(New York) – L’assassinat brutal de 21 chrétiens coptes, égyptiens pour la plupart, qui avaient été enlevés par un groupe extrémiste libyen, est un crime de guerre dont les auteurs devraient être tenus de rendre des comptes, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les autorités libyennes devraient prendre immédiatement des mesures pour traduire les criminels en justice, dans toute la mesure du possible actuellement, et les Nations Unies devraient mettre en place un mécanisme pour mener des enquêtes et des poursuites sur ces crimes.

Le groupe armé détenant ces hommes a prêté allégeance au groupe extrémiste État islamique (EI). Une vidéo diffusée le 15 février 2015 montre des hommes armés décapitant un groupe de 21 hommes, dont la plupart ou bien tous sont des coptes égyptiens travaillant en Libye, sur une plage apparemment située près de la ville de Sirte dans l’ouest de ce pays. Le 16 février, l’Égypte a déclaré que ses forces aériennes avaient effectué des frappes en réponse à ces assassinats, ciblant des militants islamistes à Derna, dans l’est de la Libye. Un habitant de Derna a indiqué à Human Rights Watch que les frappes aériennes avaient tué au moins six civils.

Le groupe armé détenant ces hommes a prêté allégeance au groupe extrémiste État islamique (EI). Une vidéo diffusée le 15 février 2015 montre des hommes armés décapitant un groupe de 21 hommes, dont la plupart ou bien tous sont des coptes égyptiens travaillant en Libye, sur une plage apparemment située près de la ville de Sirte dans l’ouest de ce pays. Le 16 février, l’Égypte a déclaré que ses forces aériennes avaient effectué des frappes en réponse à ces assassinats, ciblant des militants islamistes à Derna, dans l’est de la Libye. Un habitant de Derna a indiqué à Human Rights Watch que les frappes aériennes avaient tué au moins six civils.

« L’État islamique a de nouveau horrifié le monde avec ces crimes de guerre, perpétrés cette fois-ci de manière impitoyable en Libye », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Toutefois, toute action militaire entreprise contre l’EI devrait etre menée avec toutes les mesures possibles pour épargner les vices civiles. »

L’ONU devrait mettre en place un mécanisme international d’enquête, ou désigner un Rapporteur spécial, pour enquêter sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité en Libye, en vue d’engager des poursuites, selon Human Rights Watch. La Procureure de la Cour pénale internationale (CPI) devrait examiner cet incident, ainsi que d’autres crimes graves  commis en ce moment en Libye, en vue de déterminer si d’autres enquêtes s’imposent. Le meurtre de civils par une partie à un conflit armé constitue un crime de guerre.

Un habitant de Derna a informé Human Rights Watch par email qu’il était au courant de huit frappes aériennes, qui ont commencé vers 6h du matin le 16 février et ont pris pour cible l’enceinte de la société Aljabel à Derna, où se trouvent des policiers fidèles au groupe extrémiste, ainsi qu’al Shayha, une zone résidentielle. Cet habitant a précisé que les attaques avaient tué six civils, dont une femme et ses trois enfants, membres de la famille al-Kharshofi ; Attia Alshaari, un homme de 68 ans ; et Issam Maayouf, un homme d’une vingtaine d’années. L’habitant a jouté que le père des enfants tués avait été blessé et conduit à l’unité de soins intensifs de l’hôpital al-Hreish à Derna. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de joindre le personnel de l’hôpital pour confirmer cette information.

La Libye ainsi que l’Égypte devraient mener des enquêtes sur les victimes civiles de ces frappes aériennes, et l’Égypte devrait prendre des mesures pour réduire au minimum le nombre de victimes civiles.

Les forces aériennes libyennes loyales au gouvernement reconnu internationalement ont indiqué qu’elles avaient elles-mêmes mené des frappes aériennes contre des positions islamistes à Derna le 16 février, tuant 40 à 50 militants. Le Chef d’État-major de l’armée libyenne a prononcé une déclaration confirmant la coordination entre l’Égypte et la Libye dans les frappes aériennes à Derna contre les positions des rebelles.

Les coptes égyptiens, au nombre de 20 au moins selon les images diffusées par l’État islamique, ont été porté disparus en décembre 2014 et janvier 2015 à Sirte. Début février, l’EI a publié dans son magazine en ligne des photos de personnes dont le groupe extrémiste affirmait qu’elles étaient les ressortissants égyptiens disparus, portant des tenues de couleur orange et agenouillés sur une plage face à des bourreaux vêtus de noir et brandissant des couteaux. La vidéo diffusée le 16 février montre le même cadre et apparemment les mêmes victimes, et leur décapitation par des hommes vêtus de noir. Au moins 13 des victimes étaient originaires du village égyptien d’Al-Our, selon un article récent, et étaient allées travailler en Libye pour faire vivre leurs familles.

En novembre 2014, des groupes extrémistes dans l’est de la Libye ont fait publiquement allégeance à l’État islamique et ont mis en place une administration publique, une force de police islamique et un tribunal islamique à Derna, ville qu’ils ont déclarée comme faisant partie de la province de Barqa de l’État islamique. Dans cette ville, ils se sont rendus coupables d’exécutions extrajudiciaires publiques et de flagellations publiques. Au moins deux autres groupes revendiquent leur affiliation à l’EI dans ce qu’ils désignent sous le nom de provinces de Tripoli et de Fezzan, respectivement l’ouest de la Libye comprenant la capitale, et le sud de la Libye. Ces groupes ont revendiqué plusieurs attaques, notamment une attaque du 27 janvier contre un hôtel de luxe à Tripoli qui a causé la mort de neuf civils et de deux des attaquants.

