Le Président Xi Jinping, né en 1953, a annoncé son intention de gouverner indéfiniment suite à la modification de la Constitution par le Parlement chinois en mars 2018 qui supprime la limite fixée au nombre de mandats présidentiels. Cette mesure était aussi emblématique de la répression croissante qui a cours sous le mandat du président Xi.

Le Parti communiste chinois (PCC) a également renforcé son pouvoir sur la bureaucratie gouvernementale lors d’une refonte majeure de la structure du gouvernement central en mars. Le parti supervise un nouvel organe gouvernemental doté de pouvoir importants, la Commission de surveillance nationale qui, dans le cadre d’un système appelé « liuzhi », peut détenir au secret sans procédure équitable et pour une période maximale de six mois toute personne exerçant l’autorité publique.

En octobre, Meng Hongwei, alors président d’Interpol, l’organisation internationale de coopération policière et vice-ministre de la Sécurité publique de Chine, a disparu à son retour en Chine. Il serait actuellement détenu dans le cadre du système «liuzhi ». Le PCC a également englobé plusieurs organes d’État chargés des affaires religieuses, ethniques et chinoises de l’étranger sous l’égide d’une agence du parti, le Département du Front uni du travail.

Les autorités ont encore intensifié la répression et les exactions systématiques contre les 13 millions de Musulmans turcophones, les Ouïghours et les Kazakhs notamment, qui vivent dans la région du Xinjiang au nord-ouest de la Chine. Les autorités ont procédé à des détentions arbitraires massives, commis des actes de torture et fait subir des mauvais traitements dans différents lieux de détention à l’encontre de certains d’entre eux, imposant des contrôles de plus en plus stricts sur leur vie quotidienne. De nouvelles réglementations mises en place au Tibet criminalisent même désormais les formes traditionnelles d’action sociale, notamment de médiation communautaire pratiquées par des personnalités religieuses. À Hong Kong, région à laquelle on promettait « un niveau élevé d’autonomie » dans la Déclaration conjointe sino-britannique, les gouvernements chinois et de Hong Kong ont, en 2018, multiplié leurs efforts pour miner le droit de la population à la liberté de parole et à la participation politique.

Les défenseurs des droits humains continuent d’endurer détentions arbitraires, peines de prison et disparitions forcées. Le gouvernement exerce un contrôle strict sur Internet, les médias et le monde universitaire et les autorités ont intensifié leurs persécutions à l’égard des communautés religieuses, en interdisant notamment l’islam au Xinjiang, en réprimant les chrétiens dans la province du Henan et en renforçant les contrôles sur les Musulmans hui de Ningxia.

De plus en plus, les autorités déploient des systèmes de surveillance de masse pour renforcer leur contrôle sur la société. En 2018, le gouvernement a continué sa collecte à grande échelle de données biométriques, notamment des échantillons d’ADN et de voix ; il a utilisé ces données biométriques à des fins de surveillance automatisée ; développé un régime national de sanctions et de récompenses connu sous le nom de « système de crédit social » ; et mis au point puis appliqué des programmes de maintien de l’ordre qui s’appuient sur les « mégadonnées » (« big data » en anglais) et visent à empêcher la contestation. Tous ces systèmes sont déployés sans véritable protection de la vie privée, en droit ou en pratique : souvent, les gens ne savent pas que leurs données sont collectées, ni comment elles sont utilisées ou stockées.

En 2018, encouragées par le mouvement mondial #MeToo, plusieurs femmes chinoises ont dénoncé des personnes qui, selon elles, les auraient sexuellement agressées. La censure du gouvernement a atténué l’indignation du public qui en a résulté.

L’une des seules concessions faites à la défense des droits humains cette année par les autorités chinoises a été d’autoriser l’artiste Liu Xia, veuve du lauréat du prix Nobel de la paix 2010 Liu Xiaobo, à se rendre en Allemagne en juillet après huit années d’assignation à résidence exécutée sans base légale. Cependant, la décision des autorités d’interdire aux membres de la famille de Liu Xia de partir avec elle souligne à quel point Pékin souhaite punir la dissidence et limiter la liberté d’expression au niveau mondial.

