrait insister pour que l'Ouzbékistan respecte ses engagements découlant du nouvel accord de partenariat bilatéral signé en 2025 et de l'accès préférentiel au marché qu'elle accorde à l'Ouzbékistan, sous réserve de la mise en œuvre des conventions internationales fondamentales en matière de droits humains et de droits du travail.
« Il est choquant que les producteurs de coton et de blé ouzbeks travaillent dans des conditions de production aussi abusives et coercitives », a déclaré Mihra Rittmann, chercheuse senior sur l'Asie centrale à Human Rights Watch. « Les partenaires de l'Ouzbékistan, les institutions financières internationales et les investisseurs potentiels dans le secteur agricole ouzbek devraient user de leur influence pour garantir que le gouvernement ouzbek mette en œuvre des réformes qui protègent véritablement les agriculteurs et leurs droits. »
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