« En France, aujourd’hui, nous ne pouvons toujours pas vivre et aimer librement tels que nous sommes. » Tel est le triste constat de Joël Deumier, président de SOS-Homophobie. Dans son rapport annuel publié le 10 mai 2017, l’association annonce avoir reçu 1575 témoignages d’actes anti-LGBT en 2016, soit une hausse de près de 20 % par rapport à l’année précédente.

Manifestation en faveur du mariage pour les couples de même sexe. Paris, 16 décembre 2012.

© 2012 Olivier Hoffschir

Il est possible que l’augmentation du nombre d’incidents enregistrés reflète une plus grande volonté de la part des victimes de se manifester. Néanmoins, SOS Homophobie pense que beaucoup de victimes d’actes anti-LGBT n’osent toujours pas témoigner.

En 2016, l’association a recueilli 26 témoignages de personnes ayant été confrontées à une attitude homophobe, biphobe ou transphobe de la part des instances judiciaires et policières. Cela signifie que parfois, un officier de police refuse de caractériser une agression d’homophobe lors du dépôt de plainte ou même d’enregistrer une plainte – ou que les forces de l’ordre elles-mêmes adoptent des comportements discriminants à l’encontre des personnes LGBT.

Même si ces occurrences restent heureusement limitées, elles n’en sont pas moins inacceptables. La France devrait prendre des mesures pour évaluer l’étendue de ces comportements dans les instances publiques, pour faire en sorte qu’elles remplissent leurs fonctions de manière effective.    

Le rapport de SOS Homophobie montre également la corrélation entre les débats autour de l’égalité des droits et la montée des actes anti-LGBT. L’association a connu un pic de témoignages en 2013, année marquée par l’adoption de la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe. En 2016, la France a adopté une loi levant l’obligation pour les personnes transgenres de produire des preuves de traitements médicaux pour changer d’état civil. Cette même année a été marquée par une hausse de 76% de témoignages reçus faisant état d’actes transphobes. 

Bien que la majorité des français soit favorable au mariage des couples du même sexe et à l’adoption d’enfants par ces couples, les opposants aux droits LGBT sont une « minorité bruyante », particulièrement active sur les réseaux sociaux, où les poursuites judiciaires pour des propos homophobes restent difficiles à engager.

Plusieurs candidat-e-s à l’élection présidentielle de 2017 ont exprimé leur volonté de « réécrire la loi Taubira » sur le mariage pour tous et l’adoption. Un candidat a même reçu le soutien de Sens commun, association ouvertement opposée à l’égalité des droits pour les personnes LGBT. Les prises de position hostiles aux droits LGBT par certaines figures politiques risquent de « ravive[r] la haine ».

Il est grand temps de mettre un terme aux discriminations à l’encontre des personnes LGBT, et il en est de la responsabilité des autorités françaises de faire de ceci une réalité.