La Chine est une puissance en plein essor au niveau mondial. Elle fait de ce pays un exportateur des violations des droits humains, notamment aux Nations Unies où elle a cherché en 2018 à bloquer la participation de ses détracteurs. Une nouvelle classée parmi les pays qui pratiquent les représailles contre les défenseurs des droits humains la Chine a, en mars, présenté avec succès une résolution au Conseil des droits de l’homme sur une approche rétrograde qu’elle décrit comme une coopération « gagnant-gagnant » ou « mutuellement bénéfique ». Selon cette approche, les États ne recherchent plus les responsabilités de chacun pour des violations graves des droits humains, mais se contentent de « dialoguer » ; de plus, la société civile indépendante ne joue plus aucun rôle, seuls les gouvernements sont impliqués, et l’ONU elle-même ne joue qu’un rôle restreint.

Peu de gouvernements ont dénoncé avec force ces développements, même parmi ceux qui sont confrontés au harcèlement par le gouvernement chinois de personnes à l’intérieur de leurs frontières, ou encore aux pressions exercées sur les sociétés étrangères pour qu’elles soutiennent publiquement les positions du gouvernement chinois.

Défenseurs des droits humains

Le cas de Wang Quanzhang, avocat spécialisé dans la défense des droits humains, est emblématique de la dureté des autorités envers les défenseurs des droits humains et du courage de ces activistes. La police de Pékin a arrêté Wang en août 2015, lors d’une vague nationale de répression dirigée contre plusieurs avocats et activistes qui défendent les droits humains ; pendant sa détention, Wang aurait été torturé par électrochocs et forcé à prendre des médicaments. En juillet, Wang a finalement été autorisé à voir son avocat pour la première fois. Il est accusé de « subversion de l’État » et risque la prison à vie en cas de condamnation. Durant la détention de Wang, Li Wenzu, son épouse, ainsi que les familles d’autres avocats et activistes arrêtés pendant cette vague de répression, ont fait campagne sans relâche pour sa libération, et ce en dépit des intimidations et harcèlements incessants dont ils ont fait l’objet.

Les autorités ont continué à engager des poursuites politiquement motivées et à radier du barreau plusieurs avocats des droits humains. En janvier, la police a arrêté Yu Wensheng, un autre avocat accusé « d’incitation à la subversion de l’État » et « d’entrave à la fonction publique ». Les autorités judiciaires ont révoqué ou suspendu les agréments de plus d’une dizaine d’avocats des droits humains, et même ceux qui n’ont pas perdu leur autorisation d’exercer ne réussissent pas à trouver du travail en raison des pressions exercées par la police sur les employeurs.

En 2018, les tribunaux ont, au terme d’un long simulacre de poursuites, infligé de lourdes peines de prison à plusieurs personnalités importantes pour leur activisme en faveur des droits humains. En juillet, un tribunal de Wuhan a condamné Qin Yongmin, un vétéran de la lutte pour la démocratie, à 13 ans de prison pour « subversion de l’État ». A 64 ans, Qin a déjà passé 22 ans de sa vie en prison ou dans des camps de « rééducation par le travail ».

Toujours en juillet, un tribunal de Chongqing a condamné le caricaturiste politique Jiang Yefei à six ans et demi de prison pour « subversion de l’État » et « franchissement illégal d’une frontière nationale ». En 2015, les autorités thaïlandaises ont rapatrié de force Jiang et l’activiste des droits humains Dong Guangping en Chine, alors même que les deux hommes avaient obtenu le statut de réfugié auprès du HCR. Dong, qui a été jugé aux côtés de Jiang, a été condamné à une peine de trois ans et demi de prison pour incitation à la subversion et franchissement illégal d’une frontière.

D’autres défenseurs des droits continuent à faire l’objet de périodes de détention prolongées sans procès ni verdict. Liu Feiyue, le fondateur du site de presse Human Rights News, Civil Rights et Livelihood Watch, a été arrêté en novembre 2016 et inculpé pour incitation à la subversion de l’État. Il a été jugé en août 2018 mais n’avait pas encore été condamné au moment de la rédaction de ce rapport. Tianwang Huang Qi, un autre vétéran activiste, fondateur du site Internet sur les droits humains « 64 » est détenu depuis novembre 2016 mais n’a pas encore été jugé. Huang souffre de problèmes de santé, notamment d’une possible insuffisance rénale et d’une inflammation des poumons, pour lesquels il n’a pas reçu de traitement médical adéquat.

