La façade calcinée d'une école secondaire dans le gouvernorat d’Alep, en Syrie, où 37 personnes – en majorité des enfants – ont été tuées lors d’une attaque à la bombe incendiaire le 26 août 2013.

© 2013 Saleyha Ahsan

(Genève, le 10 novembre 2013) - La Syrie devrait cesser immédiatement d'utiliser des armes incendiaires, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui dans un rapport qui documente au moins 56 attaques utilisant ces armes depuis novembre 2012. Human Rights Watch présentera ses préoccupations à Genève cette semaine, à l’occasion de la réunion annuelle des États parties à la Convention sur certaines armes classiques.

Le mémorandum de 20 pages sur l'utilisation d’armes incendiaires par la Syrie est basé sur des recherches de terrain ainsi que sur divers documents et d’autres sources. Il comprend un lien à une vidéo et une carte des lieux des attaques. Les armes incendiaires mettent le feu et produisent une forte chaleur par le biais de la réaction chimique d'une substance inflammable. Ces armes causent des brûlures très douloureuses qui sont difficiles à traiter, et les incendies déclenchés détruisent les infrastructures et objets.

« La Syrie a utilisé des armes incendiaires qui ont infligé de terribles dommages aux civils, dont de nombreux enfants », a déclaré Bonnie Docherty, chercheuse senior auprès de la division Armes à Human Rights Watch. « Pourtant, où est le tollé international ? D'autres pays devraient condamner l'usage par la Syrie de ces armes comme ils l’ont fait au sujet des armes chimiques et des bombes à sous-munitions. »

Tous les gouvernements devraient appeler la Syrie à cesser immédiatement son utilisation d’armes incendiaires et devraient s'employer à renforcer le droit international visant à éliminer ou minimiser leur utilisation, selon Human Rights Watch.

Des enquêtes sur le terrain, des témoignages, ainsi que des vidéos et des photos examinées par Human Rights Watch indiquent que l'armée de l'air syrienne a mené au moins 56 attaques aux armes incendiaires de novembre 2012 à septembre 2013. Human Rights Watch et le Centre de documentation des violations de la Syrie ont documenté en détail quatre attaques à l’arme incendiaire distinctes qui ont entraîné la mort d'au moins 41 civils et en ont blessé 71 autres. Deux des attaques ont visé deux écoles dans des quartiers résidentiels.

Le Dr Saleyha Ahsan, une femme médecin britannique spécialisée dans les soins d'urgence, faisait du bénévolat dans un hôpital du gouvernorat d'Alep le 26 août 2013, lorsque des dizaines de victimes ont commencé à arriver en provenance d'une attaque aux armes incendiaires contre une école remplie d’adolescents en train d’étudier pour des examens. Elle a expliqué à Human Rights Watch : « Un patient souffrant de brûlures au troisième degré sur 90 pour cent du corps est arrivé à l'hôpital, encore en vie. Ses vêtements avaient été brûlés sur lui. C'était la blessure la plus horrible que j'ai jamais vue sur un patient vivant. Seuls ses yeux bougeaient encore. »

La victime était sur le point d’être évacuée vers la Turquie pour un traitement spécialisé quand elle est morte de ses blessures.

La Syrie n'est pas partie à la Convention de 1980 sur certaines armes classiques (CCAC) ni à son Protocole III interdisant l'utilisation des armes incendiaires lancées en plein vol dans les zones de « concentration de civils »."e "lein vols classiques (CCW) oz suivre le lien À la date du 25 octobre, un total de 107 pays – dont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies – étaient des États parties au protocole.

« Le droit international en vigueur limitant l'utilisation des armes incendiaires pourrait être renforcé de plusieurs façons », a indiqué Bonnie Docherty. « Mais le recours flagrant par la Syrie à ces armes montrent qu'une interdiction globale serait la meilleure solution. »

Les frappes aériennes de la Syrie recourant à des armes incendiaires dans ou à proximité de centres de population civile constituent une violation du droit international humanitaire, ou des lois de la guerre, parce qu'elles sont menées sans discernement, a déclaré Human Rights Watch. Les attaques aveugles menées de manière délibérée ou imprudente constituent des crimes de guerre.

La plupart des témoignages vidéo et des récits de témoins recueillis par Human Right Watch indiquent que des avions à voilure fixe et des hélicoptères de l’armée de l'air syrienne sont utilisés pour larguer des armes incendiaires. Human Rights Watch a identifié au moins trois types d'armes incendiaires utilisés par les forces gouvernementales syriennes, toutes fabriquées par l'ex-Union soviétique.

Aucune information n'est disponible sur la façon ou la date à laquelle la Syrie a acquis ces armes incendiaires, ni sur la taille de ses stocks.

Bonnie Docherty et d'autres représentants de Human Rights Watch décriront l'utilisation par la Syrie d’armes incendiaires lors d'une conférence dans la salle XXIV au siège de l'ONU à Genève à 13h15 le 12 novembre.