Manifestation géante dans la capitale du Yémen, Sanaa, contre la nouvelle loi garantissant l'immunité au président Ali Abdullah Saleh, ainsi qu'à ses proches collaborateurs, le 22 janvier 2012.

© 2012 Reuters

(New York, le 29 janvier 2012) – Le voyage du président yéménite Ali Abdullah Saleh aux États-Unis pour suivre un traitement médical met en évidence la nécessité d'une action internationale afin que justice soit rendue pour les crimes graves commis au Yémen, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Le président Saleh est arrivé aux États-Unis le 28 janvier, afin de recevoir des soins pour des blessures subies lors d'une attaque contre le palais présidentiel à Sanaa en juin dernier.

« Ce qui compte, ce n’est pas de savoir où Saleh reçoit des soins médicaux, mais si lui et ses collaborateurs pourront continuer de bénéficier, avec l’accord tacite de gouvernements étrangers, d’une totale impunité pour le meurtre de manifestants pacifiques », a commenté Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les chefs d’État internationaux devraient manifester leur soutien au peuple yéménite et insister sur l’engagement de poursuites contre tout individu responsable d’attaques illégales l'année dernière. »

Saleh est arrivé aux États-Unis une semaine après l’octroi par le Parlement du Yémen d’une amnistie générale lui garantissant, ainsi qu’à tous les membres ou représentants de son gouvernement, l'immunité pour  les crimes de nature « politique », à l’exception d’actes terroristes. Cette amnistie, soutenue par le gouvernement américain, l'Union européenne, et par les États du Golfe persique, pourrait donc protéger le président et ses collaborateurs contre toute poursuite relative à la répression mortelle de manifestations majoritairement pacifiques par les forces de sécurité et par des gangs pro-gouvernementaux en 2011. Human Rights Watch a documenté la mort de 270 manifestants et passants lors des manifestations tenues l'année dernière. Des milliers d'autres manifestants ont été blessés par des balles réelles.

L’octroi d’immunité à des individus les mettant à l’abri de poursuites pour génocide, crimes de guerre, crimes contre l'humanité, actes de torture et autres violations graves des droits humains constitue une violation du droit international, a souligné Human Rights Watch. Plusieurs traités internationaux, dont la Convention contre la torture et les Conventions de Genève de 1949, exiger que les États parties engagent des poursuites contre tout auteur présumé de crimes graves. Le 6 janvier, la Haut-Commissaire aux droits de l'homme, Navi Pillay, a rappelé qu’aucune amnistie ne peut être accordée pour les crimes graves selon le droit international.

Human Rights Watch a appelé à plusieurs reprises à la traduction en justice des responsables de violations de droits humains au Yémen, et a contesté la validité de l'amnistie récemment accordée au président Saleh.