D’autres défenseurs des droits humains ont été arrêtés en 2018. En juillet, les autorités ont arrêté Dong Yaoqiong pour avoir versé de l’encre sur une affiche du président Xi à Shanghai. Elle a ensuite été détenue dans un hôpital psychiatrique par la police, qui a empêché son père de lui rendre visite. En août, la police du Guangxi a arrêté Zhou Yongjun, un activiste et ancien leader des manifestations de la place Tiananmen pour avoir été en possession de documents liés au Falun Gong, un groupe religieux interdit en Chine. Toujours en août, la police de Shenzhen a arrêté des dizaines d’activistes syndicaux et étudiants suite à un rassemblement en soutien à des travailleurs d’usine de l’entreprise de fabrication de machines à souder Jasic International, qui avaient été licenciés pour avoir tenté de former un syndicat. Certains ont été relâchés par la suite, mais 14 d’entre eux étaient toujours en détention ou en résidence surveillée au moment de la rédaction du présent rapport.

Les autorités ont aussi tenté de faire taire les défenseurs chinois des droits humains à l’étranger en harcelant et en arrêtant les membres de leurs familles en Chine. En janvier 2018, les autorités de Guangzhou ont fait disparaître de force Li Huaiping, épouse de Chen Xiaoping, un journaliste américain basé aux États-Unis qui travaille pour le groupe en langue chinoise Mirror Media. Cette disparition est survenue peu après l’interview de Chen avec Guo Wengui, un milliardaire chinois en fuite qui a révélé la corruption qui sévit au sein de l’élite dirigeante chinoise. Les autorités n’ont eu de cesse de harceler les membres de la famille en Chine de l’activiste canadienne des droits humains Anastasia Lin, en leur interdisant de voyager à l’étranger et en les menaçant de les persécuter « comme pendant la Révolution culturelle ».

En 2018, les autorités ont continué de surveiller, détenir, torturer, soumettre à des mauvais traitements ou interdire à divers activistes et avocats de voyager pour les efforts qu’ils ont fait en vue d’engager un dialogue avec les Nations Unies. L’utilisation de traités relatifs aux droits de l’homme à des fins de plaidoyer a été citée dans l’acte d’accusation prononcé contre l’activiste Qin Yongmin, qui a été condamné à 13 ans de prison.

Liberté d’expression

Les autorités chinoises continuent de harceler et de détenir des journalistes qui couvrent les questions relatives aux droits humains, ainsi que leurs interlocuteurs. En mai, la police de Pékin a agressé physiquement et brièvement détenu un caméraman de la chaîne de télévision Now TV, basée à Hong Kong, qui rendait compte de l’audience au tribunal d’un avocat spécialisé dans la défense des droits humains. En juillet, la police du Hunan a arrêté le blogueur indépendant Chen Jieren pour des articles qu’il avait écrits, dénonçant la corruption de plusieurs responsables du parti au niveau provincial ; les médias officiels ont plusieurs fois attaqué Chen, l’accusant d’être  « nuisible à Internet » et d’avoir « pollué l’espace en ligne ». En août, la police du Shandong a fait irruption dans la maison de Sun Wenguang, un professeur à la retraite, alors qu’il donnait une interview en direct à la chaîne de télévision américaine Voice of America (VOA). Sun a par la suite été placé en résidence surveillée. La police a aussi brièvement arrêté des journalistes de la VOA qui avaient de nouveau tenté d’interviewer Sun.

Les autorités ont élargi le régime de censure sur Internet afin de supprimer les informations sensibles politiquement ainsi que les contenus jugés « vulgaires ». En janvier 2018, la plate-forme de réseau social Weibo a suspendu plusieurs de ses programmes parmi les plus populaires, après que les autorités lui ont ordonné de retirer des informations « erronées » et « vulgaires ». En avril, les régulateurs ont fermé Neihan Duanzi, une application de mème parodique qui compte plus de 38 millions d’utilisateurs mensuels.

En janvier 2018, les autorités chinoises ont fait disparaître de force le ressortissant et libraire suédois Gui Mihai alors qu’il voyageait avec des diplomates suédois. Gui est un éditeur de livres sur les intrigues politiques chinoises. Il avait été emprisonné pendant deux ans, de 2015 à 2017, après avoir été enlevé de Thaïlande.