Des Égyptiens – en particulier les croyants coptes et les chauffeurs de camions transportant des marchandises entrant et sortant de l’Égypte – ont été la cible d’enlèvements ou de meurtres en Libye une dizaine de fois depuis fin 2013, d’après une chronologie établie par le site d’informations Ahram Online. En décembre, une jeune chrétienne copte égyptienne a été retrouvée morte après que des hommes armés à Sirte ont tué ses parents et l’ont enlevée.

Des factions de militants libyens ont été plongées dans un conflit armé qui a commencé dans l’est de la Libye en mai 2014 et s’est étendu à l’ouest de la Libye en juillet. Les combats ont laissé le pays avec deux gouvernements rivaux : le gouvernement reconnu internationalement basé à al-Bayda dans l’est de la Libye et un gouvernement autoproclamé qui contrôle  Tripoli et des parties de l’ouest de la Libye. Tous deux affirment être le gouvernement légitime de toute la Libye, mais aucun d’eux n’est capable d’exercer son contrôle sur l’ensemble du territoire. Pendant ce temps, les institutions de la Libye, en particulier son système judiciaire, se trouvent au bord de l’effondrement dans la plupart des villes principales, les tribunaux et les parquets ayant suspendu leurs activités du fait que les juges et les procureurs sont pris directement pour cible et en raison de la détérioration générale de la sécurité.

Les autorités de transition et les gouvernements élus consécutifs ont été incapables de discipliner les milices coupables d’exactions qui ont proliféré depuis la fin du soulèvement de 2011 ayant renversé le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, leur permettant d’opérer en toute impunité. Les autorités libyennes qui exercent actuellement le contrôle dans l’est et l’ouest de la Libye devraient exiger que leurs forces respectent le droit international et prendre toutes les mesures possibles pour garantir que les auteurs d’atrocités, comme le massacre des coptes égyptiens ou d’autres exactions, soient traduits en justice.

Toutes les parties aux conflits en Libye, ce qui désormais comprend l’Égypte, doivent se conformer aux lois de la guerre. De ce fait elles doivent prendre toutes les mesures requises pour protéger les civils. Certaines violations graves des lois de la guerre, lorsqu’elles sont commises dans une intention criminelle, constituent des crimes de guerre. Les personnes qui commettent, ordonnent, aident, ou détiennent une responsabilité de commandement pour des crimes de guerre sont passibles de poursuites devant des tribunaux nationaux ou devant la CPI, qui a compétence à l’égard des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et de génocide commis en Libye depuis le 15 février 2011, selon la résolution 1970 du Conseil de sécurité de l’ONU.

La Procureure de la CPI, qui a un mandat en cours en Libye, n’a pas engagé de poursuites pour d’autres affaires dans ce pays, invoquant des questions de sécurité et un manque de ressources faisant obstacle à d’autres enquêtes par son bureau. Les enquêtes de la CPI en Libye demeurent donc limitées à des affaires de 2011 impliquant des représentants de l’ancien gouvernement de  Kadhafi, malgré les crimes graves actuels susceptibles de représenter des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Les pays membres du Conseil des droits de l’homme de l’ONU devraient mettre en place un mécanisme d’enquête ou désigner un Rapporteur spécial sur la Libye afin d’enquêter sur les violations graves et généralisées des droits humains, en vue de garantir que leurs auteurs rendent des comptes pour leurs actes. Les violations potentielles devraient inclure celles pouvant représenter des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

En 2014, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la Résolution 2174, qui menace les auteurs de crimes graves de sanctions, notamment d’interdiction de voyager et de gel des avoirs, mais à ce jour le Conseil n’a toujours pas mis cette menace à exécution.

« Au lieu de proférer des menaces creuses, les acteurs internationaux devraient tenir leurs promesses d’identifier et de punir les auteurs de crimes de guerre », a conclu Sarah Leah Whitson. « S’abstenir d’agir maintenant ne peut qu’aboutir à davantage de crimes atroces et de victimes civiles. »
 

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Noms des 21 victimes des exécutions massives commises en Libye, selon Elwatan news :

  1. Milad Makeen Zaki

  2. Abanub Ayad Attiya

  3. Majid Suleiman Shehata

  4. Yousuf Shukri Yunan

  5. Kirollos Shukri Fawzi

  6. Bishoy Estefanus Kamel

  7. Samuel Estefanus Kamel

  8. Malak Ibrahim Sinyout

  9. Tawadros Yousuf Tawadros

  10. Girgis Milad Sinyout

  11. Mina Fayez Aziz

  12. Hani Abdelmessih Salib

  13. Bishoy Adel Khalaf

  14. Samuel Alham Wilson

  15. Unnamed worker from Awr village

  16. Ezzat Bishri Naseef

  17. Lucas Nagaty

  18. Gaber Munir Adly

  19. Essam Baddar Samir

  20. Malak Farag Abram

  21. Sameh Salah Farouq