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La pandémie de Covid-19 contribue au travail des enfants

Des enfants au Ghana, au Népal et en Ouganda ont évoqué des horaires épuisants et de bas salaires

  • L’impact économique sans précédent de la pandémie de Covid-19 pousse à l’exploitation de nombreux enfants, contraints de travailler dans des conditions parfois dangereuses.
  • De nombreux enfants estiment ne pas avoir d’autre choix que de travailler pour aider leur famille à survivre, mais cette tendance n’est pas une conséquence inévitable de la pandémie.
  • Les gouvernements et les bailleurs de fonds devraient donner la priorité à des versements en espèces aux familles démunies, pour leur permettre de maintenir un niveau de vie adéquat sans avoir à recourir au travail des enfants.

(New York) – L’impact économique sans précédent de la pandémie de Covid-19, associé aux fermetures d’écoles et à une assistance gouvernementale insuffisante, pousse des enfants à travailler dans des conditions abusives et dangereuses, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport rendu public aujourd’hui. À l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, qui sera célébrée le 12 juin, les gouvernements et les donateurs devraient accorder la priorité aux allocations en espèces aux familles démunies. Ceci permettrait à ces familles de maintenir un niveau de vie suffisant sans devoir recourir au travail des enfants, dont les droits fondamentaux seraient ainsi mieux protégés.

Le rapport de 69 pages, intitulé « “I Must Work to Eat”: Covid-19, Poverty, and Child labor in Ghana, Nepal, and Uganda » (« “Je dois travailler pour manger”  : Covid-19, pauvreté et travail des enfants au Ghana, au Népal et en Ouganda »), a été publié conjointement avec l’Initiative pour les droits sociaux et économiques (ISER) en Ouganda et Friends of the Nation au Ghana. Les trois organisations ont examiné la tendance à la hausse du travail des enfants et de la pauvreté pendant la pandémie de Covid-19, et l’impact de celle-ci sur les droits des enfants. De nombreux enfants ont rapporté qu’ils devaient travailler pendant de longues heures, de façon exténuante et pour un bas salaire, après que leurs parents ont perdu leur emploi ou leur revenu à cause de la pandémie de Covid-19 et des mesures de confinement liées à celle-ci. Beaucoup d’enfants ont fait état de conditions de travail dangereuses ; certains ont évoqué des d’actes de violence et de harcèlement, et des cas de salaires impayés.

« De nombreux enfants estiment qu’ils n’ont pas d’autre choix que de travailler pour aider leurs familles à survivre, mais le recours accru au travail des enfants n’est pas une conséquence inévitable de la pandémie », a déclaré Jo Becker, directrice du plaidoyer auprès de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « Les gouvernements et les donateurs devraient augmenter les allocations en espèces pour les familles afin d’éviter que les enfants ne soient exploités et contraints d’effectuer un travail dangereux, et afin de protéger leur droit à l’éducation et à un niveau de vie suffisant. »

Les chercheurs ont interrogé 81 enfants qui travaillent, certains âgés de 8 ans, au Ghana, au Népal et en Ouganda, dans des briqueteries, des usines de tapis, des mines d’or, des carrières, des pêcheries et dans l’agriculture. Certains sont mécaniciens, conducteurs de pousse-pousse ou ouvriers en construction, tandis que d’autres vendent des articles dans la rue.

D’après la grande majorité des enfants interrogés, la pandémie et les confinements qu’elle a entraînés ont eu des effets néfastes sur leurs revenus familiaux. Leurs parents ont perdu leur emploi après la fermeture d’entreprises, lorsqu’ils n’ont pu se rendre sur les marchés en raison de restrictions aux déplacements ou perdu leurs clients à cause d’une baisse de l’activité économique. De nombreux enfants sont alors entrés sur le marché du travail pour aider à subvenir aux besoins de leur famille, certains parce que la nourriture était insuffisante au domicile. Parmi eux, il y a qui ont continué à travailler même après l’amélioration de la situation.