En août, les médias ont révélé que Google, qui avait suspendu son moteur de recherche en Chine en 2010 en invoquant des problèmes de censure, avait développé un moteur de recherche censuré destiné au marché chinois. L’application serait apparemment en conformité avec les exigences étendues de la Chine en matière de censure, identifiant et filtrant automatiquement les sites bloqués par le Grand Firewall de Chine, le système officiel de filtrage d’Internet utilisé par les autorités chinoises.

Le gouvernement a aussi resserré son emprise idéologique sur les universités. Un certain nombre de professeurs, notamment des étrangers, ont été sanctionnés pour avoir critiqué le gouvernement. En juillet, l’Université de Nottingham Ningbo China a écarté Stephen Morgan de son conseil d’administration pour avoir rédigé un essai publié en ligne qui critiquait le Parti communiste chinois. En août, l’Université de Guizhou a remercié le professeur d’économie Yang Shaozheng, l’accusant d’avoir « diffusé des points de vue politiquement incorrects ». L’Université de Pékin n’a pas renouvelé le contrat du professeur américain Christopher Balding, qui avait lancé une campagne appelant Cambridge University Press à résister à la pression du gouvernement chinois visant à censurer les articles universitaires.

Le gouvernement chinois a également fait pression sur les entreprises étrangères pour qu’elles adhèrent à certaines conditions générales et politiques qui font débat. En janvier, Marriott International, basé aux États-Unis, a présenté ses excuses pour avoir listé sur son site Internet Taiwan et le Tibet comme des pays à part entière. Les autorités avaient fermé le site et l’application de l’entreprise dans toute la Chine pendant une semaine entière. En mars, Marriott a licencié un employé pour avoir « aimé » un tweet pro-tibétain. Après que les autorités chinoises eurent menacé de leur interdire d’exercer leurs activités en Chine, des dizaines de compagnies aériennes internationales ont aussi modifié le contenu de leurs sites Internet pour faire référence à Taiwan comme faisant partie de la Chine.

Liberté de religion

Le gouvernement limite la pratique religieuse à cinq religions officiellement reconnues, dans des locaux officiellement agréés. Les autorités gardent le contrôle sur les nominations, publications, budgets et inscription aux séminaires des membres des différents corps religieux. Le gouvernement désigne les nombreux groupes religieux qui échappent à son contrôle comme des « sectes malfaisantes » et soumet ses membres à des actes de harcèlement policier, de torture, de détention arbitraire et d’emprisonnement.

En février, une réglementation révisée sur les affaires religieuses est entrée en vigueur. Conçues pour « lutter contre l’extrémisme » et « résister à l’infiltration », ces règles interdisent l’enseignement non autorisé de la religion ou les visites à l’étranger pour participer à des formations ou à des réunions.

En mars, un tribunal du Yunnan a condamné le pasteur chrétien John Sanqiang Cao à sept ans de prison pour avoir « aidé d’autres personnes à franchir illégalement la frontière » entre la Chine et le Myanmar. Cao avait participé à des projets éducatifs destinés à des groupes minoritaires démunis du Myanmar.

La répression contre les églises chrétiennes s’est intensifiée dans la province du Henan au cours de l’année 2018. Les autorités ont démoli des dizaines d’églises ou les croix qui les surplombaient, empêché les fidèles de se rassembler dans des églises à domicile et confisqué des bibles et d’autres objets religieux.

En septembre, le Vatican et Pékin ont conclu un accord historique mettant fin à une impasse de plusieurs décennies sur le pouvoir de nommer des évêques en Chine. La Chine compte environ 12 millions de catholiques romains, qui sont divisés entre une communauté clandestine qui jurent fidélité au pape et une association dirigée par le gouvernement et dont les évêques sont nommés par l’État. En vertu de l’accord, Pékin proposera des noms pour les futurs évêques et le pape aura un droit de veto sur les nominations.

En août, dans la région du Ningxia où vit une importante communauté de Musulmans huis, des milliers de Huis se sont rassemblés pour protester contre la démolition de la grande mosquée de la ville de Weizhou. Les autorités de Ningxia auraient aussi ôté des images figuratives islamiques et des signes en langue arabe des rues de la région.

Hong Kong

Les attaques de Pékin contre les libertés à Hong Kong, notamment contre les droits à la liberté d’expression, d’association et de participation politique, se sont considérablement aggravées en 2018.

