(Tunis, le 9 février 2015) - Divers groupes armés en Libye ont violemment agressé, enlevé, intimidé, menacé et tué des journalistes libyens en toute impunité au cours des deux dernières années, incitant un grand nombre d’entre eux à soit fuir le pays, soit s’autocensurer, selon un nouveau rapport de Human Rights Watch publié aujourd'hui. En outre, certains journalistes et d’autres personnes font l’objet de poursuites judiciaires liées à des accusations de diffamation envers des fonctionnaires ou d'autres infractions qui violent la liberté d'expression. L'incapacité des gouvernements successifs et des autorités provisoires à protéger les journalistes en Libye a en grande partie effacé la liberté des médias, déjà fragile, qui s’était peu à peu instaurée après le soulèvement ayant conduit à la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.

Le rapport de 54 pages, intitulé « War on the Media: Journalists Under Attack in Libya » (« La guerre contre les médias : Des journalistes assiégés en Libye »), indique que les autorités n’ont tenu personne responsable des attaques perpétrées en majorité par des acteurs non étatiques contre des journalistes et des médias depuis 2012. Or, durant la même période, les tribunaux ont poursuivi des journalistes et d’autres personnes pour des délits liés à la liberté d’expression, notamment pour avoir selon les chefs d’accusation diffamé des fonctionnaires. Cette situation n'a fait qu'empirer pour les journalistes à partir de mai 2014, quand des conflits armés ont éclaté et sont devenus endémiques, menant à l'exode de nombreux journalistes craignant pour leur sécurité.

« Le climat d'impunité en Libye a permis à des milices d’agresser, de menacer, d’enlever, ou même de tuer des journalistes simplement en raison de leurs articles ou de leurs points de vue », a observé Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les autorités gouvernementales ainsi que les acteurs non étatiques qui contrôlent une partie du territoire devraient d’urgence condamner les attaques contre les journalistes et, dans la mesure du possible, exiger des comptes aux responsables de ces crimes. »

Human Rights Watch, par le biais de recherches menées en Libye et à l’extérieur du pays, a documenté au moins 91 cas de menaces et d'agressions contre des journalistes – y compris 14 femmes – perpétrées de la mi-2012 au mois de novembre 2014. Parmi ces cas figurent 30 enlèvements ou détentions arbitraires de courte durée et huit cas de journalistes tués ; certains ont peut-être été  tués accidentellement alors qu'ils couvraient des incidents violents. Human Rights Watch a aussi documenté 26 attaques armées contre des bureaux de stations de télévision et de radio. Dans la plupart des cas examinés, il semble extrêmement probable que des groupes armés ont cherché à punir les journalistes et les médias pour leurs articles ou reportages, ainsi que pour leurs points de vue réels ou perçus.

De nombreux journalistes figurent parmi les 250 victimes de meurtres s’apparentant à des assassinats politiques en Libye, documentés par Human Rights Watch en 2014. Le 26 mai, des inconnus ont abattu un éminent journaliste, Miftah Bouzeid, à Benghazi. Bouzeid, rédacteur en chef du journal indépendant Al-Burniq, avait fréquemment critiqué les milices islamistes et les partis politiques. Malgré les appels à une enquête rapide lancés en Libye et à l’étranger, les assassins de Bouzeid sont toujours en fuite. Al-Mutassim al-Warfalli, un animateur de la station de radio Libya al-Watan, a été abattu par des inconnus le 8 octobre à Benghazi. Al-Warfalli était – à l’inverse de Miftah Bouzeid - un partisan présumé des milices islamistes.

Deux journalistes tunisiens, Sofiene Chourabi et Nadhir Ktari, ont été portés disparus dans l'est de la Libye en septembre 2014 et leur sort reste inconnu. Toutes les parties en Libye devraient immédiatement travailler à la libération des deux journalistes, et assurer leur sécurité.

Les pays membres du Conseil de droits de l'homme des Nations Unies devraient convoquer une session extraordinaire en vue d'établir une commission d'enquête ou un mécanisme similaire pour enquêter sur les violations graves et généralisées des droits humains en Libye, y compris de possibles crimes de guerre et crimes contre l'humanité, tels que assassinats politiques et les attaques contre les journalistes.

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