Les lauréats du Prix Alison Des Forges 2012-2013 (de gauche à droite, à partir du haut) : Hassan al-Amin (Libye), Consuelo Morales (Mexique), l'Abbé Benoît Kinalegu (RD Congo), Jacqueline Moudeina (Tchad), Alina Diaz (États-Unis), et Natalia Taubina (Russie).

(New York, le 27 août 2013) – Quatre défenseurs des droits humains courageux et infatigables ont été désignés comme lauréats pour l’année 2013 du prestigieux prix Alison Des Forges pour engagement exceptionnel en faveur des droits humains (Alison Des Forges Award for Extraordinary Activism), a annoncé Human Rights Watch aujourd'hui.

Hassan al-Amin de la Libye, Alina Diaz des États-Unis, Jacqueline Moudeina du Tchad et Natalia Taubina de la Russie figurent parmi les principales voix en faveur de la justice dans leur pays, travaillant sans relâche pour protéger les droits et la dignité d'autrui. Ils se joindront à deux lauréats internationaux passés du prix lors de l’hommage qui leur sera rendu au cours des dîners annuels « Voix pour la justice » organisés par Human Rights Watch dans 12 villes à travers le monde en novembre 2013, et dans neuf autres villes en mars / avril 2014.

« Ces défenseurs des droits humains parlent au nom de certaines des personnes les plus vulnérables de la planète, souvent dans des circonstances dangereuses et difficiles », a déclaré Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Ils montrent que le courage et la persévérance peuvent faire la différence, même pendant les périodes de conflit et de transition violente. »

Le prix est nommé en l’honneur d’Alison Des Forges, conseillère senior à Human Rights Watch pendant près de vingt ans, qui a péri dans un accident d'avion survenu dans l’État de New York, le 12 février 2009. Alison Des Forges était la principale spécialiste mondiale du Rwanda, notamment du génocide de 1994 et de ses séquelles. Le prix décerné annuellement par Human Rights Watch rend hommage à son engagement exceptionnel en faveur des droits humains. Il salue le courage de personnes qui risquent leur vie pour créer un monde exempt de violence, de discrimination et d'oppression.

Les lauréats du prix Alison Des Forges pour engagement exceptionnel en faveur des droits humains décerné par Human Rights Watch en 2013 sont les suivants :

  • Natalia Taubina,une militante russe qui œuvre pour protéger les victimes de violences policières et apporter de la transparence à l'application de la loi. Natalia Taubina dirige l’association Verdict public, qui fournit une assistance juridique gratuite et un soutien à la réadaptation aux victimes de la torture, de la corruption et de l'absence d'enquêtes efficaces par la police, ainsi que d'autres actions illégales généralisées dans le système d'application de la loi de la Russie.
  • Alina Diaz,cofondatrice et membre de l’Alliance nationale des travailleuses agricoles (Alianza Nacional de Campesinas), qui défend les droits des travailleuses agricoles aux États-Unis. Alina Diaz œuvre pour éduquer les décideurs et le public sur les dangers auxquels les travailleuses agricoles sont confrontées.
  • Hassan al-Amin, qui a œuvré pendant trente ans pour dénoncer les violations de droits humains et défendre la démocratie en Libye en tant que militant et fondateur du site web indépendant  Libya al-Mostakbal. Pendant le soulèvement contre Mouammar Kadhafi, al-Amin a documenté les exactions à l’encontre de civils. Il a siégé au sein du parlement de transition, puis a repris la gestion de son site web.
  • Jacqueline Moudeina, avocate et chef de file dans les efforts visant à traduire en justice l'ancien dictateur tchadien Hissène Habré, actuellement en procès au Sénégal sur des accusations d'assassinats politiques, de torture systématique et de « nettoyage ethnique ».

Natalia Taubina et Alina Diaz seront honorées lors de dîners dans la Silicon Valley, à San Francisco, à Santa Barbara et à Los Angeles ; Hassan al-Amin lors de dîners à Chicago et à Toronto ; et Jacqueline Moudeina lors de dîners à Paris et à Genève.

Deux lauréats du prix Alison Des Forges 2012 seront également en tournée en Amérique du Nord et en Europe cette année :

  • L’Abbé Benoît Kinalegu, prêtre congolais et directeur de la Commission diocésaine Dungu-Doruma pour la justice et la paix, qui dénonce les exactions commises par les rebelles de l'Armée de résistance du seigneur et œuvre pour la réhabilitation de ses victimes, se rendra à Londres, Munich et Amsterdam.
  • Consuelo Morales, directrice de l’organisation Citoyens en faveur des droits humains, (Citizens in Support of Human Rights), basée à Monterrey, qui enquête sur les exactions au cours de la « guerre contre la drogue » au Mexique, se rendra à New York.

Les équipes de Human Rights Watch travaillent en étroite collaboration avec les défenseurs des droits humains dans le cadre des enquêtes menées par l'organisation dans quelque 90 pays à travers le monde. Ces militants seront honorés lors des dîners annuels « Voix pour la justice » organisés par Human Rights Watch en 2013/2014 à Amsterdam, Beyrouth, Berlin, Bruxelles, Chicago, Francfort, Genève, Koweït City, Londres, Los Angeles, Munich, New York, Oslo, Paris, San Francisco, Santa Barbara, dans la Silicon Valley, à Sydney, Tokyo, Toronto et Zurich.