Le gouvernement de Hong Kong a continué à disqualifier plusieurs candidats pro-démocratie au Conseil législatif de Hong Kong. En janvier et octobre, la Commission des affaires électorales de Hong Kong a disqualifié Agnès Chow, candidate du parti Demosisto, et Lau Siu-lai, candidate du Parti travailliste, en déclarant que leur défense de « l’autodétermination » à Hong Kong était « incompatible » avec la Loi fondamentale.

Les gouvernements de Hong Kong et de Chine ont harcelé plusieurs personnes en raison des discours pacifiques qu’ils ont prononcé en faveur de l’indépendance. En mars, ces autorités ont dénoncé l’intellectuel et activiste pro-démocratie Benny Tai, assimilant ses hypothétiques débats sur la question de l’indépendance de Hong Kong à « une menace pour la sécurité nationale ». En août, des responsables du ministère chinois des Affaires étrangères ont demandé au Club des correspondants étrangers de Hong Kong d’annuler une conversation publique avec Andy Chan, un activiste pro-indépendance. Suite au refus d’obtempérer de cette organisation, les autorités de Hong Kong ont rejeté sans explication la demande de renouvellement de visa de travail de son vice-président.

En août, Demosisto a annoncé que la police avait brièvement arrêté et interrogé deux de ses membres sur le continent, en mars puis en août. Studentlocalism, un groupe pro-indépendance, a déclaré en septembre que la police de Chine continentale avait harcelé les proches de deux de ses membres pour leurs activités politiques à Hong Kong.

En septembre, de nouvelles règles sont entrées en vigueur selon lesquelles la loi de Chine continentale s’applique désormais dans le terminus ferroviaire de West Kowloon à Hong Kong et dans tous les trains qui circulent entre Hong Kong et la Chine continentale, ce qui représente une entorse significative à l’autonomie de Hong Kong envers la Chine.

Dans une initiative sans précédent, le gouvernement de Hong Kong a interdit en septembre un parti politique pro-indépendance, le Parti national de Hong Kong. Les autorités ont déclaré que ce parti « constituait une menace réelle pour la sécurité nationale » et qu’elles devaient prendre des « mesures préventives » à son égard.

Xinjiang

Les autorités chinoises sont hostiles à de nombreuses expressions de l’identité ouïghoure et ont justifié ces dernières années la répression généralisée dirigée contre elle comme faisant partie d’une nécessaire réponse à la menace terroriste.

La « Campagne énergique contre l’extrémisme violent » du gouvernement chinois au Xinjiang a commencé en 2014. Le niveau de la répression a cependant augmenté de manière spectaculaire après que le Secrétaire du Parti communiste Chen Quanguo a été transféré de la région autonome du Tibet pour diriger le Xinjiang fin de 2016.

Depuis cette date, les autorités ont intensifié les détentions arbitraires massives, notamment dans des structures officielles telles que les prisons et centres de détention provisoire, mais aussi dans des camps d ‘« éducation politique », qui n’ont pas d’existence juridique en droit chinois. Des estimations crédibles indiquent qu’un million de personnes sont détenues pour des périodes indéfinies dans ces camps, où les Musulmans turcophones sont contraints d’apprendre le chinois mandarin, de faire l’éloge du gouvernement et du parti et d’abandonner de nombreux aspects de ce qui les distingue en termes identitaires. Ceux qui résistent ou dont on considère qu’ils n’ont rien « appris » sont punis.

En dehors de ces centres de détention, les autorités imposent aux musulmans turcophones du Xinjiang des restrictions extraordinaires à leur vie privée. Les autorités ont retiré les passeports dans toute la région, si bien que pour se déplacer d’une ville à l’autre, les personnes doivent demander la permission et se soumettre à des contrôles réguliers. L’endoctrinement politique est permanent, notamment par le biais de cérémonies de lever de drapeau obligatoires et des réunions politiques ou de dénonciation. Le niveau de contrôle sans précédent exercé sur les pratiques religieuses a permis aux autorités d’interdire de fait la pratique de l’islam dans la région.

