Vue nocturne de Bakou, la capitale d'Azerbaïdjan.

© 2013 Urek Meniashvili/Wikimedia Commons

(Berlin, le 31 mars 2015) – Les autorités azerbaïdjanaises ont refusé l’entrée dans le pays à un chercheur de Human Rights Watch le 30 mars, a indiqué Human Rights Watch aujourd’hui. Giorgi Gogia, chercheur senior sur le Caucase du Sud, prévoyait d’assister aux procès de deux défenseurs azerbaïdjanais des droits humains, arrêtés sur de fausses accusations et en prison dans l’attente de leurs procès.

Peu après son arrivée à l’aéroport international Heydar-Aliyev de Bakou, les autorités ont interdit à Giorgi Gogia d’entrer dans le pays, sans toutefois fournir d’explication. Les services d’immigration ont confisqué son passeport et lui ont intimé d’attendre dans la zone de contrôle des passeports. Trente-et-une heures plus tard, ils ont fini par remettre son passeport à l’équipage à bord de l’avion que Giorgi Gogia a été obligé de prendre pour retourner à Tbilissi, en Géorgie. Aucune explication n’a été fournie.

« Empêcher Giorgi Gogia d’assister aux audiences des procès montre seulement à quel point les autorités de l’Azerbaïdjan ont accentué leur répression contre les défenseurs des droits humains », a déclaré Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Les autorités ont d’abord inexorablement réduit au silence de nombreuses voix critiques à l’intérieur du pays, et maintenant elles ne veulent laisser rentrer personne qui puisse témoigner de ces actions. »

C’est la première fois que les autorités azerbaïdjanaises ont refusé à un collaborateur de Human Rights Watch d’entrer dans ce pays.

Cela fait déjà des années que le gouvernement de l’Azerbaïdjan présente un bilan médiocre en matière de droits humains, mais au cours de l’année dernière un renforcement de la  répression a conduit à l’arrestation d’éminents défenseurs azerbaïdjanais des droits humains, et à la fermeture forcée de nombreuses organisations indépendantes.

Giorgi Gogia avait prévu d'assister aux procès de Rasul Jafarov et d’Intigam Aliyev, tous deux arrêtés en août, et jugés dans des procès distincts. Intigam Aliyev, l’un des plus respectés avocats azerbaïdjanais spécialisés dans la défense des droits humains, fait l’objet d’accusations de fraude fiscale, abus de pouvoir, activités commerciales illégales et détournement de fonds. Quant à Rasul Jafarov, qui fait l’objet d’accusations similaires, il préparait une campagne locale intitulée « Sports for Rights » (« Les sports pour les droits »), afin d’attirer l’attention sur la situation des droits humains dans le pays à l’approche des Jeux européens, qui seront tenus à Bakou du 12 au 28 juin.

Tout au long de l’année dernière, les autorités azerbaïdjanaises ont recouru à diverses fausses accusations, notamment possession de drogue et détention d’armes, fraude fiscale, vandalisme, incitation à la violence, et même trahison, afin d’arrêter ou d’emprisonner au moins 35 défenseurs des droits humains, militants politiques et civils, journalistes et blogueurs. La répression a incité des dizaines d’autres personnes à fuir le pays ou à entrer dans la clandestinité. Plusieurs autres activistes  font l’objet d’accusations similaires, ce qui laisse supposer la nature punitive et politique des allégations.

Au cours des derniers mois, les autorités azerbaïdjanaises ont également gelé les comptes bancaires de nombreux groupes indépendants de la société civile et de leurs dirigeants, contraignant ces organisations à suspendre leurs activités ou à fermer. Le gouvernement a par ailleurs refusé d’enregistrer des subventions étrangères et a accentué son contrôle sur les financements étrangers, ce qui rend virtuellement impossible le fonctionnement des organisations qui critiquent le gouvernement. Depuis de nombreuses années, le gouvernement harcèle les journaux et stations de radio indépendants, et il a contraint de nombreux médias indépendants à cesser leurs activités.

Les gouvernements étrangers et les organisations internationales devraient selon Human Rights Watch appeler les autorités azerbaïdjanaises à mettre fin à la répression et procéder à la libération immédiate et inconditionnelle des défenseurs des droits humains et des journalistes emprisonnés à tort.

« Il est choquant qu’à moins de trois mois de l’ouverture des Jeux européens, alors que le gouvernement azerbaïdjanais s’apprête à accueillir des visiteurs du monde entier à Bakou, il ferme le pays aux regards extérieurs certains observateurs sont interdits de séjour », a conclu Hugh Williamson.