« J’ai commencé à travailler parce que nous étions si mal lotis », a déclaré à l’ISER une jeune Ougandaise âgée de 13 ans. « À la maison, la faim se faisait trop ressentir pour que nous puissions rester assis à attendre. »

Certains enfants ont signalé des conditions de travail clairement dangereuses. En Ouganda et au Ghana, des mineurs ont dit avoir transporté de lourds sacs de minerai dans des gisements aurifères, brisé le minerai à coups de marteau, respiré poussière et fumée des machines, et manipulé du mercure toxique pour extraire l’or. Dans des carrières, des enfants ont été blessés par des éclats de pierre, y compris des particules ayant pénétré leurs yeux. Ils ont montré aux chercheurs des coupures causées par leurs outils en forme de machette, dont ils se servaient pour nettoyer les champs, ou par les tiges de canne à sucre, dont la partie extérieure est tranchante. D’autres se sont plaints de porter de lourdes charges.

Dans chacun des trois pays, plus d’un tiers des enfants interrogés travaillaient au moins dix heures par jour, environ sept jours par semaine. Plusieurs jeunes Népalais ont déclaré qu’ils travaillaient 14 heures par jour ou davantage dans des fabriques de tapis.

La plupart étaient très mal payés, voire pas du tout. Plus d’un quart ont déclaré que leur employeur pratiquait la retenue sur salaire ou payait moins que ce qui avait été promis. Au Ghana, un jeune âgé de 12 ans a déclaré qu’il travaillait 11 heures par jour pour transporter du poisson au marché, mais qu’il n’était payé que 2 à 3 cedis par jour (moins d’un demi- dollar par jour). « À plusieurs reprises, j’ai eu très faim », a-t-il confié à Friends of the Nation.

Les fermetures d’écoles ont contribué à la hausse du travail des enfants dans le monde. La plupart de ceux qui ont été interrogés avaient un accès limité ou inexistant à l’enseignement à distance. Certains ont perdu leur accès aux repas scolaires gratuits, d’autres abandonné définitivement l’école, et il y en a qui ont continué à travailler même après la réouverture de leurs établissements scolaires.

Un autre facteur important qui contribue au travail des enfants est la maladie, le handicap ou la mort d’un parent. Alors que le bilan mondial des décès dus au Covid-19 a dépassé 3,3 millions, des centaines de milliers d’enfants dans le monde ont perdu leurs parents et pourraient être contraints de devenir le principal salarié de leurs familles.

Avant la pandémie, les pays avaient fait des progrès remarquables dans la réduction du travail des enfants. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), le nombre de ceux qui étaient astreints au travail forcé a diminué d’environ 94 millions entre 2000 et 2016, soit une baisse de 38 %. Dans de nombreux pays ayant réussi à réduire le travail des enfants, les gouvernements ont fourni des allocations en espèces pour aider les familles et alléger la pression exercée sur les enfants pour qu’ils travaillent. Cependant, 1,3 milliard d’enfants – la plupart se trouvant en Afrique et en Asie – ne sont pas concernés par les programmes d’allocations en espèces.

Une fillette népalaise assise devant un étalage de légumes et de fruits disponibles à la vente et posés par terre sur deux sacs d’emballage, dans une rue de Katmandou, au Népal, le 12 juin 2020. Derrière elle, le magasin était fermé en raison de la pandémie de Covid-19. © 2020 Sunil Sharma/ZUMA Wire/Alamy Live News

Human Rights Watch et ses partenaires ont axé leurs recherches sur le Ghana, le Népal et l’Ouganda parce que ces pays avaient fait des progrès significatifs dans la lutte contre la pauvreté et le travail des enfants et, en tant que pays « pionniers », s’étaient engagés à accélérer les efforts en vue d’éradiquer le travail des enfants d’ici à 2025, conformément aux objectifs de développement durable des Nations Unies. Cependant, ils ont tous accusé du retard par rapport à leurs pairs régionaux dans le recours aux allocations en espèces pour faire face à la pandémie de Covid-19.

En réponse à cette crise, la grande majorité des pays ont fourni des secours d’urgence, notamment une aide en espèces aux familles, mais elle a souvent été insuffisante. La plupart des programmes d’aide en espèces étaient à court terme ou consistaient en un seul versement.

« Pour de nombreuses familles avec enfants, l’aide gouvernementale en réponse à la pandémie a été bien trop insuffisante pour protéger leurs enfants de travaux dangereux et abusifs », a conclu Jo Becker. « Alors que des millions de familles endurent des difficultés financières à cause de la pandémie, les allocations en espèces sont plus importantes que jamais pour protéger les droits des enfants. »

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