Les habitants du Xinjiang font aussi l’objet d’une surveillance généralisée de la part des autorités, qui utilisent des technologies sophistiquées pour leurs systèmes de surveillance de masse, tels que les codes QR, la biométrie, l’intelligence artificielle, les logiciels espions pour téléphones et les mégadonnées. Elles ont aussi mobilisé plus d’un million de fonctionnaires à des fins de surveillance des personnes, notamment en se servant de programmes intrusifs qui permettent à ces fonctionnaires de s’introduire régulièrement chez les gens.

Cette campagne a divisé les foyers. Les membres d’une même famille, dont une partie vivait dans le Xinjiang et l’autre à l’étranger, ont parfois été pris de court par le resserrement des contrôles sur les passeports et sur le franchissement des frontières. Certains enfants qui se trouvaient dans un pays étranger sans leurs parents se sont retrouvés pris au piège. Le gouvernement a interdit aux Musulmans turcophones de contacter des personnes à l’étranger et a fait pression sur certains Ouïghours et Kazakhs de souche vivant à l’extérieur du pays pour qu’ils retournent en Chine, tout en obligeant les autres à fournir des informations personnelles détaillées sur leur vie à l’étranger.

La punition collective endurée par certaines familles a été particulièrement choquante pour cinq journalistes vivant aux États-Unis et travaillant pour Radio Free Asia Uyghur Service. Selon des informations parues dans les médias en février, leurs proches vivant au Xinjiang ont été arrêtés en représailles à leurs activités journalistiques concernant la région.

En novembre, dans le cadre de l’examen périodique universel (« EPU ») du CDH, le bilan de la Chine en matière de droits humain a été examiné. Plus d’une douzaine de pays, principalement occidentaux, ont mis en cause la détention généralisée des Musulmans ouïghours par les autorités chinoises dans le Xinjiang. Certains ont même relayé l’appel du Haut Commissaire demandant que des experts de l’ONU soient autorisés à accéder aux camps. Aucun des membres de l’Organisation de la coopération islamique n’a abordé la question de manière explicite, même si la Turquie s'est dite préoccupée par « l’incarcération de personnes sans base juridique ». Le rapport sur la Chine publié dans le cadre de l’EPU fera l'objet d'un examen pour adoption lors de la prochaine session de la Commission des droits de l’homme en mars 2019.
 

Tibet

Les autorités des régions tibétaines continuent de restreindre sévèrement la liberté religieuse, de parole, de mouvement et de rassemblement, et ne prévoyaient aucun recours s’agissant des préoccupations de la population eu égard à l’exploitation minière et l’appropriation de terres par les autorités locales, qui s’accompagnent souvent d’actes d’intimidation et de violence arbitraire de la part des forces de sécurité. Les autorités ont intensifié la surveillance des communications en ligne et téléphoniques.

Des experts des droits de l’homme des Nations Unies ont clairement conclu que les accusations étaient sans fondement. Néanmoins, en janvier, des tribunaux ont condamné l’ancien prisonnier politique Tsegon Gyal et en mai, le défenseur des droits linguistiques Tashi Wangchuk à respectivement trois et cinq ans de prison.

Plusieurs centaines de Tibétains qui voyageaient avec des passeports chinois en Inde pour y suivre un enseignement dispensé par le Dalaï Lama en janvier 2018 ont été forcés de rentrer chez eux plus tôt que prévu lorsque des responsables des régions tibétaines ont menacé de représailles ceux qui voyageaient à l’étranger ainsi que les membres de leur famille.

Un regain d’éducation politique a été signalé dans les monastères et les écoles, ainsi qu’auprès du grand public. Les autorités tibétaines ont eu recours à une campagne nationale de lutte contre la criminalité pour inciter les gens à dénoncer les membres de leurs communautés au moindre soupçon de sympathie pour le Dalaï Lama en exil ou pour des mouvements d’opposition au gouvernement.

En 2018, plusieurs autres cas d’appropriation de terres ont été signalés par des responsables locaux pour des projets de construction, dans la région autonome du Tibet mais aussi dans d’autres régions du Tibet. Dans le comté de Driru, 30 villageois ont été arrêtés en mai pour avoir prétendument partagé des informations avec les médias internationaux sur l’arrestation d’un chef de village qui avait dirigé l’opposition populaire à un projet minier sur une montagne sacrée.

