L’arrivée de la jeune Saoudienne Rahaf Mohammed al-Qunun au Canada est une excellente nouvelle en ce début de l’année 2019. Ceci montre ce qui peut se passer lorsqu'une jeune femme déterminée et ayant un compte Twitter parvient à établir le contact avec un réseau mondial de militants des droits humains.

La jeune femme saoudienne Rahaf Mohammed al-Qunun, peu après son arrivée à l'aéroport international Pearson de Toronto, au Canada, le 12 janvier 2019.

© 2019 Lars Hagberg/AFP/Getty Images

Il y une semaine, samedi 4 janvier, j’avais aperçu un tweet de l’éminente activiste égyptienne Mona Eltahawy au sujet de Rahaf, 18 ans, qui était retenue à l'aéroport international de Bangkok par les autorités thaïlandaises. Elle risquait d’être expulsée de force vers l’Arabie saoudite, alors qu’elle avait cherché à fuir sa famille qui l’avait soumise à des mauvais traitements, selon ses explications. Rahaf était bloquée dans un hôtel de l'aéroport de Bangkok, après qu'un représentant de l'ambassade saoudienne eut confisqué son passeport. Les autorités thaïlandaises prévoyaient d’obliger Rahaf à prendre un vol vers l’Arabie saoudite deux jours plus tard, le lundi 6 janvier, au lieu de l’autoriser à poursuivre son voyage en Australie où elle comptait demander l'asile.

Human Rights Watch est passé à l’action. Nous avons alerté les médias, contacté l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et sollicité d’urgence l’aide de certaines ambassades à Bangkok afin qu’elles exhortent les autorités thaïlandaises à revenir sur leur décision. Nous avons collaboré avec d’autres activistes pour diffuser les informations sur les réseaux sociaux et en l'espace de 24 heures, le hashtag #SaveRahaf avait été vu un demi-million de fois. Subitement le cas de Rahaf a fait les gros titres de la presse mondiale.

Nous avons maintenu un contact régulier avec Rahaf via des messages directs Twitter et WhatsApp, et avons publié, le dimanche 6 janvier, un communiqué de presse exhortant la Thaïlande à ne pas l’expulser.

Finalement, Rahaf s’est barricadée dans sa chambre d'hôtel, et lundi, l’avion s’est envolé vers l’Arabie saoudite sans qu’elle ne soit à bord.

Privées de la liberté de voyager - Halte à la tutelle des hommes sur les femmes en Arabie saoudite

(Sous-titres via "cc") - En Arabie saoudite, les femmes sont soumises à un système opprimant de tutelle masculine. Même pour voyager, elles ont besoin d’obtenir l’autorisation d’un homme, que ce soit son mari, son fils ou un autre « tuteur », comme l’illustre ce clip.

En Arabie saoudite, soumise comme d’autres femmes au système de tutelle masculine, Rahaf n’avait aucun droit juridique pour la prise de décisions basiques - comme obtenir un passeport ou voyager à l’étranger - sans l’accord d’un « tuteur » qui dans la plupart des cas est un membre masculin de la famille. Dans de nombreux domaines, l'État considère toujours les femmes comme étant mineures le plan juridique, quel que soit leur âge et contrairement aux normes du droit international.

Rahaf est maintenant arrivée au Canada, où les formalités administratives ont été accélérées afin de lui offrir officiellement l'asile. Elle a réussi son pari avec courage et persévérance, et grâce a l’aide de ses nouveaux amis à travers le monde. Ceci est une victoire pour tous ceux qui se soucient des droits des femmes, qui apprécient l’audacité de jeunes personnes qui cherchent certains changements dans le monde, et qui demandent aux gouvernements d’agir en toute transparence et non dans l’obscurité. Nous avons besoin d’autres bonnes nouvelles comme celle-ci en 2019.

Tribune intégrale en anglais : en ligne ici.

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Avril 2019 / Autre affaire