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Lauréats du prix Alison Des Forges 2013 :

Alina Diaz, États-Unis
Alina Diaz est cofondatrice et membre de l’Alliance nationale des travailleuses agricoles (Alianza Nacional de Campesinas), qui défend les droits des travailleuses agricoles aux États-Unis. Des centaines de milliers de femmes et de filles travailleuses agricoles sont quotidiennement confrontées à un risque élevé de violence sexuelle et de harcèlement sur le lieu de travail. Alina Diaz a commencé son travail en tant qu’éducatrice de sensibilisation au niveau communautaire se rendant dans les communautés immigrantes pour sensibiliser les personnes sur le droit de dénoncer la violence domestique, la violence sexuelle et autres mauvais traitements. Alina Diaz a permis aux voix des travailleuses agricoles d’être entendues au niveau national, où elle œuvre pour sensibiliser les décideurs et le public sur les dangers auxquels ces femmes sont confrontées. Human Rights Watch rend hommage à Alina Diaz pour son engagement afin que cessent les violations graves dont sont victimes les travailleuses agricoles aux États-Unis.

Hassan al-Amin, Libye
Hassan al-Amin a travaillé pendant trente ans pour dénoncer les violations de droits humains et défendre la démocratie en Libye. Après que les forces de sécurité de Mouammar Kadhafi l’ont arrêté et passé à tabac en 1983, Hassan al-Amin a fui vers le Royaume-Uni, où il a fondé le site web indépendant Libya al-Mostakbal et est devenu l'un des dissidents les plus actifs de la Libye en exil. En 2011, pendant le soulèvement contre Kadhafi, Hassan al-Amin est revenu à Misrata, sa ville natale, alors assiégée, pour rendre compte des violations de droits humains. Après la chute de Kadhafi, il a été élu au parlement de transition. En tant que président du Comité des droits de l'homme et de la société civile, il a enquêté sur les arrestations arbitraires et la torture de prisonniers, et a critiqué les puissantes milices anti-Kadhafi qui ont refusé de déposer les armes. En mars 2013, confronté à des menaces de mort de la part des milices, Hassan al-Amin a renoncé à son siège et est retourné à Londres, où il a repris la publication de Libya al-Mostakbal. Human Rights Watch rend hommage à Hassan al-Amin pour son engagement à dénoncer les exactions et à protéger les droits humains en Libye.

Natalia Taubina, Russie
Natalia Taubina est une militante russe qui œuvre  pour protéger les victimes de violences policières et apporter de la transparence à l'application de la loi. Natalia Taubina dirige Verdict public, fondée en 2004 pour fournir une aide juridique gratuite et un soutien à la réhabilitation des victimes de la torture, la corruption et l'absence d'enquêtes efficaces aux mains de la police et autres actions illégales dans le système d'application de la loi de la Russie. Sous la direction de Natalia Taubina, Verdict public a mené à bien des réformes qui favorisent la lutte contre l’impunité. Natalia Taubina est l'une des principaux porte-paroles opposés à la dure répression de la société civile depuis le retour de Vladimir Poutine à la présidence en 2012. En réponse à ces critiques, les autorités ont essayé d'interdire Verdict public, ce que l'organisation conteste actuellement devant un tribunal. Human Rights Watch rend hommage à Natalia Taubina pour son engagement sans faille envers la protection des victimes de violences policières et la lutte pour la justice en Russie.

Jacqueline Moudeina, Tchad
Jacqueline Moudeina est à la tête de la campagne menée pour obliger l'ancien dictateur tchadien Hissène Habré, qui vit en exil au Sénégal, à rendre des comptes pour des crimes atroces et pour permettre à ses victimes au Tchad d’obtenir justice. Bien qu’elle ait été blessée lors d’une tentative d'assassinat en 2001, Jacqueline Moudeina a poursuivi ses efforts, et a remporté une victoire importante au début de cette année quand un tribunal spécial au Sénégal a inculpé l’ex-dictateur pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et actes de torture, et l'a placé en détention. Human Rights Watch rend hommage à Jacqueline Moudeina pour son engagement en faveur de la justice pour les victimes de Habré, et de la protection des droits humains au Tchad. 

L'abbé Benoît Kinalegu, République démocratique du Congo
L'abbé Benoît Kinalegu dénonce les exactions commises par le groupe rebelle l'Armée de Résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army, LRA) et œuvre pour la réhabilitation de ses victimes. La LRA terrorise les citoyens d'Afrique centrale en tuant, violant et en enlevant des civils, notamment des enfants. L’abbé Kinalegu a aidé à établir un réseau d'alerte précoce pour signaler les activités soupçonnées de la LRA par radio, et il travaille également sur des programmes de réhabilitation pour les victimes de la LRA qui se sont échappées. Il est devenu une voix puissante exhortant la communauté internationale à traduire les commandants de la LRA en justice. Human Rights Watch rend hommage à l’abbé Kinalegu pour son engagement à protéger les civils et à mettre fin à la menace présentée par la LRA.

Consuelo Morales, Mexique
Consuelo Morales œuvre au Mexique pour défendre les victimes de violations des droits humains et exiger des comptes à leurs auteurs. Les forces de sécurité ont commis des violations généralisées contre des civils ­– notamment la torture, les viols et les disparitions forcées ­– pourtant leurs crimes ne font pratiquement jamais l’objet d’une enquête. Malgré des menaces persistantes, l'organisation de Consuelo Morales a mené des campagnes dans l'État de Nuevo Leon pour documenter ces abus, plaider lors d’affaires importantes et fournir un soutien essentiel aux victimes tant des forces de sécurité que des cartels violents des narcotrafiquants. Human Rights Watch rend hommage à Consuelo Morales pour ses efforts courageux pour mettre fin à l'impunité et aider les victimes d'exactions commises dans le cadre de la « guerre contre la drogue » au Mexique.