Les Tibétains continuent de s’immoler par le feu pour protester contre les politiques chinoises à leur encontre ; quatre nouveaux actes de ce type ont eu lieu entre novembre 2017 et le moment de la rédaction de ce rapport.

Droits des femmes et des filles

En 2018, le mouvement #MeToo a pris de l’ampleur en Chine. De nombreux universitaires, journalistes et activistes de premier plan ont été accusés d’agression sexuelle sur les réseaux sociaux. Suite aux accusations de harcèlement sexuel lancées contre un célèbre animateur de la télévision publique et contre un moine bouddhiste de haut rang travaillant dans un temple contrôlé par le gouvernement, les censeurs ont supprimé les messages postés sur les réseaux sociaux concernant ces affaires. En juin, les autorités de l’Université chinoise du Pétrole ont détenu pendant six jours dans une chambre d’hôtel Ren Liping, une étudiante qui accusait un ex-petit ami de l’avoir violée sur le campus, après qu’elle eut protesté contre l’université et la police pour n’avoir pas pris suffisamment au sérieux les accusations qu’elle portait contre son agresseur.

Alors que les femmes en Chine sont peut-être plus disposées à dénoncer le harcèlement sexuel, il est toujours très difficile pour elles d’obtenir réparation. La loi chinoise interdit le harcèlement sexuel, mais l’absence de définition du terme rend presque impossible toute action judiciaire significative.

Les femmes continuent être confrontées à une discrimination généralisée sur le marché du travail. Dans la liste des emplois de la fonction publique nationale de 2018, 19% des postes précisaient qu’un homme était sinon exigé, du moins préféré, contre 13% de l’année précédente. Les géants de la technologie, notamment Alibaba et Tencent, se sont engagés à respecter l’égalité des sexes dans leurs politiques de recrutement. 

Alors que la Chine est confrontée à un déséquilibre hommes-femmes sans précédent et au vieillissement de sa population, les autorités ont choisi de promouvoir le rôle traditionnel des femmes en les encourageant à se marier tôt et à avoir des enfants. La « pénurie de mariées » en Chine a résulté dans la traite de femmes originaires de plusieurs pays voisins, un abus qui est largement ignoré par le gouvernement chinois. Bien que la « politique de l’enfant unique » ait été assouplie à « deux enfants », les droits des femmes et des filles en matière de procréation continuent d’être violés.

Le gouvernement chinois reste hostile à l’activisme en faveur des droits des femmes. En mars, les plateformes de réseaux sociaux Weibo et WeChat ont suspendu de manière permanente les comptes de Feminist Voices, une publication sur les réseaux sociaux dirigée par des féministes déclarées.
 

Orientation sexuelle et identité de genre

Même si la Chine a décriminalisé l’homosexualité en 1997, les lois manquent pour protéger les personnes contre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre, et le partenariat entre personnes du même sexe n’est pas légal.

En mars, le Festival international du film de Pékin a annulé la présentation d’un film primé qui raconte une relation homosexuelle, « Call Me By Your Name », non approuvé par le gouvernement. En avril, la plate-forme chinoise de réseau social Weibo a annoncé que les publications relatives à la culture gay seraient supprimées, dans le cadre d’un effort de « nettoyage ». Cette décision a provoqué un tollé : de nombreuses personnes ont posté des messages avec le hashtag « Je suis gay » accompagnés d’émoticônes arc-en-ciel. Weibo a par la suite levé cette restriction.

En juillet à Hong Kong, la plus haute juridiction du territoire a jugé que le refus du gouvernement de délivrer un visa et les avantages connexes au conjoint de même sexe d’un résident légal constituait une discrimination. À peu près au même moment, les autorités de Hong Kong ont décidé de transférer une sélection de 10 livres pour enfants qui abordaient des thèmes LGBT dans les « rayons fermés » des bibliothèques publiques.

En septembre, un enseignant gay a engagé une action en justice contre son ancienne école, alléguant qu’il avait été licencié pour avoir publié sur les réseaux sociaux des informations au sujet d’un événement lesbien, gay, bisexuel et transgenre (LGBT) auquel il avait participé.

