(Paris) – Les membres des délégations à la conférence sur le changement climatique ayant lieu à Paris ont massivement soutenu l’idée d’intégrer les droits humains dans l’accord international actuellement en cours de négociation, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. La Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, à laquelle participent plus de 190 dirigeants du monde entier, se tient jusqu’au 11 décembre.

De nombreux représentants ont mis l’accent sur le fait que pour faire face au changement climatique, il est nécessaire de protéger les droits humains, notamment les droits des peuples autochtones, des femmes et des filles, des personnes handicapées, ainsi que des migrants et des réfugiés. Le projet d’accord actuel insiste également sur la nécessité de garantir l’égalité des sexes, la sécurité alimentaire, l’équité entre générations, l’intégrité des écosystèmes naturels, et une transition juste pour la population active.

Des garçons rassemblent des chèvres sous un arbre pour s’abriter du soleil de midi.

© 2014 Brent Stirton/Reportage par Getty Images pour Human Rights Watch

« Le changement climatique affecte de manière disproportionnée des populations déjà vulnérables, en particulier dans des pays aux ressources limitées et aux écosystèmes fragiles », a déclaré Joe Amon, Directeur de la division Santé et droits humains à Human Rights Watch. « Dans la réponse mondiale au changement climatique, nous devons nous assurer que les droits humains sont respectés, protégés et mis en œuvre. »

L’attention portée aux droits humains n’a pas toujours été au centre des négociations sur le changement climatique par le passé, selon Human Rights Watch. Le Protocole de Kyoto négocié en 1997 n’a inclus aucune référence aux droits humains. Cependant, suite aux négociations sur le changement climatique à Cancun en 2010, de plus en plus d’importance leur a été donnée. Avant la réunion de cette semaine, il était difficile de savoir dans quelle mesure des dispositions relatives aux droits humains seraient intégrées dans les accords de Paris.

Le nouveau gouvernement canadien a été un fervent défenseur de l’attention portée aux droits humains, tout comme les Philippines, le Costa Rica, le Mexique, le Chili, et d’autres pays d’Amérique latine. Des représentants d’un certain nombre de pays ont souligné que l’intégration dans l’accord de références aux droits humains met en avant des principes fondamentaux visant à atténuer et à s’adapter aux effets du changement climatique. Ces références fournissent également des directives aux gouvernements pour qu’ils remplissent leurs obligations de veiller à la protection des droits humains lors de la mise en œuvre de cet accord.

Le changement climatique affecte de manière disproportionnée des populations déjà vulnérables, en particulier dans des pays aux ressources limitées et aux écosystèmes fragiles. Dans la réponse mondiale au changement climatique, nous devons nous assurer que les droits humains sont respectés, protégés et mis en œuvre.

Joe Amon

Director, Health and Human Rights

Certains gouvernements ont exprimé des préoccupations concernant l’intégration de références aux droits humains dans les dispositions d’application de l’accord. Cela est particulièrement vrai pour les pays développés, responsables de la grande majorité des émissions de carbone, elles-mêmes la cause du changement climatique.

« Au-delà de l’accord négocié à Paris, les pays vont devoir relever des défis de taille afin de réduire les émissions de carbone et de répondre aux impacts du changement climatique », a déclaré Joe Amon. « Il sera primordial que les gouvernements soient transparents et rendent des comptes, et qu’ils incluent les populations vulnérables dans la planification et la mise en œuvre de l’accord. »

Le Groupe de travail sur les droits humains et le changement climatique a organisé une conférence de presse le 3 décembre, au cours de laquelle trois des parties prenantes, officiellement reconnues par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques – le Forum des peuples autochtones, les Syndicats-Organisations non gouvernementales, et le Groupe des femmes et du genre – ainsi que d’autres groupes de travail, ont décrit l’impact que le changement climatique a déjà sur les droits humains.

Les participants ont insisté sur le fait que l’intégration des droits humains dans la section définissant l’objet général de l’accord (article 2) sera essentielle à l’efficacité de la réponse. Andrea Carmen, représentant le Forum des peuples autochtones, a souligné l’importance d’une déclaration forte sur les droits des peuples autochtones dans les dispositions d’application de l’accord. Bridget Burns, de l'Organisation des femmes pour l'environnement et le développement et représentant le Groupe des femmes et du genre, a souligné l’importance de la reconnaissance des droits dans le texte opérationnel de l’accord pour protéger les droits des femmes et l’égalité des genres.

« Le changement climatique n’est pas seulement une crise écologique. La santé, des vies et des  moyens de subsistance sont en jeu », a conclu Joe Amon. « Le respect par les gouvernements de leurs obligations en matière de droits de l’homme est non seulement conforme aux buts de l’accord sur le changement climatique, mais il est aussi essentiel pour en assurer la réussite. »