Le président chinois Xi Jinping prononce un discours au Grand Palais du Peuple à Pekin, le 18 décembre 2018.

© 2018 Andrea Verdelli/Getty Images
(New York) – Le gouvernement de la Chine a resserré sa mainmise sur tous les aspects de la société chinoise en 2018, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2019. [Le régime abusif du président Xi Jinping s’est approfondi, ] OR Les abus commis sous la présidence de Xi Jinping se sont aggravés, comme en témoigne l’amendement constitutionnel supprimant la limite au nombre de mandats présidentiels et l’oppression des musulmans turcophones au Xinjiang.

« La Chine du président Xi a représenté une menace pour les droits humains, à l’intérieur de ses frontières comme à l’étranger », a déclaré Sophie Richardson, directrice de Human Rights Watch pour la Chine. « Les États et les institutions internationales devront résister aux politiques répressives d’une superpuissance en pleine ascension ».

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Dans la 29e édition de son Rapport mondial annuel (version intégrale en anglais 674 pages  – version abrégée en français 233 pages), Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 100 pays au cours de l’année 2018. Kenneth Roth, le directeur exécutif, affirme dans son essai introductif que les populistes qui répandent la haine et l'intolérance dans de nombreux pays sont confrontés à une résistance croissante. De nouvelles alliances de gouvernements respectueux des droits, souvent inspirées et rejointes par des organisations de la société civile et par le public, sont en train d’accroître le prix à payer pour les abus commis par des dirigeants autocratiques. Les succès de leurs démarches illustrent la possibilité de défendre les droits humains - voire la responsabilité de le faire – y compris aux heures les plus sombres.

Le gouvernement chinois a renforcé de manière spectaculaire sa répression contre les 13 millions de musulmans turcophones du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine. Les autorités ont procédé à des détentions arbitraires massives, commis des actes de torture et leur ont fait subir des mauvais traitements. Environ 1 million de musulmans turcophones sont détenus pour des périodes indéfinies dans des camps « d’éducation politique », où ils sont contraints d’apprendre le chinois mandarin et de faire l’éloge du gouvernement et du parti. En dehors de ces centres de détention, les autorités imposent des restrictions sévères à leur liberté de mouvement, pratiquent l’endoctrinement politique des personnes et ont mobilisé plus d’un million d’agents qui surveillent les habitants en se rendant régulièrement chez eux.

En 2018, les autorités ont continué à engager des poursuites politiquement motivées contre plusieurs avocats des droits humains. L’avocat Wang Quanzhang est détenu pour « subversion du pouvoir de l’État » depuis août 2015 dans le cadre d’une vague nationale de répression dirigée contre plusieurs avocats qui défendent les droits humains. En juillet, un tribunal a condamné Qin Yongmin, un vétéran de la lutte pour la démocratie, à 13 ans de prison pour « subversion de l’État ». Huang Qi, un autre vétéran activiste est accusé de « divulgation de secrets d’État » et détenu depuis novembre 2016. Il souffre de graves problèmes de santé pour lesquels il n’a pas reçu de traitement médical adéquat.

Les autorités ont également intensifié leurs attaques contre la liberté d’expression, en arrêtant des journalistes qui couvraient des questions relatives aux droits humains, en resserrant leur emprise idéologique sur les universités et en élargissant le régime de censure sur Internet afin de supprimer les informations politiquement sensibles et les contenus jugés « vulgaires ». Alors que le mouvement #MeToo prenait de l’ampleur en Chine en 2018, les censeurs ont supprimé des messages postés sur les réseaux sociaux qui exposaient des cas de harcèlement sexuel impliquant des personnalités de haut rang. En août, les médias ont annoncé que Google avait développé un moteur de recherche censuré destiné au marché chinois.

Les autorités centrales et le gouvernement de Hong Kong ont cherché à limiter les droits des personnes sur le territoire. Le gouvernement a empêché d’autres personnalités pro-démocratie de briguer des sièges au Legco, le Conseil législatif de Hong Kong. En septembre, dans le cadre d’une initiative sans précédent, il a interdit le Parti national de Hong Kong, un parti pro-indépendance non-violent, affirmant que l’attitude politique de ce parti constituait «une menace réelle pour la sécurité nationale ». En octobre, les autorités ont rejeté sans explication la demande de renouvellement de visa de travail d’un journaliste du Financial Times qui avait animé un débat avec un activiste pro-indépendance.

La Chine est une puissance en plein essor au niveau mondial. Elle fait de ce pays un exportateur des violations des droits humains, notamment aux Nations Unies où elle a cherché en 2018 à bloquer la participation de ses détracteurs. En mars, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (CDH) a adopté une résolution proposée par la Chine mettant l’accent sur la vision chinoise d’une « coopération gagnant-gagnant » qui omet toute mention des responsabilités de chacun pour les violations des droits. L’initiative de développement « Nouvelle route de la soie » (aussi dénommée « Une ceinture, une route ») de la Chine s’est poursuivie sans garantie ni respect des droits humains dans de nombreux pays participants. Les grandes entreprises de technologie chinoises, notamment Huawei, iFlytek et ZTE, qui entretiennent des relations étroites avec le gouvernement et contribuent aux efforts de surveillance policière de masse, ont tenté de se développer à l’étranger en 2018.

L’une des seules concessions faites à la défense des droits humains en 2018 par les autorités chinoises a été d’autoriser l’artiste Liu Xia, veuve du lauréat du prix Nobel de la paix 2010 Liu Xiaobo, à se rendre en Allemagne en juillet après huit années d’assignation à résidence exécutée sans base légale.

« Plus que jamais, la protection des droits humains en Chine et en dehors de ce pays exige que les gouvernements et les institutions travaillent de concert pour mettre fin aux violations du Président Xi », a déclaré Sophie Richardson. « Personne ne devrait autoriser la Chine à continuer à perpétrer ses violations généralisées ».

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