Réfugiés et demandeurs d’asile

La Chine a continué d’arrêter et de renvoyer de force des centaines, voire des milliers de Nord-Coréens que Human Rights Watch considère comme des réfugiés sur place, aux services de sécurité de l’État nord-coréens, connus pour torturer, agresser sexuellement et emprisonner les personnes qui ont un tel profil. Pékin a refusé de considérer comme réfugiés les Nord-Coréens qui fuient la Corée du Nord et n’a pas permis au HCR de leur rendre visite ou de visiter les zones situées à la frontière entre la Corée du Nord et la Chine, en violation de ses obligations d’État partie à la Convention de 1951 sur les réfugiés.

Principaux acteurs internationaux

Si certains gouvernements et parlements ont publiquement exprimé leurs préoccupations au sujet des violations des droits humains par Pékin et ont continué à essayer de suivre les procès et de rencontrer des défenseurs des droits humains en Chine, très peu d’entre eux ont pris des mesures énergiques pour mettre fin aux abus ou demander des comptes au gouvernement.

En mars, la Chine a proposé au Conseil des droits de l’homme une résolution centrée sur sa vision d’une « coopération gagnant-gagnant » qui laisse de côté tout rôle possible de la société civile indépendante et toute notion de responsabilité, sans parler d’autres éléments essentiels au mandat du conseil. La résolution a été adoptée avec une marge confortable, les États-Unis ayant été le seul pays à voter contre. Tout au long de l’année, des membres du Congrès américain et de l’administration ont réclamé l’adoption de sanctions et l’application de contrôles sur les exportations.

En juillet, l’Allemagne a obtenu la libération de Liu Xia. En septembre, le nouveau Premier ministre malaisien, Anwar Ibrahim, a publiquement appelé à des pourparlers avec la Chine sur les violations commises au Xinjiang. La Suède n’a pas obtenu la libération du libraire Gui Minhai ; l’Australie a adopté de nouvelles lois pour contrer l’ingérence politique chinoise dans son pays, mais n’a pris que très peu de mesures significatives pour s’attaquer aux causes profondes de la répression politique en Chine. Les services d’action extérieure du Parlement européen et de l’Union européenne ont appelé à plusieurs reprises à la libération des avocats, dissidents et militants des droits humains emprisonnés ou disparus. Ils ont exprimé leur inquiétude face à la situation au Xinjiang, mais leurs efforts ont été en partie contrecarrés par l’échec des dirigeants européens à faire écho publiquement à leurs préoccupations et à leurs appels lors d’un sommet qui s’est tenu en juillet.

Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est rendu en Chine en avril et en septembre sans exprimer publiquement son inquiétude au sujet de ces questions. Néanmoins, la nouvelle Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale et le Secrétaire général adjoint aux droits de l’homme, ont tous exprimé leur inquiétude, notamment à propos du Xinjiang et des violations subies par les défenseurs des droits humains en Chine.

La Chine continue d’utiliser son siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies pour bloquer d’importantes discussions sur les droits de l’homme. En mars 2018, la Chine et la Russie ont mobilisé avec succès d’autres membres du Conseil pour empêcher le Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’époque, Zeid Ra’ad al-Hussein, de s’adresser au Conseil sur la situation en Syrie. En octobre 2018, la Chine a fait circuler une lettre faisant part de son opposition à « l’internationalisation » des efforts déployés pour faire face à la crise des Rohingya au Myanmar. Cette opposition a empêché le Conseil de sécurité de prendre des mesures plus énergiques pour réagir à la crise.

Politique étrangère

Tout au long de l’année, la Chine a poursuivi sur la voie de son initiative « Nouvelle route de la soie » (« One Belt, One road » en anglais), malgré l’absence de garanties ou le non-respect des droits humains dans de nombreux pays participants. Certains gouvernements, comme le Myanmar et la Malaisie, ont renoncé aux accords d’investissement bilatéraux précédemment conclus, invoquant un endettement impossible à soutenir et des préoccupations concernant la souveraineté.

La Chine a également fait pression sur d’autres gouvernements, notamment l’Égypte, le Kazakhstan et la Malaisie, pour qu’ils renvoient de force leurs demandeurs d’asile en Chine.

Les grandes entreprises de technologie chinoises, notamment Huawei, iFlytek et ZTE, qui entretiennent des relations étroites avec le gouvernement et contribuent aux efforts de surveillance policière de masse, ont tenté de se développer à l’étranger en 2018. En Australie, au Canada et aux États-Unis, certaines de ces entreprises ont été repoussées en raison de préoccupations liées à la sécurité.

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